Faits Vécus

Je n’allais pas bien. Je ne pouvais pas montrer que j’allais mal ou avoir l’air faible. Hors de question dans le milieu où j’exerçais. Je soigne des patients, je suis évaluée tous les jours, je dois montrer que je suis bonne, que je crée un bon contact avec mes patients, que je connais les diagnostics et les traitements à proposer. Et pourtant, ça n’allait pas.

Tous les matins, je me levais en voulant me recoucher. J’avais mal au cœur, mal à la tête, j’appréhendais la journée qui s’en venait. Allais-je être à la hauteur? Allais-je faire des erreurs? Allais-je être mal évaluée?

Je n’avais plus d’intérêt. Je n’aimais plus rien. Je n’arrivais plus à avoir du plaisir. Et j’étais tout le temps anxieuse. Je pleurais en arrivant le soir. Je ne dormais pas. Et les idées de mort se bousculaient dans ma tête. Et pourtant, il était hors de question que j’arrête.

Dans la société où nous vivons actuellement, on doit performer, être excellente et encore plus. On ne peut pas montrer de faiblesse. On ne peut parfois pas être humain.

Et pourtant, le taux de maladies mentales ne cesse d’augmenter. C’est l’épidémie du 21e siècle. Près de 40% de mes patients avaient des troubles de l’humeur, des troubles d’anxiété, vivaient de l’épuisement. J’ai finalement craqué. Je ne pouvais plus avancer.

Et le médecin m’a dit: «Tu dois arrêter. Je vais te mettre en arrêt de travail pour un mois.» Ma première réponse a été: «Deux semaines, pas plus.»

Je suis retournée au travail neuf mois plus tard. Et j’ai eu plusieurs autres arrêts de travail.

Et maintenant, je m’écoute. Ce n’est pas toujours facile de se mettre de l’avant, de prendre soin de soi, alors qu’on est conditionné à prendre soin des autres. Comment puis-je aider mes patients, mes amis, mes proches, si je suis moi-même malade.

C’est une leçon que j’ai apprise difficilement, mais qui m’a été d’une aide incroyable. Nous sommes importants. Nous ne sommes pas des robots programmés pour ne jamais tomber. Et même les ordinateurs et les robots finissent par lâcher.

Écoutez-vous, pensez à vous. Si les autres pensent que c’est de la lâcheté ou de la faiblesse, ils ne valent pas la peine d’être dans votre vie.

J’ai appris que je comptais. Et que ma santé et mon bien-être devaient être au centre de mes priorités.

fille qui marche vers le soleil

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Marie-France Leduc

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