Bébé & Cie Faits Vécus

Maman,

Il y a trois mois, on a vécu quelque chose de big ensemble, toi et moi. Et mon amoureux et mon enfant. Mais surtout toi et moi. Parce qu’il y a trois mois, maman, ton bébé a eu un bébé. Oui, ton bébé est devenu une maman.

D’aussi loin que je me rappelle, je savais que si la vie m’offrait un jour la chance de porter la vie en moi, je voudrais absolument que tu sois présente au moment où je la donnerais à mon tour. C’était non-négociable : ma mère serait présente dans la salle d’accouchement, du début à la fin. Point, barre!

Heureusement, j’ai eu la chance d’avoir un amoureux qui t’adore et qui avait envie que tu vives la naissance de notre fils avec nous. Il savait que tu m’apporterais beaucoup de calme et de réconfort. Il savait aussi que vous feriez une belle équipe et que ça ferait un bel équilibre. Toi et ta sagesse exemplaire, lui et ses blagues récurrentes.

Lorsque nous t’avons demandé de partager ce précieux moment avec nous, tu m’as répété que c’était le plus beau cadeau que mon chéri et moi pouvions te faire, mais je te jure, maman, que l’inverse est aussi vrai, car c’est le plus cadeau que tu pouvais me faire.

C’est pourquoi je voulais le souligner et on dit qu’il vaut mieux tard que jamais. En effet, avec l’arrivée de bébé, l’adaptation à notre nouvelle vie à trois et les nuits écourtées, je n’ai pas vraiment pris le temps de m’arrêter et de te remercier pour vrai de vrai. Genre plus qu’un simple “Merci d’avoir été là”! Alors là, pendant que mon bébé ne réclame pas mes bras (ok, j’avoue, il est dans le porte-bébé), je prends le temps. Le temps qui, tu m’avais prévenue, passe beaucoup trop vite.

femmes câlin merci cadeauSource image: Pexels

Te rappelles-tu, le 29 juillet au matin, combien j’étais anxieuse, car je ne sentais plus mon bébé bouger comme avant? Je t’avais appelée, car je savais que tu me calmerais, que tu me conseillerais. Je savais surtout que j’avais avantage à appliquer tes conseils. (Ouf! Je n’aurais jamais dit ça adolescente, hein?) Finalement, ceux-ci m’ont amenée à me rendre à l’hôpital et une chance que je t’ai écoutée, car on m’a annoncé que le travail était commencé et que bébé avait de la misère avec son petit coeur qui décélérait sans cesse. Peu de temps après cette annonce, tu étais là. Avec moi. Aussi excitée que moi. J’avais besoin de toi plus que jamais. Je ne savais pas ce qui m’attendait, mais toi, maman, tu le savais. Ah que tu le savais! Tu le savais et tu adoucissais chacune de mes inquiétudes juste par ta présence. Cette même présence qui ne m’a jamais quittée depuis trente belles années.

La douleur, la peur et les pleurs ont fait que je ne ne rappelle plus de tout entre le 29 et le 30 juillet, mais jamais je ne pourrais oublier ton soutien et ta confiance durant cette aventure. Je me rappelle la pression de tes mains dans mon dos et sur mes pieds, à chacune des contractions. Contractions qui revenaient beaucoup trop vite. Je me rappelle la douceur de tes doigts qui me flattaient le visage et qui jouaient dans mes cheveux, comme lorsque j’étais enfant, à chacune des pauses. Pauses qui partaient beaucoup trop vite. Je me rappelle avoir pensé qu’il y avait longtemps que nous avions eu cette proximité. Pas juste parce que tu me voyais complètement nue, mais parce que tu prenais soin de moi comme le petit bébé que j’ai déjà été. Je me rappelle que tu n’as pas dormi de ton arrivée à l’arrivée de bébé. Je me rappelle que tu regardais le moniteur tellement attentivement et passionnément, comme un film de suspense. De cette façon, tu pouvais voir le rythme du coeur de bébé et savoir quand arriverait la prochaine contraction. Ainsi, tu pouvais te préparer à tout faire ce qui était en ton possible pour qu’elle me soit le moins douloureuse possible. On s’entend que c’est pas mal ce que tu as toujours fait, dans ma vie : tout ton possible pour me rendre la vie la plus belle et la plus douce possible.

Tout au long du travail, on me prévenait que la santé de bébé risquait de nous envoyer en césarienne d’urgence si ça continuait comme ça et moi, je me foutais royalement de me faire charcuter. La seule chose qui m’inquiétait, c’était que tu n’aurais pas eu le droit d’être à mes côtés et ça, ça m’aurait brisé le coeur. Toi qui me soutenais depuis beaucoup trop d’heures, tu n’aurais pas eu la chance de voir le dénouement. Mais la vie fait bien les choses, comme tu me l’as si souvent répété, et ça ne s’est pas passé comme ça, pour mon plus grand bonheur.

À un moment, tu as pris ta première pause (un gros deux minutes) et à ton retour, je t’ai annoncé que pendant ce temps, on m’avait examinée et que ça y était; bébé était là, on voyait sa petite tête. C’était maintenant le temps de pousser et voilà qu’il a quitté mon ventre en éclaboussant ton beau chandail blanc. (D’ailleurs, je m’excuse, je te dois un chandail!)

À partir de là, je ne comprenais plus ce qui se passait. Je me rappelle seulement de tes mains sur ta bouche, de tes yeux grand ouverts. Tes yeux apeurés, mais remplis d’espoir. Ton regard qui se dirigeait en alternance vers moi et vers ton petit-fils. Ton petit-fils qui était enroulé de trois tours de cordon. Ton petit-fils qui était tout blanc, qui ne bougeait pas et qui ne pleurait pas. Et moi, qui était toute blanche, qui ne bougeait pas et qui ne pleurait pas non plus.

Rapidement, toute l’équipe de professionnels de la santé ont pris en charge mon si minuscule bébé et il a finalement émis un son et repris des couleurs. Et là, maman, je me rappelle de toi, de ton soulagement. Ça aurait pu mal se terminer, on le sait, mais la fin, aussi mouvementée qu’elle a pu être, a été parfaite. Parfaite comme la personne que tu es.

Pour tout ça, maman, juste MERCI.

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Joanie Hébert

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