Vie de bureau

Suis-la seule qui n’est pas être tant excitée que ça d’un retour à la normale? Est-ce moi qui suis devenue une ermite mésadaptée ou est-ce la société dans laquelle on vivait qui ne me convient pas sur plusieurs aspects? Suis-je la seule à déjà me sentir anxieuse et fatiguée à l’idée de retourner dans le TGV du quotidien, des études à l’université et du marché du travail?

On ne peut le nier, la pandémie a eu l’effet d’un véritable électro-choc dans le monde entier. Cet évènement a complètement chamboulé nos vies et notre façon de travailler, sans parler de nos habitudes de socialisation. J’avoue m’être beaucoup ennuyée de voir mes amies sur une base régulière et de pouvoir sortir et m’amuser sans restriction. J’avoue que porter le masque, c’est agaçant. Par contre, je mentirais si j’avouais m’ennuyer du rythme de vie effréné, du trop-plein de socialisation forcée, du transport, du trafic, du rushage d’un bord et de l’autre.

Je fais partie des personnes qui n’ont eu aucun (pour vrai, aucun) problème à faire mes études à distance, devant mon ordinateur, dans le confort de mon foyer. J’ai fait preuve d’assez de discipline et de concentration pour compléter mes travaux et mes tâches sans trop de distraction. La pandémie m’a rendue encore plus sauvage que je ne l’étais déjà. Je me levais sans stress environ une heure avant mon cours en ligne, je prenais un bon petit déjeuner en lisant le journal, je restais dans des vêtements confortables et je suivais mon cours dans mon environnement et j’accomplissais mes projets tranquillement. Puis, je pouvais me permettre d’aller prendre de l’air frais en marchant dans mon quartier paisible. Quel emploi de bureau typique de 9 à 5 permettrait de faire ça après le retour à la normale?

Plus de codes sociaux à respecter, plus de temps perdu à faire du small talk avec des gens qu’on est forcé de côtoyer, plus besoin de trouver d’excuse pour ne pas sortir ou voir du monde quand on a juste envie d’être seul dans son univers intérieur, plus besoin de s’habiller formellement, de se raser ou de se maquiller… Bref, le paradis des antisociaux, des introvertis et des chats sauvages est descendu sur Terre en 2020. Maintenant, il faut replonger dans un bain d’eau froide appelé «normalité».

retour à la normale

Source de l’image : Unsplash

Beaucoup de personnes et de personnalités ont exprimé ressentir un certain soulagement en raison du nouveau rythme de vie ralenti amené par le confinement. Tout le monde s’accordait pour dire que notre façon de vivre d’avant, avec la pédale au plancher et le sentiment persistant de devoir courir après le temps, n’était pas idéale pour atteindre un équilibre travail-famille. J’ai eu la chance d’être confinée avec ma mère, avec qui j’ai une bonne relation. Je n’avais plus besoin de me lever à cinq heures du matin pour arriver à temps à Montréal (ville que je trouve étouffante), à planifier nerveusement mes trajets en transport en commun, à me mêler dans des foules étourdissantes, à passer mes journées à l’intérieur d’édifices vétustes sans luminosité (bonjour déprime hivernale) et à courir après le dernier train pour revenir dans ma banlieue.

J’ai pu lire tous les bouquins qui attendaient impatiemment que je les lise lorsque j’aurais du temps. J’ai pu prendre le temps de cuisiner de bons repas faits maison. J’ai pu prendre de l’air et du soleil presque tous les jours, ce qui a grandement aidé mon moral. J’ai pu passer du temps de qualité avec ma mère, pas seulement une heure le soir en revenant de l’école ou du travail, fatiguée et pressée de préparer le souper. J’ai pu aussi passer du temps de qualité avec mon chien, la promener tous les jours, et lui donner toute l’affection et l’attention qu’elle demandait.

Certains idéalistes ont cru que la pandémie était l’occasion idéale de bâtir un monde nouveau, où l’on aurait fait table rase des incohérences politiques et d’un mode de vie inadéquat au bonheur. Je ne crois pas que cela arrivera. Je crois surtout que les gens vont tellement être euphoriques de la levée des restrictions sanitaires, qu’ils en oublieront ce que la pandémie leur a apporté de positif, malgré tout. Les centaines de milliers de morts resteront gravés dans notre mémoire collective. Moi, je me rappellerai aussi à quel point le confinement m’a permis de prendre soin de moi et de ma famille. Maintenant, c’est l’heure du retour à la normale, et je vais devoir m’y habituer à nouveau.

Faut-il vraiment une catastrophe mondiale pour réaliser, pour ensuite oublier, que parfois notre mode de vie nord-américain est loin de nous rendre vraiment heureux?

 

Source de l’image de couverture : Unsplash

 

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Audrey Pilon-Topkara

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