Faits Vécus

Ode à tes faux pas. On a trébuché plus d’une fois avant de faire nos premiers pas. Ils ont quand même été applaudis sous le regard ahuri de nos parents.

On risquait la noyade la première fois où on a enfilé un maillot de bain et sauté à pieds joints dans une piscine. On a mis des flotteurs les premiers temps, puis on a appris à nager.

On avait quatre roues avant d’en avoir deux sur nos vélos. Les premières chutes ont été douloureuses (et humiliantes pour certains). Cela n’a pas empêché notre entourage de nous féliciter même lors de nos chutes les plus vertigineuses.

À l’âge adulte, c’est plutôt « étudie, fais-nous des petits-enfants et prends-toi une hypothèque ». Malheureusement, il faut noter que l’échec au passage n’est pas vraiment salué, mais plutôt redouté.

La vingtaine, c’est donc cette merveilleuse période où on a assez d’indépendance pour prendre ses propres décisions, mais où elles ne sont malheureusement pas encore à l’abri du jugement acerbe de nos proches. Nos réussites sont applaudies alors que nos échecs, quant à eux, nous rentrent dedans à coups de marteaux piqueurs. Ou de masse. J’me demande c’qui fait le plus mal.

À l’aube des premières décisions qui auront un impact sur notre vie « d’adulte », on manque terriblement d’outils pour faire face aux échecs que nous réservent les risques qu’on prendra. On s’oriente comme le cher capitaine Jack Sparrow : avec une boussole défectueuse et parfois beaucoup d’alcool. C’est donc avec une haleine de restant de Beefeater et un léger mal de tête que j’ai envie de rédiger une ode à vos faux pas.

Ne serait-ce pas grandiose de se donner le droit à l’échec ? Bien malheureusement, on le redoute comme les grands d’Hollywood redoutent que leurs dirty (big) little secrets sortent au grand jour.

Réfléchissons-y un instant.

Dans n’importe quel processus d’apprentissage, ce sont les traits de crayons rouges qui nous indiquent que la démarche qu’on a empruntée n’était pas la bonne pour résoudre l’équation. On ne nous répète pas assez que la « réussite », ce n’est pas une course, mais un marathon : tu peux te demander en maudit ce que tu fais là avant d’avoir atteint la ligne d’arrivée. Tu risques de perdre pied, de t’essouffler et parfois, oui, d’abandonner. Par contre, bonne nouvelle! Des marathons, y en a partout et plusieurs fois par année.

Se donner le droit à l’échec, c’est se donner le droit d’essayer. C’est d’intégrer le fait que d’apprendre, c’est tellement plus que de voir la réussite à grands de coups de A+ sur des copies d’examen. Ce n’est que par la pratique qu’on devient bon et par un peu d’acharnement qu’on devient excellent.

Ce serait aussi tellement épanouissant de voir nos échecs plus positivement. Si seulement on pouvait arrêter de se taper sur la tête au point de s’en creuser un trou dans le plancher.

Plutôt que d’apprendre à valser, au moindre faux pas, on jure de ne plus jamais remettre les pieds sur scène. Laisse-toi une chance, même Usain Bolt s’est probablement déjà planté avant de franchir la ligne d’arrivée aux Jeux Olympiques.

Ce sont d’ailleurs souvent nos idoles qui ont le plus d’histoires d’échecs à raconter. Ils sont aussi nombreux à dire que ce sont ces échecs qui les ont fait évoluer. Que veux-tu? Pour être bon, il faut jadis avoir été mauvais!

Ça fait que tu risques de devoir balayer plusieurs autres échecs sur le chemin de ta réussite, autant mieux t’y faire et apprendre à vivre positivement avec. Ça t’empêche pas pour autant de brailler devant Friends en te faisant livrer des sushis quand ça arrive, ça fait toujours du bien de pleurer sur son sort un peu.

Pour ma part, c’est à travers plusieurs échecs que j’ai décidé d’apprendre à rire de moi. C’est parfois déstabilisant pour mon entourage de m’entendre faire autant d’autodérision (j’ai beaucoup d’échecs refoulés, t’sais), mais c’est la façon que j’ai trouvée de m’en sortir quand la vie m’envoie une droite dans les dents.

On a appris à marcher en évitant les commotions cérébrales.

On a appris à nager en évitant la noyade.

On a appris à faire du vélo en évitant de se péter tous les membres du corps.

L’échec, ça fait partie intégrante de la réussite.

Sur ce, voilà mon ode à tes faux pas et sache que je te souhaite d’apprendre à danser à travers eux.

« Encourageons [les filles] à se tromper, sans les blâmer et sans jeter sur elles un regard de honte et d’humiliation qui retardera leur épanouissement. »

* Kim Lévesque-Lizotte

source image de couverture: Alex Dozois (@une.alex)

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