Faits Vécus

La vie, c’est une montagne que l’on monte, que l’on descend et que l’on remonte encore et encore. En vieillissant, je réalise que le chemin pour se rendre au sommet est encore plus important que l’atteinte elle-même. Parce qu’en réalité, y a-t-il vraiment un sommet à atteindre ou simplement une panoplie de pentes à visiter et à revisiter? Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours eu une conception de la vie à travers laquelle j’imaginais que pour être une personne respectée et respectable, je me devais d’avoir tout accompli, tout compris et tout vécu. Comme bien d’autres, j’avais beaucoup d’attentes envers la vie. Je tentais de prévoir l’imprévisible pour calmer cette peur d’un futur incertain, un futur différent. Avec du recul, je m’aperçois que la plupart de mes prédictions se sont avérées erronées. La vie m’a fait prendre des détours, elle m’a invitée à prendre des chemins différents qui me donnaient l’impression de m’éloigner de la normalité, de la majorité. Et cet aspect me terrifiait.

Aujourd’hui, en franchissant le cap de la trentaine, je réalise que ma vie est loin de ressembler à ce que j’avais imaginé, elle est encore mieux. Elle est peut-être atypique aux yeux de certains, mais elle me rend terriblement heureuse. Parce qu’elle est remplie de personnes incroyables qui m’inspirent au quotidien, de personnes qui m’ont touchée de par leur aura, leur âme. Elle est tantôt remplie de moments doux, tantôt de moments sombresHeureusement, j’ai appris que tous ces moments moins lumineux finissent toujours par s’évanouir pour laisser place aux petites merveilles de la vie qui réussissent à faire sourire mon cœur.

Pour certains, la fin d’une décennie est synonyme d’angoisse, d’incertitudes et de remises en question. Pour moi, la fin de la vingtaine est en fait le plus beau deuil que j’ai été invitée à faire. C’est le deuil que je fais avec cette partie de moi qui s’était construite dans le regard des autres pour laisser place à l’authentique version de moi, celle que j’ai pensée et appris à aimer. Cette version de moi qui sourit souvent, qui sacre (beaucoup) trop, qui est plus souvent qu’autrement pleine d’énergie. Celle qui pleure parfois pour des raisons totalement absurdes, qui s’émerveille face à la bonté des êtres humains et qui s’émeut face à la réception de doses d’amour sincères. Au cours des dernières années, j’ai réalisé qu’il y aurait toujours des vagues. Certaines me submergeront plus que d’autres, mais j’ai maintenant en moi toutes les ressources pour faire preuve de résilience face à l’adversité, j’ai la conviction profonde que je réussirai toujours à me sortir la tête hors de l’eau pour continuer ma route plus paisiblement. Chaque épreuve a été une invitation à me remettre en question, à aller creuser au plus profond de moi pour trouver des réponses enfouies sous de vieux conditionnements. Chaque moment de turbulence a été transformateur, c’est grâce à ces moments que j’ai pu tomber 99 fois pour mieux me relever 100 fois. C’est aussi grâce à ces moments que j’ai été en mesure de redéfinir mon identité, de modifier ma perception d’un idéal.

main eau lumièreSource image : Unsplash

Parfois, tout te semblera être sur le point d’exploser. Tu auras l’impression de perdre le contrôle, tu auras l’impression que la succession de petites et grandes épreuves finiront par avoir ta peau. Et pourtant, c’est précisément dans ces moments que les plus grands changements s’amorceront. C’est dans ces moments que je t’invite à te faire la promesse de simplement t’aimer. Donne-toi la chance d’essayer à nouveau, de recommencer. Il ne sera jamais trop tard. Et ne mets pas la barre trop haute. En fait, n’en mets pas du tout. L’être humain a cette fâcheuse tendance à vouloir faire plus, à vouloir être mieux. On finit par oublier l’essentiel de la vie. On finit par oublier qu’être en toute authenticité est déjà suffisant. Rappelle-toi qu’on vient tous avec des bagages différents, mais ô combien riches. Des bagages qui font de nous des âmes uniques, touchantes, attachantes. Et si on se laissait guider davantage par notre petite voix, celle qui défie les peurs que notre cerveau a créées, celle qui crie courageusement que tu as tout en toi pour vivre pleinement.

À l’arrivée de mes 30 ans, je me sens fébrile. C’est le commencement d’un nouveau livre que j’écrirai moi-même page par page, mot par mot. Je suis reconnaissante envers la vie, elle m’a fait prendre des détours qui m’auront finalement permis d’être aujourd’hui à la bonne place, entourée des bonnes personnes. Des personnes qui de par la pureté de leur cœur et la grandeur de leur âme ont changé ma perception de la famille, de l’amour, de l’amitié. Ici et maintenant, le cœur heureux et la tête pleine de souvenirs, je me sens prête pour la suite. Je laisse la vie me surprendre avec ses merveilleux hasards et ses innombrables miracles. Et je te dis ça en toute humilité, mais ça ne prend pas un changement de décennie pour prendre la décision de te prioriser, de t’aimer.

Lawrence noir et blancSource image : Lawrence Morin-Poliquin
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