Faits Vécus

Une de mes amies m’envoyait, il y a quelques semaines, une vidéo de Laurent Paquin dans un spectacle de 2009 où il parlait de comment c’était pénible d’aller faire son testament chez le notaire! En effet, c’est sûr que ce n’est pas le sujet le plus agréable ni le plus joyeux! Faire le tour de tous les scénarios catastrophes et se demander à qui on laisserait nos biens, qui s’occuperait de remettre les parts et qui s’occuperait de nos enfants dans chacune des situations. Mais bon, cela demeure un mal nécessaire dans l’optique de bien protéger les gens qu’on aime!

Vous allez peut-être me trouver bizarre, mais comme notaire, j’adore rédiger des testaments. J’imagine que par l’expérience, je me suis désensibilisée et je n’ai pas peur d’aborder ces sujets. Dans mes rendez-vous, on rit, on pleure, on peut passer par toute une gamme d’émotions, mais dans la plupart des cas, j’adopte un ton léger et j’essaie de rendre l’expérience la plus conviviale possible malgré la lourdeur des sujets abordés. Ce que j’aime, c’est apprendre à connaître mes clients, user de ma créativité pour trouver des stratégies pour répondre à leurs besoins et leur expliquer les conséquences de chaque décision. Mais c’est beaucoup plus facile quand j’ai devant moi des clients, jeunes, fringants et en parfaite santé. Car parfois, c’est plus délicat.

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Lorsque mes clients sont malades, ou en fin de vie, et que je vais les voir à l’hôpital. Dans ces moments-là, j’arbore mon plus beau sourire, et j’essaie de transmettre le plus de bienveillance et d’empathie possible à mes clients les plus souffrants. Quand la mort est proche et qu’on sait que chaque mot qu’on lit va devenir réalité dans un avenir rapproché, c’est là que ça frappe et que ça peut me mettre tout à l’envers, mais mon rôle en tant que notaire est que cela ne paraisse pas, en tout cas dans la mesure du possible!

Cet été, une cliente m’a écrit un courriel me demandant d’être sa notaire pour rédiger ses dernières volontés, car elle avait choisi d’obtenir l’aide médicale à mourir! Hésitante au départ, c’était la première fois qu’une demande de la sorte se faisait par la cliente elle-même et non par ses proches. J’ai accepté, touchée par sa demande. Elle avait pris le temps de me choisir moi. Je suis donc allée la visiter à son centre de soins palliatifs. Curieuse expérience!

Elle m’a accueilli, rayonnante, tout sourire et a ouvert les rideaux comme si elle était à l’hôtel. Je lui ai fait la lecture de son testament et puis on a parlé de la vie et de la mort. Elle était déçue de partir si tôt, mais elle était sereine et n’avait aucun regret. Sa force, elle la tenait de pouvoir rester en contrôle jusqu’à la fin. Elle avait pu faire ses adieux comme elle le souhaitait aux gens qu’elle aimait, elle avait demandé d’avoir le moins de médicaments antidouleurs possible pour rester lucide jusqu’à la fin. Elle avait choisi sa date dans le but de ne pas se rendre à un moment où la qualité de vie n’était plus en rendez-vous et la souffrance trop vive. Elle était heureuse et en paix avec sa décision. Cela m’a émue. Mais je n’ai pas été capable de retenir mes larmes lorsqu’elle m’a dit que son fils m’apporterait son livre dédicacé, dont elle était l’auteur, lorsqu’il viendrait me voir pour régler sa succession.

C’est dans ces temps-là qu’on se dit qu’on est si chanceux d’être en vie et en bonne santé et que je remercie la vie de pouvoir être là pour mes clients dans les heureux moments comme dans les plus difficiles.

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Ariane Boisseau

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