Style de vie

Partout dans le monde, nous assumons qu’il y a une correlation directe entre le nombre d’étudiants dans une classe et la qualité de l’éducation reçue.

Si, en tant que parents, nous avions le choix, il est évident que nous choisirions d’envoyer nos enfants se faire éduquer dans un environnement plus intime. Ainsi, ils bénéficient d’une plus grande part de l’attention de leur enseignant.

La certitude était qu’entre 1996 et 2004 seulement, le nombre d’enseignants à l’embauche des écoles nord-américaines s’est accru de 21%. C’est un phénomène mondial, les résultats sont semblables pour l’Angleterre, Hong Kong, les Pays-Bas, Singapour, la Corée du Sud ainsi que la Chine.

Un autre sondage mené en 2007 démontre que 77% de la population nord-américaine préfère utiliser les fonds publics afin de réduire le nombre d’étudiants par classe que d’augmenter le salaire des enseignants. Vous pouvez consulter ce sondage à l’adresse suivante : Education Next

Réalisez-vous à quel point il est rare d’avoir plus du trois-quart de la population en accord sur une question de fonds publics? Les preuves démontrent, au contraire, que ce que l’on croit être un avantage significatif n’en serait pas forcément un.

L’économiste Caroline Hoxby s’est arrêtée sur cette question dans son étude intitulée «The effects of class size and composition and student achievement». Mme Hoxby est venue à la conclusion que la classe moyenne idéale serait de 18 à 24 élèves. Fourchette à l’intérieur de laquelle il y aurait très peu de différence dans la qualité de l’enseignement.

classes avec élèves

Source image : Unsplash

 

Le nombre idéal d’étudiants serait 18. Assez d’enfants dans la pièce afin que personne ne se sente vulnérable, mais assez peu pour que tout le monde se sente important. De plus, 18 se divise bien en groupes de 2, 3 ou 6 enfants, ce qui créé différents degrés d’intimité dans les groupes respectifs. À 18, l’équilibre est idéal pour que l’enseignant demeure accessible et puisse rejoindre tous les étudiants individuellement.

Ensuite, vient 24. Le nombre le plus avantageux. Les 6 petits cerveaux supplémentaires augmentent la probabilité d’avoir un dissident parmi le groupe. Un ou deux camarades peut-être un peu plus rebelles qui vont être portés à défier le statu-quo. Le risque est par contre de s’approcher davantage de la masse critique d’un monologue récité à un auditoire plutôt que d’une équipe travaillant ensemble en poursuite d’un but commun.

Si l’on ajoute 6 nouveaux corps sur nos chaises, les connections et inter-relations à l’intérieur du groupe seront affaiblies à un point tel où même l’enseignant le plus charismatique ne pourra opérer sa magie à 100% du temps.

Il n’est pas si complexe de comprendre pourquoi un surplus d’étudiants nuit au travail des enseignants. Mais que se passe-t-il si nous prenons quelques instants pour regarder dans l’autre direction?

Réduisons de 6 notre chiffre magique de 18 et nous nous retrouvons avec 12 enfants dans le groupe. À 12, ils seraient suffisamment peu pour dîner à table tout le monde ensemble autour d’un repas de famille. L’environnement devient moins favorable pour des jeunes qui recherchent l’intimité ou l’autonomie qu’ils tentent de se bâtir au quotidien. Il est également plus facile pour un intimidateur ou simplement un jeune avec une personnalité plus forte de prendre toute la place et de dominer le groupe complet.

À 6 enfants, il ne reste nulle part où se cacher et la diversité devient plus suffisante pour combler la richesse des opinions et des expériences des enfants manquants. Une classe trop peu nombreuse peut donc être toute aussi difficile à gérer pour un enseignant qu’une classe trop nombreuse.

Une amie enseignante m’a déjà dit qu’«une classe avec trop peu d’élèves devient comme des frères et soeurs dans le siège arrière d’une voiture. Il n’y a nulle part où aller pour les jeunes qui ont besoin d’un peu plus d’air et d’espace que les autres.»

classe bureaux

Source image: Unsplash

 

Les ressources vitales d’une classe saine et favorable à l’apprentissage sont les échanges et les discussions et nous devons avoir une certaine masse critique minimum de participants afin de les établir. Un groupe trop petit ne génèrera pas la friction parfois nécessaire à créer les situations de gestion de conflits et d’opposition d’idées qui favorisent la croissance de nos futurs parents, dirigeants et leaders. La dynamique n’est simplement pas assez présente.

Un autre argument significatif est que les étudiants qui présentent un peu plus de difficulté à l’école tendent à bénéficier d’être entourés de jeunes qui poseraient les mêmes questions, qui vivent les mêmes difficultés et qui partagent les mêmes inquiétudes. De cette manière, ils se sentent un peu moins isolés et un peu plus «normaux». Si on étire l’idée un peu plus loin, la réduction du nombre d’élèves dans les classes tend à séparer et isoler les étudiants en difficulté qui auraient avantage à bénéficier des interventions de leurs collègues. Est-ce que ce type d’échange est aussi enrichissant avec trop peu d’élèves? Un nombre insuffisant d’élèves peut parfois agir comme une muselière pour certains enfants. Le plus d’étudiants nous pouvons convaincre de communiquer ensemble, le plus de variété ils auront dans ces discussions.

Nous parlons ici de nos jeunes, à un âge particulier où ils tentent de faire la transition difficile de l’enfance à l’adolescence et par la suite, à l’âge adulte. Ils se sentent parfois bizarres, un peu off, de plus en plus sensibles à leur image et ne veulent parfois pas paraître trop brillants. Encourageons-les à s’exprimer, encourageons la diversité des voix dans nos classes et encourageons-les à trouver des solutions ensemble à des problèmes communs auxquels ils ne feraient face sinon qu’individuellement. Ils n’en sortiront que plus grands et plus prêts à accueillir positivement et ouvertement le reste de leur vie…

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Francis Poupard

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