Faits Vécus

Il n’y a jamais de bon moment pour laisser quelqu’un. Jamais de bon moment pour se faire sacrer là. Mais, il y a des moments pire que d’autres.

Hier, la dernière fois. T’es entré chez moi, tu m’as dit « Il faut qu’on parle. ». T’es allé t’asseoir, avec tes bottes pis ton manteau. Tu voulais pas t’éterniser, t’avais autre chose à faire. Tu voulais régler ça vite. Pas le temps d’enlever tes bottes. Dix minutes plus tard, tu étais déjà parti. Notre relation était finie. Dix minutes, pas de cris, pas de larmes. Notre relation tenait pas à grand-chose, apparemment. En dix minutes, j’étais une affaire classée.

Ça faisait déjà quelques semaines que tu y pensais. Puis, j’ai été licenciée. T’avais pas prévu ça dans ton calendrier. Tu as décidé d’attendre un peu, le temps que je digère la nouvelle. J’avais un gros deuil à vivre parce que je perdais un domaine de travail et des collègues que j’aimais vraiment beaucoup. Pour être honnête, j’en arrachais. Alors, tu as reporté la fin de notre relation à plus tard. Ce n’était pas un moment propice et tu voulais pas creuser mon trou encore plus. Mes amies me disaient « Au moins ton chum est là, tu n’es pas toute seule. ». Yeah, right. Il était là.

Covid ruptureSource image : Unsplash

Tu dois avoir trouvé le temps long parce que ça t’a obligé de faire semblant pendant deux semaines. J’hésite entre être reconnaissante ou être encore plus dégoutée. Tu as été présent, tu as été là pour moi, à l’écoute, tu m’as consolée. C’est vrai. Mais, je comprends maintenant ton éloignement, je comprends tes silences, ton air absent et la distance que tu mettais entre nous. Je sentais bien qu’on se perdait. Je voulais justement t’en parler, hier. Je voulais t’en parler pour qu’on trouve une solution, pour qu’on travaille ensemble à ce qu’elle fonctionne, cette relation-là. Mais, t’avais déjà jeté l’éponge depuis bien longtemps, depuis je ne sais même pas combien de temps. Comme un lâche. Pas besoin d’en parler. Pas nécessaire. Ta décision était prise. C’est fini.

Je mérite mieux que toi. Je mérite mieux que toi, parce que je crois qu’il faut se battre quand on est face à une difficulté. Parce que je crois qu’il faut en parler, trouver des solutions, s’entraider. Quand on tient à quelqu’un, il faut y mettre tous les efforts possibles pour que la relation fonctionne. Il faut en parler, avec l’autre. Mais, tu ne m’as rien dit. Je n’ai eu aucun avertissement! Ta décision était prise, sans que jamais tu ne m’en parles avant. Sans que tu ne me fasses part de quoi que ce soit. Sans qu’on essaie, encore un peu. Sans qu’on fasse des efforts, ensemble. Malgré toutes les étoiles qu’on a pu avoir dans les yeux, malgré toutes les expériences et tous les moments collés en silence, à juste être, malgré ça, tu m’as sacrée là, comme ça, comme si on ne méritait pas de se forcer un peu pour réanimer l’intensité qu’on avait aux tripes, il y a pas si longtemps.

Il y a des moments pires que d’autres pour se faire sacrer là. Le câlin de mes amies devra attendre à dans quelques mois. Parce que là, en temps de Covid, en zone rouge, seulement les câlins par téléphone sont autorisés. Même si, c’est là, maintenant, que j’en aurais besoin.

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Mireille Poulin

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