Faits Vécus

Aujourd’hui, je continue de te parler de mon cheminement professionnel. Si tu n’as pas lu la partie 1 c’est juste ICI!

Avoir un métier « normal » pour faire vivre notre métier de rêve

Je ne suis pas en train de dire que je n’aime pas ce que je fais. Il y a des bouts de mon métier que j’adore, surtout depuis que je mise plus sur les communications et le web puisque ça me ressemble beaucoup plus que de calculer des calories et des protéines dans un bureau. Par contre, pour le moment, de faire sa place sur le web et dans les communications en nutrition demeure extrêmement difficile. Je ne suis malheureusement pas (encore, si je suis positive) Isabelle Huot ou Geneviève O’Gleman. Je dois donc avoir un autre emploi qui cadre beaucoup moins avec qui je suis.

Je ne fais pas pitié pour autant car, pour les personnes qui souhaitent exercer un métier hors du commun, c’est un chemin quasi obligatoire. Je vais donc appliquer mon propre conseil et être transparente avec toi: Si toi aussi, tu souhaites faire un virage à 180 degrés dans ta vie professionnelle pour te sentir plus à ta place, dis-toi que tu auras à passer par une phase de transition qui demandera assurément des sacrifices. Malheureusement, on ne connaît jamais à l’avance la durée de cette phase. C’est un peu comme de jouer à Serpents et échelles, on peut être très chanceux et n’arriver seulement que sur des cases d’échelles ou travailler dur pendant très longtemps et continuer de ne tomber que sur des cases de serpents.

Je pense que, l’important, c’est de savoir ce qu’on veut vraiment pour notre vie, ce qui est essentiel à notre bien-être… De bien se connaître, finalement! Aujourd’hui, à trente-cinq ans, j’ai compris que j’ai besoin d’un métier où je peux contrôler les choses, où je fais partie de ceux qui prennent les décisions. Si l’organisation du travail n’est pas à mon goût, je dois avoir la possibilité de la modifier pour me sentir bien et à ma place. En nutrition, la grande majorité des emplois est encadrée par des mégastructures comme les CISSS (Centres intégrés de santé et de services sociaux)… En fait, c’est pas mal là que ça se passe pour la majorité des nutritionnistes. Le genre d’endroit où une fille comme moi se sent rapidement engloutie. J’ai dû le vivre et même le revivre quelques années plus tard pour bien le comprendre.

femme fenêtre contemplation immeubleSource image: Unsplash

Pourtant, déjà en 4e année, je me souviens d’un petit livre que mon enseignante m’avait donné où elle y avait écrit la plus grande force de chacun des élèves. La mienne était le sens de l’organisation. Quand j’y repense, je sais que c’est un aspect de ma personnalité qui est très fort depuis longtemps. Comment, alors, personne n’a été capable de me dire : « hey, jeune fille, avec ton fort leadership et ton côté p’tit boss des bécosses déjà bien présent du haut de tes trois pommes, quand tu seras grande, tu auras besoin d’une entreprise à toi ou d’un métier où tu auras beaucoup de pouvoir décisionnel et où ta voix sera entendue ». À la place, j’ai rempli des petits tests d’entreprenariat (dans les cours de choix de carrière, évidemment) qui me disaient que je n’avais pas le profil d’une entrepreneure, probablement parce que je répondais toujours que j’avais peu confiance en moi et que je voulais un salaire stable.

La quête de stabilité

Je ne savais pas, à ce moment, que la stabilité du salaire venait avec un encadrement dans lequel je serais incapable de vivre. De toute façon, est-ce qu’il y a vraiment quelqu’un qui répond que, pour lui, de ne pas être sûr qu’un salaire rentrera et qu’il y aura de la nourriture sur la table chaque jour, c’est O.K.? Encore une fois, je reviens à l’importance d’avoir quelqu’un de compétent pour analyser les résultats du foutu test et relativiser le tout. Je n’avais peut-être pas tout ce qu’il fallait pour être entrepreneure, mais aujourd’hui, je sais que c’est quasi impossible d’avoir tout ce qu’il faut et qu’en réalité, les entrepreneurs savent s’entourer de personnes qui ont les compétences qu’eux n’ont pas.

