Faits Vécus

Savez-vous travailler en équipe ? Genre véritablement ?

T’sais, le travail d’équipe dans lequel on se dit nos quatre vérités et qu’on essaie de comprendre l’autre dans ses besoins par rapport à ses relations avec les autres membres et à la cible commune ? Ou encore celui qu’on pleure ensemble parce que ça réveille des souvenirs de d’autres travaux d’équipe, ou même d’avant ?

Et bien, je ne savais pas que ça existait, moi.

Depuis tout jeunes, on est initiés à faire des travaux d’équipe, principalement à l’école. Mais est-ce vraiment du travail d’équipe ?

Dans mon projet d’université

Dans mon programme universitaire, le but de la première session, c’est d’apprendre à se connaître, à savoir ce qui nous cause des embûches dans nos relations interpersonnelles. Je vous avouerais que ça brasse pas mal le dedans.

Parce qu’on n’a pas été habitués à être tant à l’écoute de nos émotions. On est plutôt dans le faire, dans le subir (dans le sens que même si on est en fin de session et qu’il y a mille devoirs à faire, il faut les faire et on endure même quand on n’en peut plus).

J’ai remarqué qu’une de nos caractéristiques populaires au Québec, c’est qu’on n’a pas l’habitude de s’exprimer franchement et directement aux personnes concernées, on veut trop être gentils.

Mon rapport aux travaux d’équipe jusqu’à ce que Tout-Azimut frappe

Pendant mes années scolaires, j’avais souvent un souci de montrer mon importance dans les travaux d’équipe. Je voulais que ce soit moi qui aie les meilleures idées pour me sentir indispensable au groupe. Je croyais que les autres pensaient comme moi et que c’était ça, des travaux d’équipe parce que c’est ce que j’avais perçu dans mes deux années de collège.

Ce, jusqu’à ce que je fasse le projet Tout-Azimut à la première session de mon baccalauréat. Le projet consiste à créer et faire une activité à thème socio-politique en petit groupe. L’exercice était aussi d’apprendre à  faire consensus pour que chaque membre de l’équipe puisse être d’accord avec le projet.

Comme les professeurs veulent qu’on se découvre et qu’on comprenne les dynamiques de petits groupes (le cours s’appelle comme ça), on faisait une réflexion méta sur le travail.

On faisait alors un retour à chaque rencontre. On répondait à comment on s’était sentis dans le travail, ce qu’il y avait à améliorer, ce qui était bon, etc. L’exercice se faisait avec tous les membres de l’équipe, donc avec les cinq, dans ce cas-ci.

Et je vais vous dire mes amis, que ça, ça été un travail d’équipe assez mémorable, je vous remercie.

Au début, pour choisir les thèmes sur lesquels on allait travailler, on proposait une idée. Comme on n’était pas assez pour le sujet que j’avais proposé, j’ai dû aller dans une autre équipe.

Donc dès la formation des équipes, j’avais un décalage d’intérêt avec les autres membres. Ils avaient quasiment déjà une idée de quoi faire. Alors lorsque je proposais mon idée, elle n’était pas souvent prise en compte.

Je me sentais alors mise de côté.

Pendant le méta, j’ai expliqué aux membres comment je me sentais. Pour la première fois, j’avais l’espace d’exprimer ça aux personnes avec qui je travaillais.

Alors là, on me permettait de dire ce qui était important pour moi et comment je ressortais d’une rencontre d’équipe. Je me suis tellement sentie délivrée de pouvoir le dire ! Ce qui a le plus aidé, c’est que mes co-équipières soient si compréhensives.

Au fil des réunions, je continuais encore à me sentir le mouton noir de l’équipe.

Ça venait attaquer mon estime et aussi les relations que j’avais en dehors du groupe avec ces personnes-là. Parfois, j’arrivais à mettre de la hauteur dans la situation et à ne pas prendre ça personnel, parfois je n’y arrivais pas. J’étais mitigée entre le fait de ressentir l’importance qu’on retienne mes idées et le fait que je sente que je n’ai pas rapport. Aussi, sans mes idées, je ne ferais pas partie du groupe non plus. Ça a créé des non-dits.

Ça a continué comme ça jusqu’à il y a deux semaines environ.

Dans l’énergie groupale, la sensibilité est au rendez-vous

Là, après plusieurs séances qu’on se dise que c’est difficile de trouver un consensus, que c’est difficile de travailler avec moi parce que j’ai des idées différentes, j’ai éclaté.

Je ne suis pas habituée d’être aussi franche et que les autres en fassent pareil. Alors là, c’était trop (aussi, j’allais bientôt être dans ma semaine, donc ça n’a pas vraiment aidé, lol).

J’ai vraiment pleuré toutes les émotions de mon corps et toutes les mémoires des autres travaux d’équipe que j’avais gardées, inconsciemment. J’ai même pleuré la source de la raison pour laquelle l’impression de me sentir rejetée est si difficile pour moi.

Ça a pris quelque temps avant de bien se retrouver avec les autres membres. Les filles ne voulaient certainement pas me blesser, mais bien dire ce qui les chicote pour ne pas qu’il y ait de non-dits et d’énergie résiduelle.

Deux semaines après, je me rends compte à quel point cet incident est formateur pour moi et mon groupe. J’ai la nette impression qu’on est encore plus solidaires l’une envers l’autre. Parce qu’on a choisit de passer au travers et de s’expliquer, de s’écouter. Autant soi-même que les autres.

Je remercie ce travail d’équipe, car maintenant, je sais que mes idées ne représentent pas ma valeur propre. L’important est de miser sur la santé du groupe. Oui, de tenir à ses propres idées, bien sûr, mais également de penser au fait qu’on est une équipe et non en compétition pour l’importance des idées. Il est important de se rappeler le but du projet et de s’assurer d’avoir ce but commun.

Comme on dit, « Seul, on va plus vite. Ensemble, on va plus loin »

Je me rends compte à quel point on n’avait jamais été enseignés à travailler en équipe. À faire équipe.

Je connaissais les travaux d’équipe qui consistait à analyser si l’autre fait bien ou mal sa part et chialer sur lui, dans son dos, plutôt que de lui dire qu’on a besoin de son implication.

Maintenant, je connais les travaux d’équipe humains.

Alors si tu es professeur, futur professeur, entraîneur de quoi que ce soit, apprends à tes élèves à travailler en équipe à la hauteur de ce que des humains peuvent faire.

Apprenons à travailler ensemble avec compréhension, soutien et indulgence.

Pour atteindre le plein potentiel de toutes les forces des humains qui composent un groupe.

Source de l’image de couverture : Pixabay
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Anne Tardif

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