Faits Vécus

Dès l’enfance, on nous apprend souvent que l’amour d’un parent est inconditionnel. Souvent, on essaie d’égaler tout l’amour que notre parent nous porte, comme une espèce de course pour savoir qui aime le plus. Enfant, on ne m’a jamais dis qu’il était possible de rompre avec son parent toxique.

Commentaires désobligeants, remarques déplacées, l’impression de se faire constamment manipuler : il est difficile de se dire que la personne que tu aimes le plus au monde puisse vouloir, intentionnellement ou non, te faire du mal. Il est douloureux de se rendre compte que cette relation parent-enfant te laissera très probablement des séquelles psychologiques ou physiques. Que, même si tu romps avec ton parent, ces séquelles resteront ancrées en toi.

Un parent toxique – peu importe l’origine de cette toxicité -, est un parent dangereux, imprévisible et instable. Ses belles paroles font douter votre coeur d’enfant, qui tente de croire encore en cette relation, à cet amour inconditionnel. « On t’as tellement voulu, tu sais. T’es comme la prunelle de nos yeux ». Une phrase que t’as entendu un millions de fois. Puis après, les insultes font encore plus mal, parce que tellement contrastantes. « T’es conne ».

En boule dans ton lit, tu pleures ce parent d’habitude si gentil. Il n’est pas comme ça normalement. C’est une mauvaise passe. C’est mon parent et il m’aime. Sauf que ça recommence, encore et encore. « Arrête de pleurer, on dirait un bébé ».

Dans le cas d’une séparation, l’aliénation mentale s’amplifie. Le parent toxique est une éternelle victime, tous les autres sont contre lui, surtout l’autre parent. « Ce n’est pas ma faute » est devenu une phrase dénuée de sens à force d’être trop souvent répétée. Des promesses non-tenues, celles de jours meilleurs qui ne viendront jamais. « Si on n’a pas d’argent, c’est à cause de [mettre le nom que vous voulez, parce que peu importe] ». S’il n’arrive pas à s’en sortir, ce n’est surtout pas à cause de sa consommation excessive d’alcool et de drogues, qu’il consomme à même la table la cuisine, devant tes yeux d’enfant innocent. Non, ce n’est jamais sa faute.

Un jour, tu n’en peux plus. À trop avoir servi de béquille, tu finis par t’effondrer. En essayant de porter l’amour de ce parent, tu t’es aveuglé, t’es tombé. Les thérapies t’aident à voir clair, à comprendre son jeu. Peut-être qu’en expliquant ce que tu ressens au parent toxique, il changera. Peut-être que son amour pour toi est plus grand que ce qui le pourrit de l’intérieur. S’il te plaît, ne me parle plus de tes problèmes de couple, d’argent, de l’autre parent. Ne me dis plus que tu veux te tuer ou que tu as essayé de le faire. Ne m’insulte plus. Ne me promets pas des choses en l’air. Et s’il te plaît, prends-tes responsabilités. Je porte la famille à bout de bras depuis trop longtemps. Je suis l’aînée, mais je suis toujours une enfant.

triste famille seule

Source de l’image : Unsplash

 

Et puis le coup de poignard, celui que tu n’attendais pas ou celui que tu redoutais, que tu refusais de voir. L’impression d’être jeté sur le bord de la route, comme un animal dont on se débarrasse. « T’es folle. C’est comme ça que tu me remercies ? Je pensais que tu m’aimais ». Manipulation, victimisation et culpabilisation : un cercle vicieux qui ne cesse de recommencer, comme une odeur qui colle à la peau et dont tu n’arrives pas à se débarrasser.

C’est la fois de trop, celle qui chavire ta vie au complet en faisant tomber le masque pour une dernière fois. Parce que la fois d’après, tu sais qui se cache derrière le masque, tu ne tombes plus de haut, tu ne te casses pas la gueule à chaque fois que ton parent te déçoit. Parce que t’as appris.

T’as appris que tu n’étais pas obligé de supporter un parent toxique seulement parce que c’est TON parent. Que c’est correct de te faire passer en premier, pour une fois, et de ne plus écouter ses éternelles tirades de « victime ». Que tu as décidé que cette toxicité n’allait pas affecter ta vie plus longtemps.

Après des années à pleurer et à espérer un changement, tu t’es enfin avoué qu’il fallait te libérer de l’emprise de ton parent. Après des années à te culpabiliser de ne pas être assez, de ne pas aimer assez, tu t’es finalement donné la chance de t’envoler, en laissant ton parent derrière.

Jugé, regardé, insulté par tes proches que tu laisses dans l’incompréhension. Vraiment ? Essayer de ne pas en vouloir au monde entier, à ceux qui ont vu, à ceux qui ont entendu. À ceux qui ont regardé ailleurs « parce qu’on ne se mêle pas des histoires des autres ». À tous ceux qui n’ont pas vu ta souffrance, qui n’ont pas su lire la détresse dans tes yeux.

Tu t’excuses souvent auprès de tes proches. Désolé d’avoir abandonné mon parent alors qu’il m’aimait tant. Désolé que vous pensiez de moi que je n’ai pas de coeur, aucune morale. Désolé de vous avoir déçu en me choisissant, moi, plutôt que mon parent toxique. Désolé de ne pas avoir pu, du haut de mes sept, huit ou dix ans, aider MON parent à sortir de son mal-être. Désolé, désolé, désolé.

Tu as perdu tellement de temps – de précieux moments – à te confondre en excuses et à demander pardon à tes proches, que tu as commencé à douter de ta propre perception. Peut-être qu’il est pas si pire que ça. Si personne n’en parle, c’est que ça va. Sauf que non. De ces années d’abus psychologiques, tu gardes des séquelles. Et pourtant, jamais ce parent ne s’excusera. C’est un deuil à faire, une fatalité que tu dois comprendre et accepter. Il ne changera pas. Et tu n’es pas sa bouée de sauvetage.

Rompre avec ton parent toxique est la meilleure décision que tu peux prendre afin d’aller de l’avant. Pour vivre vraiment, goûter à cette nouvelle réalité dont tu ne connais rien. Vivre normalement, sans que la peur vienne te chatouiller les orteils dans ton sommeil, sans que l’amertume écrase ton coeur chaque fois qu’il t’insulte, sans que tu te mordes la langue chaque fois qu’il crache des paroles que tu redoutes tant. Faire du sport sans avoir peur des contacts physiques, sans redouter un coup, une gifle, une tape. Réapprendre à aimer ce qui t’as longtemps dégouté, apprendre à t’aimer, toi, une fois pour toute.

Et te pardonner, à toi, de t’avoir flagellé pendant toutes ces années alors que tu n’étais pas le problème, anéantissant ainsi le peu d’estime que tu possédais. Et lui pardonner à lui, ce parent, qui n’a pas su t’aimer d’un amour SAIN et qui n’a pas su jouer son rôle de parent, parce qu’il doit encore affronter ses propres démons intérieurs. Accepter que tu ne peux rien y faire. Et passer à autre chose.

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Audrey Robitaille

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