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D’aussi loin que ma petite mémoire me le permette, j’ai le souvenir d’avoir été témoin de plusieurs symptômes liés à divers troubles de santé mentale. La fillette que j’étais alors n’avait évidemment pas les outils nécessaires pour comprendre, voire même prendre conscience de ce qui l’entourait. L’innocence qui habite normalement les enfants a donc très tôt quitté la gamine que j’étais. Je n’ai pas eu le choix que d’apprendre à vivre avec les « bobos de la tête » des gens que j’aimais.

Aujourd’hui, je me sens excessivement reconnaissante d’avoir été éduquée près de ces gens. Je crois être dotée de beaucoup de ressources et je me crois peut-être un peu plus résiliente grâce à cela.

En réfléchissant à ces expériences, j’ai eu envie d’écrire pour ces personnes qui ne vivent pas nécessairement avec un trouble comme tel, mais qui en sont témoins. Pour ces gens qui portent quotidiennement un sentiment de responsabilité envers ceux qui souffrent et qui se sentent trop souvent pris au dépourvu. Ces gens qu’on oublie lorsque vient le temps de parler de santé mentale.

Ce texte n’est pas scientifique et ne se veut pas thérapeutique, non plus.

C’est tout simplement le partage d’une expérience et d’astuces bien personnelles. Une expérience qui pourrait, je l’espère, servir à plus que de remplir les pages blanches d’un journal intime.

Accepter

Première des choses, accepter les sentiments qui viennent avec le fait de vivre près d’une personne souffrante s’avère primordial. Laisser ses émotions aller, quelles qu’elles soient, c’est essentiel pour ne pas perdre la raison. Les ressentir ET les témoigner est tout à fait légitime, qu’il s’agisse de la peine ou de la colère. Évidemment, comme dans n’importe quelle situation de la vie, il faut apprendre à les gérer et à les témoigner au bon moment et au bon endroit. Péter une coche au comptoir « charcuteries » de son épicerie parce qu’on nous a donné de la mortadelle plutôt que du salami, ce n’est peut-être pas le moment idéal pour déverser le trop-plein qui nous habite. Je doute du fait que ce soit bénéfique pour soi, ou pour le commis, qui ne voulait que vendre de la viande en paix. Par contre, si ça arrive, c’est important de ne pas trop se flageller à grands coups de « voyons, j’suis ben folle! ». Breathe in, breathe out, nos émotions sont souvent de très bons indicateurs de notre propre santé mentale. Il faut en prendre soin autant, sinon plus, que notre santé physique.

Une fois qu’on a accepté le fait que d’être top shape et prête à courir un marathon le sourire aux lèvres 365 jours par année c’est de la fantaisie, on peut essayer d’offrir son aide. Prêter main-forte à quelqu’un dans le besoin, cela ne signifie toutefois pas de s’oublier en le faisant. Écouter et aimer sont deux belles choses que l’on puisse offrir. Il existe d’ailleurs plusieurs ressources pour nous aider à passer au travers de ces tempêtes, qu’ils s’agissent de lignes d’écoute ou de groupes d’entraide.

Demander de l’aide ne devrait plus être tabou, ça devrait être tout aussi naturel que de l’offrir.

 

Demander un coup de main, c’est aussi apprendre à respecter ses propres limites. Pour les respecter, on doit les comprendre et la recette miracle pour le faire ne se cache malheureusement pas dans un livre de Trois Fois Par Jour. Ce qu’on peut faire trois fois par jour, c’est se laisser une chance de reprendre son souffle et s’aimer autant qu’on aime les gens qui nous entourent.

Je n’ai pas la prétention d’affirmer que je maîtrise tout cela, au contraire. Plus rarement qu’autrefois (merci la vie), il m’arrive d’angoisser au point d’en perdre le souffle et à la longue, du poids. Ça fait partie de tout ce processus d’apprentissage et au final, on est des super-héros que dans ses rêves.

J’ajouterais finalement qu’en dernier recours, bien malheureusement, il arrive qu’il soit nécessaire de couper les ponts avec certaines personnes. Bien qu’on ait pu investir tout notre temps et notre amour pour les construire, les fondations parfois s’effritent au point où tenter de les reconstruire s’avère trop cher pour notre santé mentale. Avant d’être l’architecte du bien-être d’autrui, il faut d’abord être l’ingénieur du sien et cela nécessite beaucoup, beaucoup de patience et d’amour envers soi-même.

 

source image couverture: Unsplash
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Daniella Vilaire

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