On a tous une petite voix à l’intérieur de nous. Et je ne parle pas de la voix aiguë qu’on peut prendre parfois physiquement alors qu’on monte d’un ton. Non non, je parle de cette petite voix qu’on écoute trop peu et qui mériterait qu’on la mette sur l’estrade plus souvent. Elle a même un nom savant ; l’endophasie.

Pourtant jadis elle tenait une place de choix dans le quotidien de l’homme

Au début des temps, au temps des mammouths, elle est la première qu’écoutaient nos ancêtres. Assis au bord d’un feu, ils « sentaient » que leur vie était en péril, et ils se mettaient en action, se préparaient à ce qui allait arriver. Ils ne savaient pas à quoi s’attendre, mais leur petite voix leur disait de se méfier, qu’un danger les guettait. C’est grâce à cette petite voix qu’ils ont survécu, à cause d’elle que l’humanité a continué.

Par petite voix qu’on n’écoute pas, je fais allusion à celle qui dit, avant une soirée, « je le sens pas ». Celle-là même qui te dit qu’il va se passer une merde, que la soirée n’ira pas bien. Et souvent, c’est ce qui arrive.  À cette même petite voix qui nous hurle « RED FLAG » lors d’une rencontre amoureuse. On le sait, on le sent que cette personne n’est pas vraie, qu’elle nous fera mal, qu’elle nous utilisera un moment puis nous jettera, et pourtant, on fonce dedans à pieds joints. Cette petite voix toujours qui au cœur d’une amitié nous chuchote que l’autre n’est pas sincère, qu’il ne fait que profiter de notre gentillesse. Soudain un après-midi, on ose s’affirmer, pour réaliser qu’on aurait dû réagir avant, que c’était du pipo…  Alors pourquoi a-t-on autant de mal à l’écouter ?

Pourtant, quand on y pense sérieusement, elle occupe souvent une place importante dans notre quotidien. On n’a qu’à penser à faire un calcul mental et hop, elle s’active.  On l’entend compter dans notre tête et on ne remet pas en question son résultat. Juste ici, maintenant, ce texte… C’est la petite voix qui le lit silencieusement dans notre tête… Celle-là encore quand on se répète un numéro à ne pas oublier. Elle est celle qui fait des listes, nous tape sur la tête, nous offre un moment en dehors du temps.

Elle nous parle souvent, partout

Il parait même qu’elle nous accompagnerait 23 % du temps chaque jour selon une étude réalisée par le psychologue Russel T. Hurlburt. Elle nous encourage, nous sabote, nous empêche de dormir la nuit, et d’autres fois, de sortir du lit. Elle nous empêche d’oublier, nous console, nous aide à mémoriser, nous donne espoir… Mais elle est là et elle existe. 

Je n’ai qu’à penser à la chanson « Plein d’amour » de Damien Robitaille pour l’entendre en boucle dans ma tête, pour que ce ver d’oreille s’installe confortablement pour un lonnnnnnng moment. Faire le test, c’est réaliser, impossible de s’en défaire… Les auteurs Edouard Dujardin, Fiodor Dostoïevski ou Virginia Woolf avaient aussi pris conscience qu’à l’intérieur de nous, une petite voix est bien vivante. Ils connaissaient son existence ; en a fait la pierre angulaire de certaines de leurs œuvres.

Alors pourquoi est-ce qu’on l’écoute pour des broutilles et qu’on la bâillonne quand elle nous hurle si fort de se méfier, de se sauver ?

À l’intérieur de chacun de nous se cache quelqu’un de courageux;  à sa droite se tient un pyromane et à sa gauche un moine… Mais au-dessus, il y a toujours cette petite voix, celle qu’on devrait apprendre à écouter… J’ai décidé à partir d’aujourd’hui d’écouter la mienne… Toi ?

Image de couverture par Uday Mittal

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