Faits Vécus Style de vie

À l’arrivée des fêtes, tes matantes se sont peut-être empressées de te poser LA question classique de réunion de famille annuelle: Pis, ma belle, tu t’es tu fait un p’tit chum?! 

Imagine la face de tatie Claudine en lui annonçant que tu as non seulement un, mais deux petits chums! Ben oui! Claudine ne sera peut-être pas trop à l’aise avec le concept du polyamour, mais c’est quand même la réalité de sa petite nièce (et de bien d’autres personnes!). 

Alors, que tu sois polyamoureuse ou non, chère lectrice, je t’invite à lire cette entrevue avec ma grande amie Cassia, polyamoureuse d’expérience, qui répond à mes questions sur le polyamour. Ça t’aidera probablement à mieux comprendre les grandes lignes de ce mode de vie relationnel. 

D’abord, Cassia, c’est quoi le polyamour? 

C’est pour moi une façon de vivre ses relations qui diffèrent du mono-amour communément appelé couple exclusif. Il y a la possibilité de s’ouvrir à des relations avec plus d’un.e partenaire. On m’a déjà dit qu’il y a autant de façons de le vivre que de polyamoureux. Les configurations relationnelles sont multiples. Je pense qu’il n’y a pas de problème à voir ses partenaires sur le même pied d’égalité et de dire : ce que je vis, c’est de l’amour, de l’amitié, de l’attirance, qu’importe. Il faut le vivre et en profiter pleinement. Dans tout ça, le plus important dans le polyamour reste l’honnêteté entre les partenaires. 

Comment as-tu découvert le polyamour? 

J’ai découvert le polyamour par un couple d’amis qui s’était ouvert à ce mode relationnel, puis j’ai découvert qu’il y avait une communauté active de gens qui se rencontraient pour faire des activités à Québec. J’ai pris mon courage à deux mains et je suis allée à une soirée sur le thème du polyamour dans un restaurant.

Depuis quand sais-tu que tu es polyamoureuse? 

Je sais que je suis confortable avec le polyamour depuis deux ans et demi. Ce fut un processus. Maintenant je me dis polyamoureuse, car c’est la façon que je vis mes relations, celle qui me convient le mieux. 

Actuellement, as-tu plusieurs partenaires amoureux? 

Présentement, j’ai deux amoureuses avec qui je m’entends très bien. Elles ne se connaissent pas. Mes deux relations sont très différentes et entières chacune à leur façon. J’ai aussi des amis que je pourrais considérer comme des amireux dans le jargon polyamoureux. En gros, ce sont des amis très importants pour moi, que je vois souvent et avec qui j’ai une complicité très nette, si bien que malgré le fait que ce soit platonique, je les considère dans mon polycule, dans mon cercle de partenaires autrement dit. 

Est-ce que tes amoureuses sont elles aussi polyamoureuses?

Mes amoureuses sont mono-amoureuses, si bien que je vis le polyamour de mon côté, mais du leur, elles n’ont pas d’autres partenaires que moi. Elle ne sont pas polyamoureuses, mais elles sont ouvertes à mon mode de vie et me respectent là-dedans. C’est un choix conscient et décidé de part et d’autre et je n’aurais pas de problèmes à ce qu’elles choisissent un jour d’avoir plus d’une partenaire. C’est leur liberté. 

amour mains coeurSource image: Unsplash

Qu’est-ce que tu préfères dans ce mode de vie relationnel? 

Ce que j’aime le plus c’est que je me sens libre et à ma place. Je sens que je communique mieux mes besoins qu’avant, que mon coeur s’ouvre à des nouveaux possibles et que le négatif du bagage émotif est moindre

Au contraire, qu’est-ce que tu aimes le moins là-dedans?

Ce que j’aime le moins, vous demanderez à d’autres polyamoureux, c’est la difficulté de conjuguer les horaires (rires). Sinon, mes relations sont comme les autres. Avec des hauts, des bas, des bons coups, de l’amour, de l’écoute, du temps ensemble et séparé, etc.

Est-ce qu’il y a de la jalousie de part et d’autre? 

Oui! On n’est pas à l’abri de la jalousie en effet. Ce qui est nouveau peut perturber. Certaines situations sont parfois plus inconfortables. Mais l’essentiel, c’est de se parler. Aussi, il faut laisser moins de place à la petite voix de l’orgueil qui nous dit: Choisis-moi! Seulement moi! Mais dans le polyamour, on ne se limite pas à une personne aimée. Il y a d’autres personnes super chouettes qu’on peut rencontrer, aimer et apprécier, avec qui on peut désirer  construire une relation amoureuse. Et ça, on appelle ça la compersion. En gros, j’apprécie que mon partenaire ou mon ami soit heureux avec quelqu’un d’autre, dans une autre situation qu’avec moi. J’accepte que je ne suis pas la seule et unique source de son bonheur, et je suis heureuse que cela le rende heureux. S’il y a de la jalousie ou des conflits de vécus, il vaut mieux en discuter dans l’ouverture, la politesse et l’honnêteté. 

Comment est-ce que ton entourage perçoit ta vie affective? 

Mon entourage est constitué de toutes sortes de personnes. Polyamoureux ou non. Dans tous les cas, je choisis mes amis. Je m’entoure de personnes ouvertes et bienveillantes parce que c’est ce dont j’ai besoin dans ma vie. Aussi, ils respectent mon mode de vie, comme je me respecte et les respecte. Parfois, on peut se heurter à des incompréhensions ou faire face à un manque de tolérance. Il suffit d’affirmer nos positions.  Je préfère être d’accord qu’être en désaccord, tant que cela reste poli.

Trouves-tu que c’est encore tabou en 2019 (presque 2020!) d’annoncer à des amis ou à la famille qu’on est polyamoureux ?

Oui, c’est encore tabou en 2019 de s’affirmer polyamoureux. C’est aussi le cas de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre, par exemple. Ce sont des choses différentes du modèle sociétal dans lequel nous avons grandi, ce sont donc des sources d’incompréhension très souvent. Je souhaite aux gens qu’on les accepte peu importe ce qu’ils sont. Mais on n’est pas à l’abri des préjugés. Tout le monde en cultive. Le polyamour n’est pas connu de tous. C’est en ayant des modèles positifs et plus de visibilité concrètement que les gens se sentiront plus à l’aise avec le polyamour et avec la différence en général.

Que dirais tu à quelqu’un qui veut connaître ce stylet relationnel?

Je dirais que rien ne vaut mieux que s’informer et s’ouvrir en l’essayant soi-même si on se reconnaît là-dedans. Cela peut être vécu à sa manière comme dans une communauté. Plusieurs villes ont les leurs sur internet et Facebook. Ne soyez pas gêné.e.s de poser des questions ou de vous joindre à un social polyamoureux!

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Myriam Roy

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