Faits Vécus

Petite boule de peur

Je suis une petit boule de peur et d’angoisse et cela a toujours fait bien rire mes amis. On prenait plaisir à me faire sursauter, à me raconter des histoires de peur, etc. J’ai toujours été celle qui remettait en question les plans du groupe, mettant en évidence des dangers que seule moi voyait.

peur femme noir et blanc mainSource image: Unsplash

Sans chercher de coupable, il est clair que cette peur me vient de ma mère. Elle imaginait toujours le pire de chaque situation et elle me partageait ses angoisses. Je me souviens de cette fois où elle ne voulait plus que j’utilise les petits chemins de campagne pour rentrer à la maison, prétextant que je pouvais être suivie ou pire, victime d’un coup monté où une voiture s’arrêterait devant moi, me forçant ainsi à freiner brusquement et me retrouvant seule face à des méchants bandits venus me violer et/ou me tuer. Je vous l’accorde, ma mère écoutait beaucoup trop Séries Plus.

En fait, elle m’a appris à associer le danger à l’inconnu et à craindre les situations nouvelles. Ce que ma mère ne m’a jamais dit, c’est que les méchants ne sont pas que des inconnus. Ok, il arrive que des femmes se fassent agresser dans des ruelles la nuit, mais on a statistiquement plus de chances de se faire violer par quelqu’un qu’on connaît. J’ai appris ça alors que j’étais étudiante au bac.

Le déménagement

Après ma première année de bac, mon copain et moi avons dû trouver un nouvel appartement. On étudiait loin de notre ville d’origine, on n’avait pas un gros réseau, mais les étudiants de mon programme étaient tissés serrés. Une opportunité s’offre à nous; un collègue de classe loue des chambres dans sa maison. Le prix respecte notre (petit) budget, l’emplacement est super et je suis enthousiaste à l’idée d’avoir des colocs pour la première fois. C’est une autre fille du bac qui louera la deuxième chambre de la maison, une fille sympathique avec qui j’ai eu la chance de discuter quelques fois.

Avant d’emménager, on rencontre notre futur coloc et proprio autour d’un verre pour discuter des termes de la colocation. On est sur la même longueur d’ondes. Dès le déménagement, quelque chose cloche. On installe nos affaires dans la cuisine et ça semble le rendre mal à l’aise, le déstabiliser. Il nous demandera quelques jours plus tard de ne rien laisser dans les pièces communes, même si ce n’était pas les termes de notre entente. Rapidement, il nous fera aussi comprendre qu’il préfèrerait qu’on ne soit pas trop dans les aires communes. On est mal à l’aise.

caution attention dangerSource image: Unsplash

Le coloc

Notre coloc fait tout pour qu’on ne se sente pas chez nous. Depuis quelques temps, il fréquente une jeune femme et il nous demande de ne pas être à la maison quand il l’invite. On revient et on retrouve vêtements et capote souillée au salon, sympathique le coloc! D’autres soirs, c’est la voisine qui lui tient compagnie. Ces soirées-là, ils boivent beaucoup. Le matin, je la retrouve parfois couchée par terre dans la salle à manger. Je me demande pourquoi il ne la raccompagne jamais chez elle, c’est littéralement la porte d’à côté, mais je ne me mêle pas de leur histoire, je sais qu’ils ont un arrangement : il lui tient compagnie et elle paie l’alcool. J’apprendrai au fil des semaines qu’il est du genre profiteur et que cela n’en était qu’un exemple. De toutes façons, mon copain et moi voulons partir. Cette colocation est invivable.

La tisane

J’ai un emploi d’été dans un resto chic de la ville, mes journées de travail se terminent tard, mais je suis souvent accompagnée à la maison par mon copain qui travaille au même resto. Pas ce soir-là. Il est parti en camping avec des amis.

Je rentre du travail épuisée. Je décide de me préparer une tisane au citron et au gingembre. Je profite du temps d’infusion pour monter à l’étage me mettre en pyjama. Je retourne en bas chercher ma tisane et je la bois confortablement installée dans mon lit. Je me sens relaxée. Trop relaxée. Je descends les escaliers pour aller déposer ma tasse dans l’évier et je sens le besoin de m’agripper à la rampe. Mon corps est lourd.

thé tisane breuvage boisson chaudeSource image: Unsplash

Je ne me pose pas de question et je m’empresse d’aller me coucher. Au réveil, je ne comprends rien. Je ne porte plus mon pyjama et je cache ma poitrine avec mes mains. Je regarde autour de moi et je suis stupéfaite de constater que la porte de ma chambre est ouverte. Je panique et je m’habille en vitesse, espérant quitter la maison sans croiser le coloc. Je ne le croiserai pas, mais je verrai le pot de pilules sur le comptoir. Google me dira plus tard que ce sont des pilules qui font relaxer…

Je dois accepter que je ne saurai jamais ce qui s’est passé cette nuit-là. Le plus difficile, c’est d’accepter que les méchants sont parfois près de nous, que l’on ne peut jamais baisser ses gardes.

Maman, je ne sais plus qui sont les méchants…

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Laura

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Je ne fais (vraiment) pas mon âge!