Sport & Santé

D’emblée, je tiens à faire ce qu’on appelle communément un « trigger warning ». Le présent texte traitera de suicide et de santé mentale.

Le mois dernier, le passage d’Hubert Lenoir à Tout Le Monde En Parle a fait couler beaucoup d’encre et en a choqué plusieurs, à commencer par les deux animateurs de l’émission. Le musicien a effectivement déclaré avoir envie « de [se] crisser en feu ». Comme d’autres l’ont souligné avant moi, alors qu’on aurait pu saisir l’occasion de parler de cette déclaration, on l’a passée sous silence. Pis encore, on a rétorqué au jeune prodige une réponse un peu boiteuse : que ce n’était pas le genre de choses à dire. J’étais assise aux côtés de ma sœur lorsque j’écoutais l’épisode en question et nous avons toutes les deux été excessivement mal à l’aise. Non pas parce que parler de santé mentale nous rend inconfortables, mais bien parce que c’était là une réaction irresponsable que de balayer de la main une telle confession.

À lire : Le tabou de la santé mentale

Bien qu’il y ait soit disant eu une discussion entre les animateurs et Hubert Lenoir par la suite, ce qui a été partagé au public est assez nocif selon moi.

On ne pourra jamais assez parler de santé mentale ou de suicide. J’ai donc eu envie d’écrire une courte lettre ouverte à toutes ces personnes qui m’entourent et qui vivent silencieusement une souffrance émotionnelle. Je l’écris aussi, par extension, à toutes ces personnes qui sont habitées par un mal-être et à ceux et celles les regardent souffrir sans ne savoir que faire.

Crédit photo : Florence Bouchard

À toi, qui souffre en silence.

Parle-moi.

Sache que ta souffrance est légitime. Je sais qu’il arrive qu’on entende (ou il m’arrive moi-même de penser) qu’il y a « pire ailleurs », mais toute la misère du monde n’est pas une raison de banaliser ce que tu vis. Se convaincre qu’on ne devrait pas se « plaindre » n’aide ni ta souffrance, ni la misère des autres.

Essaie de ne pas t’infliger le martyre de cacher tes larmes ou de ravaler tes sanglots : parle-moi.

On peut peut-être essayer de dédramatiser certaines situations ensemble ou de désarmer la bombe émotionnelle qui te tord l’estomac. Pour le faire, il faut en parler.

Sache que ta souffrance peut être partagée. Dans la mesure où je n’aurai peut-être pas tous les outils pour t’aider, on pourra essayer de les trouver ensemble. Je tenterai de te bricoler un peu d’amour. Il arrive que mes deux mains créent du beau à partir de ce qui nous semble pas très joli.

Si les mots te manquent pour exprimer toute la souffrance qui t’habite, on vivra tes silences à deux. Si l’angoisse te fait perdre la tête ou 5-6 syllabes dans tes phrases, je serai là, dans toutes les incohérences qui semblent prendre place dans ton esprit. Je n’ai pas la solution à tout, mais je sais que celle d’en finir avec tes jours n’en est certainement pas une. Je sais que la réponse ne se trouve pas au bout d’une corde ou sur les rails d’un métro.

Parle-moi en silence ou parle-moi dans un français qui semble inaudible, mais parle-moi.

Dès qu’une angoisse te prend, qu’un nœud semble se loger dans ta gorge, parle-moi. Il y aura toujours (je dis bien toujours) du sans rendez-vous pour toi dans mon horaire.

Il y aura toujours quelqu’un, en quelque part pour t’écouter. Que ce soit une personne de ton entourage ou une personne au bout du fil, tu peux trouver une écoute. Ensemble, on peut construire des ponts entre ta souffrance et ton mieux-être. La fondation de ce pont-là : parle-moi.

 

 

 

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RESSOURCES

Association québécoise de prévention du suicide : 1 (866) 277- 3553 (APPELLE)

Tel-Aide Québec : 1-877-700-2433

Jeunesse J’écoute : 1-800-668-6868

Association des Centres d’Écoute Téléphonique du Québec : http://www.acetdq.org/centres-ecoute

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