Bouffe Faits Vécus

Trigger warning : ce texte pourrait être sensible pour tous ceux et celles ayant déjà combattu un trouble alimentaire, ou qui ont, comme moi, une relation amour/haine avec la nourriture.

J’adoooore la bouffe et j’aime essayer de nouvelles recettes en cuisine, goûter… Et manger bien évidemment! Je suis l’amie qui a toujours faim, celle qui mange quand elle n’a rien à faire et qui vous dira qu’elle a faim alors qu’on vient juste de finir de manger. Toutefois, ça n’a pas toujours été ainsi, car je suis aussi l’amie qui s’est déjà affamée pour plaire aux standards de beauté de la société.

Au secondaire, l’opinion des autres avait beaucoup d’importance pour moi.

Je voulais donc me fondre dans le moule, être comme tout le monde. Les standards de beauté, que l’on voit maintenant partout sur les réseaux sociaux, m’influençaient aussi beaucoup, et, pour être bien honnêtes, m’influencent encore un peu trop à mon goût.

Lorsque j’étais plus jeune, j’ai eu du mal à perdre mon gras de bébé. Disons simplement que j’ai toujours aimé la nourriture. Cela n’a rien de négatif, mais les femmes au corps parfait que je croisais sans arrêt sur les réseaux m’ont bien vite joué dans la tête. Jusqu’à ce que je déteste chaque partie de mon corps. J’avais l’impression que tous voyaient autant que moi ces défauts, alors que lorsque je regarde les photos maintenant je vois bien que le plus gros se jouait dans ma tête. Je me disais que mes cuisses se touchaient trop, que j’avais des bras trop dodus, que mon ventre était trop rebondi.

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Source de l’image : Unsplash

La nourriture a commencé à me répugner, autant je l’aimais, autant je l’accusais d’être la source de mes malheurs. Alors je me suis mise à diminuer mes portions. Tranquillement. Je déjeunais à la maison, puis je mangeais une salade, puis je soupais, on oublie les desserts! Mais bien sûr ces petits démons en demandent toujours plus et me nourrir à ma faim ne les plaisaient pas. D’ailleurs, manger à l’école est devenu difficile. J’avais l’impression que tous jugeaient de ce dont je me nourrissais, alors qu’en fait ils s’inquiétaient du peu de calories que j’absorbais. Mais j’ai encore diminué mes portions : un gros déjeuner, pour avoir de l’énergie toute la journée, on saute le dîner, un fromage ou une pomme me rassasiait lorsque l’appétit se faisait plus ressentir, puis un petit souper.

Évidemment, les petits démons dans ma tête me criaient leur mécontentement. Alors je m’entraînais, j’allais courir et je faisais de la musculation. Je ne comprenais pas que mon cardio soit si mauvais, que j’aie de la difficulté à respirer ou que l’entraînement me rende malade, alors que j’en demandais tout simplement trop à mon pauvre petit corps sous-alimenté. J’ai fait de multiples chutes de pression, voir des étoiles en me levant était même devenu une habitude avec le temps.

Puis, un jour, j’ai entendu mon nom à l’intercom : est appelée au bureau de la psychoéducatrice. Je ne comprenais pas ce qu’on me voulait, pourquoi on voulait me rencontrer, je n’avais rien fait de mal, j’étais une élève modèle. « Des gens de ton entourage s’inquiètent pour toi. » Elle m’avait fait croire que des professeurs avaient soulevé des inquiétudes à mon égard, j’ai appris beaucoup plus tard que mes amies lui avaient demandé de l’aide, ne sachant quoi faire de cette situation.

Avec le temps, j’ai réalisé que ce mode de vie était loin d’être sain.

J’ai travaillé énormément sur moi-même, sur la vision que j’avais de mon corps. J’ai travaillé à trouver les parties de mon corps que j’appréciais plutôt que de me concentrer sur celles qui me dérangeaient. Des rechutes, j’en ai eu; des moments où, me sentant coupable, je devais faire une activité physique dès que j’avais mangé. Des instants où j’ai pleuré, seule devant mon miroir à me trouver moche. Des journées où j’ai sauté des repas en prétextant que je n’avais pas faim, alors que mon estomac se grugeait par en dedans.

Mais j’y suis arrivée, lentement. J’ai commencé en me faisant des repas santé, sans sucre ajouté. Puis, j’ai ajouté les aliments qui me font plaisir, des chips ici et là, du Nutella, du chocolat. Ce n’est pas parfait. Parfois, je suis encore dégoûtée par la quantité de nourriture que j’ingurgite ou par ce que le miroir me reflète. Je continue à travailler fort, à essayer de mettre de côté les standards de beauté. Je travaille fort pour me trouver belle comme je suis, avec mes petites poignées d’amour et mes cuisses qui se touchent. J’essaie de garder un équilibre, d’avoir un corps en santé tout en ne m’empêchant pas de manger la nourriture qui me plaît vraiment.

Je me convaincs lentement que la beauté extérieure ne vaut pas la peine de me rendre malade, de nuire à ma santé. Je me persuade que je suis jolie, que mes courbes me vont bien, que la beauté intérieure vaut beaucoup plus que la beauté extérieure, de toute façon bien subjective. Et que la vie est beaucoup plus belle lorsqu’on ne s’empêche pas de manger du chocolat.

Source de l’image de couverture : Unsplash
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Megane Therrien

Mégane est une véritable une touche-à-tout. Étudiante en littérature et en féminisme, elle a fait le grand saut dans le monde artistique après avoir terminé...

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