Faits Vécus
Je vais l’écrire, cette lettre tant redoutée. J’ai tenté de l’écrire cent fois, mais elle se devait de venir de la vraie moi. Tu sais, celle que je ne t’ai pas laissée voir. Celle que je n’étais pas encore.
Alors voici ma bouteille à la mer en réponse à la tienne, reçue il y a si longtemps déjà.
C’est étrange, car il est vrai que je pense encore à toi à l’occasion et pourtant…
J’ai su immerger de l’obscur et j’ai pu y trouver la paix, au fur et à mesure. Je n’ai plus mal, j’ai mis les voiles pour dériver de tout ce qui me ramenait à toi. J’ai fait naufrage quelques fois, mais j’ai intégré chaque leçon et j’en ai fait bon usage. Savoir aimer est un apprentissage et avec toi, je réagissais au quart de tour. La raison est simple, être amoureuse était pour moi une première. C’était loin d’être le scénario que j’aurais choisi et de toutes mes options, elle était assurément la dernière.

Et l’amour s’en est mêlé, je ne pouvais rien y faire.

Le mot « perdue » n’est pas assez pour décrire ce que j’étais. Je n’aurais pu prévoir que l’amour se présenterait à moi de cette façon inattendue, voir farfelue. C’était sans issue de secours, trop tard pour m’échapper, dès le premier regard. C’était sans retour, j’étais condamnée. J’imagine que j’avais à la vivre, cette histoire. Elle allait me faire voir le meilleur et le pire de l’amour.
femme désert seule cielSource image: Unsplash
Ou ce qui semblait l’être… Un jour peut-être, je saurai.
Encore aujourd’hui, je doute.
C’est ce qui se passe quand notre raison démissionne et que seul le coeur domine. On tente de limiter les dégâts. On perd l’équilibre.
J’ai cru éprouver quelque chose qui se situait au-delà de l’amour de tous les jours. Une intensité hors de l’ordinaire, magique, le genre qui ne s’explique pas. J’ai eu peur que tu m’induises en erreur, ma petite voix criait mais… Je l’ai fait taire. J’ai mis tous les masques qu’il m’était possible de trouver, pour me protéger et mettre mon coeur en sécurité. À un point tel que de nous deux, ce fût peut-être moi, au final, le pire des imposteurs…
Je me suis usée l’âme et le coeur à la recherche des raisons de cette fin amère, de tes silences que je ressentais comme une sentence. À force d’analyser notre histoire, un soir, je me suis dit: « j’abandonne ». À quoi ça sert de savoir, si au fond je redoute la réponse. Si tu as su m’oublier si facilement comme si je n’étais personne.
J’étais un volcan endormi que tu as réveillé pour ensuite partir. Je me souviens trop bien de tout, de nous et du plaisir de défier la routine de la vie. De cette folie et insouciance que seul un coeur d’enfant sait ressentir. Ce sentiment qui devrait rester malgré le temps, même si on grandit…
C’était plus fort que moi, je me demandais certains soirs si tu y pensais encore aussi. Si ça te rongeait  le corps et le coeur à l’occasion, si tu voyais les signes.
Résistais-tu à m’écrire de la même façon que moi, je me l’interdisais? Moi, c’était par respect pour moi et par peur aussi je crois.

J’ai tant cherché de réponses.