J’aurais aimé qu’on m’explique tout ça au moment où je faisais mes choix pour mon avenir, avant de dépenser beaucoup d’argent, de temps et d’énergie. J’aurais peut-être investi toutes ces ressources dans une entreprise à moi plutôt que dans un baccalauréat. Sinon, même en étant nutritionniste, j’aurais pu éviter de me limiter qu’à des consultations en nutrition, mais plutôt développer une entreprise beaucoup plus florissante dès le début de ma vingtaine. Dans ma tête, c’était quasi impossible de développer autre chose puisque les tests m’ont toujours dit que je n’étais pas une entrepreneure… J’échouerais assurément! C’est fou comment on peut se mettre des limites nous-mêmes à partir de choses qui, finalement, sont loin de la réalité.

Il n’est jamais trop tard, comme diraient Marie-Mai et Jonas, mais il y a encore un mais…

entrepreneur capable image pouvoir femmeSource image: Unsplash

Je sais qu’il n’est pas trop tard pour le faire. C’est pour ça que je continue de foncer et de tenter d’innover pour faire un travail qui me plaît, mais aussi pour être capable d’en vivre… Ce qui n’est pas un aspect négligeable, on s’entend. Par contre, c’est beaucoup plus difficile, rendue à mon âge, de ne pas avoir une carrière bien établie. On se compare aux autres, les autres nous comparent aussi.

Le jugement des autres

Je dois avouer que le regard des autres et leur jugement sont extrêmement lourds sur mon estime personnelle. Quand tu ne fais pas comme les autres et que tu n’as toujours pas pris ton rang arrivé à la mi-trentaine, beaucoup te font sentir loser. Tu n’as pas réussi ta vie. « Arrête de jouer à l’enfant gâté, la vie, c’est de travailler dur et de fermer sa gueule. Personne n’aime ça, travailler. ».

Même les gens qui sont supposés nous aimer et nous soutenir nous jugent parfois. C’est ce que je trouve le plus difficile, car j’aurais doublement besoin de leur soutien et non de leurs critiques. Mais, ma vie, c’est moi qui la vis. Je n’ai pas envie de faire comme les autres et de rêver toute l’année à mes deux petites semaines de vacances. Je ne veux pas voir défiler ma vie pendant que je suis enfermée dans une prison invisible à regarder ma montre aux deux minutes pour savoir combien de temps il reste avant d’être libérée quelques heures et à peine avoir le temps de voir mes enfants avant d’aller dormir et recommencer la même routine le lendemain. Je refuse de compter les années avant d’arriver à ma retraite pour finalement n’en profiter que quelques années avant de passer de l’autre bord. Je suis peut-être une fille de trente-cinq ans sans « vrai métier », mais j’ai le courage de respecter qui je suis et de refuser de me laisser mourir à petit feu.

Je passe par-dessus la critique quand je pense à la façon illogique dont les gens jugent la vie des autres. Par exemple, quand les gens d’affaires obtiennent du succès, on les idolâtre, on les vénère, ce sont donc bien des personnes travaillantes et extraordinaires, des exemples à suivre! On oublie que ce sont aussi des personnes qui ont pris le risque de se planter et qu’il y a de bonnes chances qu’avant ce succès, ils se sont aussi fait juger d’être un enfant gâté incapable d’avoir un travail « normal » ou de prendre des décisions qui n’ont aucun sens comme de refuser un emploi bien rémunéré à 35 heures/semaine avec les avantages sociaux et la grosse retraite pour investir son temps dans quelque chose qui ne ramène pas ou pas assez de revenus.

gens groupe professionnels marche rueSource image: Unsplash

De choisir de sauter à l’eau, c’est aussi de choisir de se mouiller. Personnellement, j’apprends tranquillement à nager même si c’est plutôt du style « p’tit chien à la patte cassé », mais je préfère être dans l’eau froide à me démener que d’être au sec et malheureuse à me faire bronzer sur la plage avec la foule.

Tu as peut-être, comme moi, mal été guidé.e quand c’était le temps mais, l’important, c’est qu’aujourd’hui, tu fasses l’effort de réflexion pour trouver ce que tu veux vraiment pour ton avenir. Il n’y a jamais de réponse toute faite ou de métier parfait, mais il faut choisir ce qui est le plus près de nous, ce qui nous ressemble le plus.

Souvent, on accorde beaucoup d’importance à l’argent, à la stabilité et à ce que les autres pensent, mais à quel prix? Qu’on ait trente, quarante, cinquante ou même soixante ans, il faut passer par-dessus ce que pensent les autres et prioriser notre bonheur.

C’est NOTRE vie. Je crois qu’il n’est jamais trop tard pour trouver qui on est et faire ce qu’il faut pour être heureux!

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Tania Valiquette

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