Faits Vécus

Au moment où vous lisez ces mots, je suis probablement supposée être en train d’étudier. J’ai sûrement un gros coton ouaté, capuchon mis et cordons serrés, un deuxième café à mes côtés, ainsi que des notes de cours ouvertes devant moi, et une page word vierge qui attend en vain de se faire remplir par des propos intelligents (Guess what? Ain’t gonna happen today!). Mais je suis incapable de faire quoi que ce soit. Car j’ai un trop plein de choses à dénoncer concernant l’éducation aujourd’hui. Je suis loin d’être une spécialiste, mais je me considère comme une cliente assez fidèle (8 ans au primaire, 5 ans au secondaire, 2 au cégep, je suis dans ma 2ième année d’université et après il m’en reste encore 3. Feque ouain.), ainsi je crois que je peux me permettre de prendre la parole aujourd’hui.

Tout d’abord, Albert Einstein a dit : « Tout le monde est un génie. Mais si vous jugez un poisson sur ses capacités à grimper un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide. » Et c’est exactement ça qui se passe malheureusement dans la majorité de nos écoles publiques au niveau primaire et secondaire. Nous parcourons tous sensiblement le même cheminement scolaire, mais cela ne respecte pas les aptitudes de chacun. Certains jeunes adolescents ne sont pas faits pour rester assis tous les jours et pour apprendre par cœur des formules et des règles de français ; certains ont besoin de bouger, d’expérimenter, de construire, de bricoler… De plus, trop d’élèves ayant des besoins particuliers, comme les jeunes atteint du spectre de l’autisme, ou encore des jeunes TDA ou TDAH, ne sont pas bien pris en charge, ou le sont d’une mauvaise manière. D’ailleurs, je suis d’avis que les jeunes du primaire ont besoin de découvrir, de bouger, d’être émerveillés et non pas de se conditionner à savoir apprendre par cœur les tables de multiplication.

Ensuite, la société, ainsi que le personnel enseignant et même les conseillers en orientation (oui, je généralise probablement ici, mais tout de même) favorisent une valorisation des programmes qu’on pourrait qualifier de « plus prestigieux ». En effet, si on a relativement des bonnes notes, même si on ne possède pas vraiment l’intérêt, il faut aller en médecine, ou en droit. Et si on a des moins bons résultats, c’est bien dommage, mais va falloir se tourner vers des sciences humaines pas de math, ou pire encore, vers une technique ou un DEP. Cela peut facilement décourager ceux qui ne se voient pas du tout aller en médecine, et cela peut également inhiber les rêves de ceux par exemple qui veulent aller dans le domaine artistique. De plus, on ne nous évalue pas sur nos réelles capacités ; on évalue plus souvent qu’autrement notre capacité d’éponge plutôt que de nous évaluer sur nos vraies aptitudes (non mais vraiment? Je suis moins intelligente que mon voisin parce que j’ai utilisé un mot différent dans la définition d’un certain concept? Parce que j’ai oublié le 15ième élément du tableau périodique? Parce que je ne sais plus ce que donnent 12 x 8?). Cela met dans la tête des étudiants que la note en elle-même est plus importante que l’apprentissage réel des informations.

classe chaises vides noirSource image: Unsplash

Finalement, le bien-être n’est plus le centre des priorités au niveau éducationnel, et devrait l’être. J’étudiais dans un café récemment, et j’y ai entendu différentes conversations entre différents groupes d’étudiants, qui disaient « Hey je suis à boutte, j’ai tellement pleuré ce matin! » ou « Lol, j’ai dormi 3 heures en trois jours pour remettre un travail de 45% tantôt. », ou encore « je reviens d’une p’tite crise d’anxiété, mais je n’ai pas trop le temps, faut que j’étudie. » Est-ce rendu la normalité, tout ça? Faut-il vraiment que toutes les mi-sessions et les fins de sessions se ressemblent et nous privent de notre sommeil, de notre bonne humeur et de notre santé mentale? Je ne trouve pas normal que des élèves en médecine, qui, je vous le rappelle, sont supposés être des futurs ambassadeurs de la santé, prennent des pilules pour mieux performer dans leurs examens et sacrifient d’innombrables heures de sommeil pour réussir.

Oui, évidemment, nous sommes une partie de ce problème. Nous choisissons, en quelques sortes, de mal gérer notre emploi du temps et de tout faire à la dernière minute et de manquer de sommeil pour ces raisons. Mais je suis d’avis que c’est parce qu’on a plein d’autres choses à faire, oui des choses pas toujours en rapport avec l’école, mais qui sont primordiales pour notre bien-être ; sortir avec des amis, aller prendre un verre ou deux, écouter des séries, lire un livre… Notre éducation devrait nous permettre de faire toutes ces choses-là, tout en conservant un rythme de devoirs et de travaux adéquat.

Personnellement, j’ai adopté plusieurs philosophies au cours de mes études. Longtemps, j’ai essayé de performer le plus possible, pour avoir des excellentes notes, pour être dans les meilleures de ma classe au secondaire, et pour entrer dans un bon programme au cégep. Rendue là? Même chose ; je voulais m’ouvrir toutes les portes possibles pour l’université, alors je sacrifiais mon bien-être et ma santé mentale pour performer et keep up avec les autres. Mais maintenant, je me suis calmée. Tout ce que je veux, c’est obtenir mon BAC, et exercer mon métier d’enseignante, pour faire une différence, et change les choses : axer l’éducation sur le plaisir d’apprendre, et non sur la pression de performer. Car la base de l’éducation, c’est d’apprendre. Et apprendre, simplement pour apprendre, c’est une des plus belles actions du monde.

Source image de couverture: Pexels
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Clémence Bouillé

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