Faits Vécus

Mes petits bébés, mes petits jumeaux.

Je vous ai tant voulus, tant espérés. J’ai rêvé si souvent au jour où nous nous rencontrerons, où nous préparerons votre arrivée. Je me rappelle encore, lors de ma première grossesse, en 2018, à quel point je priais fort pour qu’on m’annonce que je portais deux bébés. Je me disais que ce serait l’idéal, que notre famille serait complète après seulement une grossesse. Mais la vie a décidé que ma première grossesse serait d’un bébé seulement. Peut-être pour que je prenne de l’assurance, pour que je me fasse un peu plus confiance, que j’apprenne à devenir une maman.

Après cette première grossesse simple, j’avais hâte d’offrir une sœur ou un frère à mon fils. Finalement, ça aura pris des mois d’essais après la naissance de votre grand frère. Un retour en clinique de fertilité. Des piqûres, des médicaments. Des résultats négatifs, des échecs. Du lâcher-prise, de la résilience. De la peine, de grosses larmes. De l’espoir, de la foi.

Et puis, un vendredi 13, vous prenez mon ventre pour maison. Vous vous l’appropriez assez rapidement, vous y apportez des changements immédiatement : fatigue extrême, nausées et vomissements jour et nuit. La nuit, je me surprends à prier pour que tout s’arrête. Je ne reconnais plus l’ombre de qui je suis, et je n’ai aucun plaisir.

Quelques semaines plus tard, je vais mieux. Eh oui, les fameux 3 mois approchent et je me sens revivre un petit peu plus chaque jour.

Et, par un bel après-midi, j’apprends que vous êtes deux. Je devrais me réjouir, je le sais, mes souhaits ont été exaucés : je suis enceinte.  Mais pas enceinte comme je le voulais pour une deuxième grossesse. Enceinte de deux bébés. Enceinte de jumeaux. Vous êtes mes bébés, mais c’est moi qui agis comme un gros bébé lala.

Je m’en veux, car je sais combien de femmes rêvent de porter la vie, sans ne jamais y arriver. Voilà que j’ai la chance d’en porter deux, sans être capable de m’en réjouir entièrement.
Je m’en veux d’avoir peur, d’angoisser, et de vous faire ressentir ces émotions tellement désagréables, tellement pas nécessaires.
Je m’en veux de ne pas vous parler beaucoup, de ne pas vous flatter, mais votre présence m’intimide. Vous n’avez aucune idée à quel point.

Je m’en veux, car je sais que, dans quelques semaines, quand mon regard se posera sur vous, dès la première seconde, je n’oserai plus jamais imaginer ma vie sans vous. Je vous aimerai plus que tout au monde. À ce moment, je sais que je m’en voudrai d’avoir eu ces pensées si contradictoires vis-à-vis votre arrivée.

Mes petits bébés, mes petits jumeaux, pardonnez-moi.

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Joanie Hébert

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