Faits Vécus

Cette semaine, j’ai craqué pour la première fois. Depuis le début du confinement et de la crise mondiale, je reste rationnelle, je fais tout ce que le gouvernement me demande, je reste positive. Mais à force d’essayer de tenir le fort pour moi et pour mon entourage, j’ai craqué. Et j’ai pleuré. Beaucoup. Pour la première fois depuis le début du confinement.

J’ai pleuré parce que je vois pour la première fois tous ceux qui, après 10 semaines, en ont marre et jettent l’éponge. Je peux dire que mes efforts ont été constants depuis le début de tout ça, et c’est probablement la raison pour laquelle tout ça m’affecte autant. Je vis seule, je vais faire mon épicerie aux deux semaines, je vois des amis dans un parc, mais à deux mètres de distance de ceux-ci et des autres autour, etc. Mes seuls écarts, comme marcher trop près de quelqu’un d’autre dans la rue alors que la distance de deux mètres est impossible, je m’en souviens encore et je garde cette culpabilité. C’est pas toujours facile, ce manque de vie sociale, mais je me rassure en me disant que mes efforts feront que le retour à la normale sera plus rapide, ou du moins, le déconfinement sera plus libre.

groupe amis déconfinementaSource image: Pexels

Par contre, quand je vois et j’entends des histoires de rassemblements illégaux dans les parcs, les cours arrière (avant l’arrivée de la nouvelle permission) et les chalets, j’ai l’impression que tous mes efforts sont annulés par les actions d’autres qui n’ont pas les mêmes valeurs sociales que moi. Le but n’est pas de me lancer des fleurs, au contraire, mais je trouve que ça démontre bien mon état d’esprit et la sériosité avec laquelle je prends cette crise. Reste que, oui, la situation m’affecte plus dans ce cas-là. Et ces histoires, quand ça parle d’inconnus, je me dis toujours que c’est parce qu’ils sont moins au courant ou n’ont pas les mêmes valeurs que moi. Là où ça devient intolérable, c’est quand je vois mes ami.e.s agir de la sorte, parce que je m’attendais à plus de leur part. Ce n’est donc pas une question d’intelligence ou peu importe la raison que tu portes à ces inconnus afin de les rationaliser, mais bien de conscience sociale.

Je nous sens de plus en plus divisés. La frustration monte chez les travailleurs de première ligne et ceux qui font tous les efforts nécessaires. Personne n’a envie non plus de dénoncer ceux qui ne respectent pas les consignes qui sont là, d’ailleurs, que pour notre santé. Il faut simplement le voir comme une sorte de respect envers ces travailleurs qui risquent leur santé chaque jour. On les félicite, on les remercie, mais à la première sortie du soleil, on oublie toutes les règles et on se rassemble… Où est la logique là-dedans? Je tiens à ajouter que l’on ne connait pas la réalité et la situation familiale des autres. Il ne faut pas non plus dénoncer pour rien, on ne veut pas vivre dans ce genre de climat. La meilleure façon de remercier ces travailleurs, c’est d’accélérer le processus et de ne pas prendre des risques égoïstes.

parc verdure femme couchéeSource image: Unsplash

J’imagine que ce que j’essaie de vous dire, c’est que oui, la situation actuelle est difficile. Croyez-moi, je le sais. Et je sais que je ne le vis pas comme le vivent ceux qui sont au front. Chacun a sa réalité, rien n’est parfait. Par contre, ce qu’on a en commun, c’est de faire les efforts nécessaires. Oui, tu as le droit d’aller au parc, mais ne t’approche pas à plus de deux mètres de tes amis, même si tu le sais qu’ils n’ont pas de symptômes. Oui, tu as le droit d’aller faire ton épicerie, mais essaie de porter un masque, même si « ça gosse ». Non, tu n’as pas le droit de te rassembler dans un chalet le temps d’un weekend, même s’il recommence enfin à faire beau. On a le droit de plus en plus à certaines libertés, pour l’instant, alors ce n’est pas le temps d’en abuser.

Le beau temps, on veut tous en profiter. Si on veut un été, surtout à Montréal, c’est le temps maintenant de se serrer les coudes. Si on veut que la misère se termine le plus rapidement possible dans nos hôpitaux, c’est maintenant qu’il faut agir. Pas demain, aujourd’hui. La solidarité n’aura jamais eu autant d’importance.

S’il vous plait, pensez aux autres et si ça, c’est trop demander, pensez à vous. Le résultat, au final, devrait être le même. Pensez aux conséquences invisibles de vos actions. L’effet papillon existe réellement, et tu es la seule personne capable d’empêcher ce papillon de battre ses ailes.

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Marie-Chloé Falardeau
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