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Rahaf Mohammed al-Qunun est une jeune femme de 18 ans qui était inconnue du monde. Pourtant, depuis quelques jours, elle est devenue le symbole d’une mobilisation contre son extradition vers son pays d’origine, l’Arabie Saoudite. Grâce à ses nombreux tweets et au soutien de nombreux internautes qui ont partagé le mot-clic #saverahaf , elle a fait tout en son possible pour éviter de faire face à nouveau aux abus physiques et psychologiques qu’elle endure depuis son jeune âge. C’est donc un pouvoir qui a émergé, le pouvoir de partager et de se mobiliser pour une cause sur les médias sociaux en rapport avec un enjeu politique.

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rahafSource : The Australian

Tout ceci a commencé le 5 janvier 2019. Rahaf, qui est en voyage avec sa famille au Koweït, décide de fuguer vers l’Australie. Avant d’atteindre ce pays, elle se retrouve en transit à l’aéroport de Bangkok, en Thaïlande. C’est à ce moment que les autorités lui confisquent son passeport et lui indiquent qu’elle sera renvoyée vers le Koweït, là où sa famille l’attend. Craignant d’être à nouveau battue ou même d’être assassinée à son retour en Arabie Saoudite, elle prend son courage à deux mains et commence à envoyer une multitude de tweets depuis l’aéroport de Bangkok. Elle implore la protection des Nations Unies et demande d’obtenir le statut de réfugiée de plusieurs pays, dont l’Australie, mais aussi le Canada.

Son histoire a pris une grande proportion, si bien que le 7 janvier, la jeune femme a été placée sous la protection du Haut commissariat aux réfugiés de l’ONU et que les autorités thaïlandaises ont annoncé qu’elle ne serait pas renvoyée contre son gré dans son pays d’origine. Son dossier a été transmis à l’Australie pour qu’elle y soit accueillie en tant que réfugiée. Tout ceci a été rendu possible grâce aux centaines de tweets qu’elle a envoyés, mais également avec le mot-clic #saverahaf, qui a été partagé sur Twitter par plus d’un million de personnes à travers le monde. Bref, Twitter est utile depuis des années pour permettre aux voix marginalisées d’être entendues.

Rahaf est une jeune femme saoudienne qui souhaite devenir libre et indépendante, tel qu’on peut le lire dans son deuxième tweet. Même si elle continuait de vivre sous la crainte et la peur de devoir retourner dans son pays d’origine, elle ne cessait d’envoyer des messages sur Twitter pendant qu’elle était menacée d’expulsion à l’aéroport de Bangkok. Elle se disait hantée par l’ambassade saoudienne après qu’on lui eut confisqué son passeport, on l’accusait d’être mentalement instable et elle a même raconté qu’on lui obligeait de signer des papiers sans même les avoir lus. Elle a même dû se barricader dans sa chambre d’hôtel pendant qu’elle continuait de publier des messages et des vidéos sur son compte Twitter. En effet, elle a écrit que l’ambassade saoudienne menaçait de la kidnapper si les autorités thaïlandaises ne la renvoyaient pas au Koweït, et qu’en plus des membres de sa propre famille la menaçaient en public sur Twitter.

Bref, après quelques jours d’attente et d’incertitude après sa fugue vers un autre pays, elle est officiellement déclarée réfugiée et elle se dit maintenant heureuse. Par ailleurs, il a été confirmé le 11 janvier que la Canada a accepté la demande de l’ONU pour accorder l’asile à Rahaf. Elle a même confirmé cette nouvelle sur son compte Twitter et a hâte de commencer sa nouvelle vie.

Le cas de Rahaf n’est qu’un seul cas de mobilisation parmi tant d’autres. Toutefois, on peut s’interroger sur la portée de ce cas précis. En effet, ça n’a pris que quelques jours pour que le destin de cette jeune femme bascule, passant de prisonnière d’un aéroport et menacée d’expulsion à femme protégée par le Haut commissariat aux réfugiés. Il est important de rappeler qu’elle s’est servie d’un téléphone intelligent et d’un compte Twitter comme arme de mobilisation massive pour faire passer son message et sa détresse sur les réseaux sociaux. Après tout, le téléphone peut être considéré comme une arme pour se défendre contre l’oppression si on prend en compte le commentaire d’un responsable saoudien, qui affirme qu’ils « auraient mieux fait de confisquer son téléphone plutôt que son passeport ». C’est grâce à cette arme et au soutien de milliers de personnes à travers le monde qu’elle a pu, pour le moment et pour toujours on l’espère, échapper à un terrible sort.rahafSource : @rahaf84427714

Bref, Rahaf a permis de nous rappeler que les médias sociaux donnent un certain pouvoir à ceux qui n’en ont peu ou pas du tout. Après tout, même si l’Arabie Saoudite semble de plus en plus ouverte sur les droits des femmes, ce pays est encore reconnu comme un pays où les femmes subissent de la discrimination constante et plusieurs restrictions, où elles sont encore sous la tutelle d’un homme qui exerce une autorité arbitraire sur elles. Même si les autorités thaïlandaises étaient au courant de la situation de la jeune femme, elles ont finalement décidé de la protéger alors qu’initialement, elles étaient sensées la renvoyer dans un avion en direction du Koweït à la demande des autorités saoudiennes. Les médias sociaux et la mobilisation internationale ont permis à cette jeune femme de combattre les politiques de son pays d’origine, de faire changer les choses et de nous rappeler que tout le monde a une voix.

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Jean-Michel Bélanger

Après avoir écrit ses pensées pendant plusieurs années sur son mur Facebook, Jean-Michel a décidé de rejoindre Le Cahier afin que ses idées et ses...

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