Faits Vécus

Je porte mes lunettes roses du plus loin que je me souvienne, jusqu’à me demander si elles font partie de moi.

Ces lunettes, elles me font voir la beauté des gens. Elles me font voir les petits détails qui passent facilement inaperçus. Elles me font apprécier chaque sourire, chaque regard complice, chaque geste anodin. Elles me font voir le bon côté de chacun. Elles me font croire en la bonté de tous.

Elles font en sorte que je valorise chaque personne qui croise mon chemin. Comme si je pouvais apprécier tout de suite qui elles sont, sans qu’elles se soient dévoilées. Je vois instantanément leur potentiel, tout ce qu’elles pourraient être sans leur masque. Vous savez, celui que la société nous suggère fortement de porter afin que la vie soit plus facile, afin qu’on entre dans le moule. Celui qui nous empêche de briller. Celui qui nous empêche de rêver. Celui qui nous aveugle, qui nous engourdit. Celui qui dévie notre trajectoire jusqu’à nous mener droit au mur parfois.

À ce masque, on ajoute le mur de protection. Celui qu’on construit autour de notre cœur pour éviter qu’il soit utilisé comme punching bag. Celui qu’on a fortifié à chaque déception, à chaque blessure.

Ces lunettes, elles me font voir plus loin. Plus loin que la méfiance. Plus loin que la jalousie. Plus loin que de la méchanceté. Plus loin que l’indifférence.

Elles me font voir leur tempête intérieure, celle que je voudrais tant calmer.

Je pense que c’est pour ça que je me suis dirigée en relation d’aide en premier lieu. Je voulais sauver tout le monde. Je voulais faire une différence en tout cas.

mur roseSource image: Unsplash

Je voulais être le parapluie qui protège des mauvais temps.

Je voulais être le phare qui guide lors de naufrage.

Je voulais être l’étoile qui éclaire lors des grandes noirceurs.

Je voulais être un baume pour tous les cœurs écorchés.

Je voulais avoir les bons mots, tout le temps.

Je n’avais pas vu tout le poids que je me mettais sur les épaules. Je n’avais pas vu l’épuisement moral qui me pendait au bout du nez.

Je ne crois pas avoir un don particulier. Je prends juste le temps. Le temps d’apprendre à connaître l’autre. Le temps d’admirer ses qualités, ses forces exceptionnelles. Le temps qu’il faut pour que la confiance se crée, pour grimper le mur sans me faire bombarder de missiles. Le temps qu’il faut pour que le masque tombe, pour avoir accès aux petites imperfections des gens qui font d’eux qui ils sont. Et je souhaite qu’ils se voient à travers mes yeux, qu’ils voient comment ils sont beaux dans leur unicité.

Mais ces lunettes roses, elles m’empêchent parfois d’y voir clair. Elles camouflent des détails importants, des signaux d’alarme.

À cause de ces lunettes-là, je ne sais pas lâcher prise. Rien ne m’effraie.

À cause de ces lunettes-là, je reste quand d’autres seraient partis.

On pourrait dire que je suis naïve et je serais d’accord, en quelque sorte. Parfois, mes lunettes me trahissent. J’invente une sincérité, une bienveillance à certaines personnes. Parfois, j’hallucine une réciprocité. Je pense que c’est ça qui fait le plus mal. Quand on croit que tout le monde est bon, on devient vulnérable. Vulnérable aux mensonges. Vulnérable à la manipulation. On fait tellement confiance aux autres qu’on ne peut pas imaginer qu’ils ne soient pas sincères, qu’ils jouent avec nos sentiments avec indifférence. Mais au fond, je ne pourrai jamais comprendre. J’ai le cœur si grand, si pur. Les deux bras grands ouverts. Ma plus grande qualité est donc aussi mon plus grand défaut, par moment.

camion crème glacée roseSource image: Unsplash

Mais ces gens-là, ceux qui se protègent autant, ceux qui font défaillance à mes lunettes, je préfère les voir comme des fleurs qui ne sont pas prêtes à éclore. Pis c’est correct aussi.

Au départ, j’avais en tête de vous dire que je devais m’en débarrasser. Que c’est moi qui finissais par être manipulée, niaisée, déçue, blessée à force d’idéaliser tout le monde. Que c’est mon cœur qui finissait par se construire un grand mur de briques pour se protéger des gens malveillants.

Mais j’ai changé d’idée.

J’ai décidé que mes lunettes étaient cool et que rien ni personne n’allait pouvoir me convaincre de les enlever contre mon gré. Pas même mes erreurs.

J’aime ça voir la vie en rose. J’aime croire que la vie est belle et qu’après chaque tempête nait un arc-en-ciel. J’aime ça les fins heureuses. Ça me permet de croire en demain.

Moi, je suis attirée par la flamme qui brûle à l’intérieur de chacun. Et je suis prête à tout pour qu’elle ne s’éteigne jamais. C’est ma nature. Avec ou sans lunettes.

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Caroline Demers Barbeaux

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