Vie de bureau

En tant que jeune professionnel, je n’ai pas vraiment eu mon mot à dire par rapport à la création d’un compte LinkedIn à mon nom. J’ai résisté aussi longtemps que possible, mais j’ai fini par céder et joindre le site pour me « bâtir » un « réseau professionnel ». Quelle idée !

Si on donnait du fil à retordre aux utilisateurs d’Instagram et de Facebook il n’y a pas si longtemps par rapport à la curation et à la superficialité de ce que les gens mettaient en ligne, j’aimerais qu’on en fasse autant pour les utilisateurs de LinkedIn. On troque les photos en maillot passées dans Facetune, les brunchs beiges et les throwback Thursdays pour des portraits corpo bien souriants et des photos de l’équipe qui sort luncher pour renforcer l’esprit d’équipe.

C’est tout aussi faux, mais on porte la cravate durant les heures de bureau. Au lieu de montrer qu’on est le plus heureux du web, on essaye de montrer qu’on est le plus performant du bureau. Malsainnnnnnnnnn.

Les histoires abracadabrantes des entrepreneurs

« J’ai engagé mon barista du Starbucks comme vice-président de ma compagnie parce qu’il était souriant » Ça me semble une bien bonne idée ça.

« Une candidate a amené son enfant à l’entrevue et je l’ai embauchée sur le champ » Ah oui ? Tag là donc dans ta publication, mon Marcel 👀.

J’ai remarqué que de plus en plus de personnes sur le site tentent par tous les moyens d’augmenter leur clout professionnel en racontant des histoires à la limite d’être farfelues, des anecdotes beaucoup trop personnelles, ou en partageant des contenus qui n’ont absolument pas leur place dans un fil de nouvelles.

Traitez-moi de grincheux, mais si j’ouvre LinkedIn, c’est pour savoir mes anciens collègues font quoi ou quels postes de mon industrie sont à pourvoir, pas pour qu’un créatif-businessman me fasse croire qu’il a vraiment la capacité de garder sa boite de courriels à zéro, mais de façon aspirationelle.

Les recruteurs qui entretiennent un mystère

Outre les influenceurs self-made de la plateforme qui peuplent le feed, les messages privés eux sont remplis d’offres d’emploi à ne pas rater. Presque toujours envoyé par un.e recruteur.e, voulant prendre le temps de discuter d’une opportunité. Mon petit temps étant précieux, et surtout acheté par quelqu’un d’autre sur les heures de bureau, je demande toujours : mais qui est donc ce mystérieux employeur qui ADORE mon profil ? Si ça ne résulte pas dans un ghosting en bonne et due forme, c’est sans doute qu’une série de messages vagues qui tenteront de me convaincre de participer tout de même au processus sans vouloir me dire pour qui. Si tu es recruteur.e et que tu lis ceci : tu gosses, dis le c’est pour quelle compagnie, je ne veux pas me retrouver en 4e ronde d’entrevues pour Imperial Tobacco par erreur.

Dommage pour tout le monde, je vais simplement envoyer le message à des pairs et on va rire du copié-collé ensemble. La fois où j’ai osé reprocher le manque de transparence à un recruteur sur ce genre de pratique, je me suis fait chicaner de douter de lui, un pur inconnu qui n’avait pas de description de tâches pour moi, car il était mandaté par « le président » de la compagnie. OK mon ami, ciao !

Un espace pour exposer et discuter des inégalités

On parle des trolls sur les internets qui s’en permettent un peu trop cachés derrière leur écran. Anonymes dans une marée d’utilisateurs. Jacques Piché ou Sylvie Champoux sont peut-être vrais ou peut-être pas. Peu importe. Le même effet de protection se traduit sur LinkedIn. Derrière un écran, les utilisateurs s’en permettent aussi, même si leur CV est attaché au commentaire. C’est pas toujours pertinent, mais cette déconnexion laisse parfois des gens dire quelque chose « tout haut » qu’ils n’auraient dite que tout bas ailleurs. Des employés de plus bas niveaux pourront dénoncer des comportements venant d’en haut et seront entendus par leurs pairs.

Ça permet d’aborder des sujets comme les iniquités salariales, le manque de diversité dans certains milieux, la valeur du travail d’expertise ou les conditions de travail. Le forum public est un excellent dénominateur commun pour quiconque saura apporter un point à la discussion, et ça, j’aime ça. 

 

Image de couverture par Roman Bozhko
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Maxim Potvin
Éditeur en chef

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