Pourtant, maintenant, je ne les cherche plus depuis longtemps. Mais ce soir, je n’ai plus peur de ce que tu pourrais me dire. Peut-être est-ce mieux de laisser planer le doute que je te manque, que tu m’as aimé vraiment? Trop longtemps je l’ai ignoré, ne sachant trancher entre les deux. Je me disais que si je te manquais un peu soit-il, tu m’écrirais. Puis j’ai accepté la vérité, celle qui est cruelle au début mais qui se sublime en bienveillance si on assume et qu’on avance.
couple sombre flou paysageSource image: Unsplash
Je ne peux affirmer savoir le pourquoi du comment, j’en sais si peu au fond, sur toi. Mais je sais que je t’ai aimé de toute mon âme. Mal je sais, mais ça m’a confrontée à mes lacunes et lentement je me suis mise à m’aimer. Alors, c’est sans rancune, et je peux enfin  dire que ma vie n’est plus la même. J’éprouve une certaine fierté d’avoir trouvé cet équilibre si précieux et difficile à atteindre.
Mon coeur est ouvert aux possibilités à présent, dont celles qui ne t’incluent pas. C’est ironique, car cette liberté nouvelle que j’ai acquise, c’est à moi que je la dois. Mais à toi aussi, donc, merci.
Tu sais, j’ai dormi dans d’autres bras si peu de fois depuis toi.
Ils n’ont pas su rivaliser avec ton souvenir et la paix que je retrouvais dans les tiens.
Et j’ai brisé des coeurs sans en avoir l’intention. J’ai fait de mon mieux pour limiter les dégâts.
Je croyais seulement pouvoir retrouver la même passion, le même langage de deux corps en symbiose, à l’unisson. Il semble que ce ne soit pas si facile, finalement. Aucune âme n’a su me parler et m’atteindre comme la tienne. Ce n’est pas que je désespère, bien au contraire. Tu n’es plus le centre de mon univers. Ça n’aurait jamais dû être le cas d’ailleurs.
Mais mon instinct de sorcière ne doit pas se tromper. Il y a pour moi l’amour avec un grand A qui rode aux alentours. Sans le chercher ni l’attendre, j’ai cette foi que tout ce qui doit se produire arrivera en son temps. Peut-être qu’il reste un infime espoir bien caché au fond de mon coeur, que ce pourrait être toi ce rôdeur.
Ça m’arrive peu souvent d’y croire, mais cette pensée résiste, juste un peu, certains soirs…

Je préfère laisser la vie faire les choses à sa manière. J’ai confiance en elle et en l’univers.

Autrefois, je t’ai aimé et il m’arrivait d’avoir un aperçu d’une vie parsemée de rire, d’amour, de passion, de folie, de complicité, de pardon et de légèreté. Une vie qui aurait pu être la nôtre si tu l’avais vraiment voulu. C’est ce que je me disais, à tort et j’y croyais si fort. Mais ça ne servait plus à rien de perdre mon temps à y rêver. Ce n’est pas de cette façon que ça se serait passé. On avait tant de choses brisées en nous à réparer. Ça aurait été un désastre assuré.
Et je ne serais pas devenue celle qui t’écrit ces mots. Je n’aurais pas compris l’essentiel qui fait en sorte que je trouve la vie si belle. Au travers des tempêtes, du chaos, je persiste à maintenir le cap vers le plus beau.
Je lance cette bouteille à la mer sachant que les chances sont quasi nulles qu’elle te parvienne et que tu lises ces lignes… Il n’y en a sûrement aucune, à vrai dire. C’est ce qui est libérateur, écrire sans censure, sans espoir, seulement avec mon coeur. Te dire enfin les vraies choses sans me mentir, sans les masques qui font tant souffrir.
bouteille mer lettre océan bleuSource image: Unsplash
Alors je te dis au revoir, ou adieu, sans arriver à choisir lequel convient le mieux. Mais je sais que jusqu’à la fin, ton nom me fera sourire. Un premier amour, ça ne s’oublie pas. Qu’il reste ou qu’il décide de partir, à jamais il restera le premier. C’est ce que tu représentes à mes yeux. Le premier amour, c’est comme ça qu’on le nomme, parce qu’il est le premier et rarement le dernier.
Donc je suis prête pour le suivant. La vie est courte et les sentiments sont parfois éphémères. J’aime me le rappeler souvent. Le temps est trop précieux. Ton silence n’était pas une sentence, je le sais maintenant.
C’était seulement la chance qui me permettait d’ouvrir les yeux. Après tant de nuits blanches et de larmes versées, j’ai mis fin à ma souffrance et j’ai laissé tomber. Je pense toujours à toi et je ne cesserai jamais de prier. Pour que ton coeur soit léger et qu’il te porte où il se doit d’aller.
Dans d’autres bras si c’est ce qui est le mieux pour toi.
Tant que tu es heureux, c’est tout ce qui m’importe.
Ça doit être ça l’amour, en quelque sorte.
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Mélie Solo

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