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Tout récemment, les vidéos de gender reveal party sont devenues très populaires sur les réseaux sociaux et je n’ai pu m’empêcher d’en écouter quelques-unes sur YouTube.

Pour ceux et celles d’entre vous qui viviez sous une roche durant les derniers mois, ces petites fêtes sont organisées dans le but de révéler à ses proches le sexe d’un enfant à venir. Bien qu’elles soient toutes aussi nombreuses qu’originales, elles crient pratiquement toutes néanmoins en cœur à ce qu’on appelle communément la « socialisation de genre ».

« Mais qu’est-ce que c’est que ça? », te demandes-tu peut-être avec un air qui dit « qu’est-ce qu’elle a encore à chialer c’te féminazie-là? ».

Laisse-moi t’expliquer (à TRÈS gros traits) ce que c’est et comment elle se manifeste dans notre chère société occidentale.

Décortiquons d’abord ensemble le phénomène en le définissant.

La socialisation, c’est le « processus par lequel un enfant intériorise les divers éléments de la culture environnante (valeurs, normes, codes symboliques et règles de conduite) et s’intègre dans la vie sociale » (Source : Larousse). Grosso modo, c’est d’apprendre à te comporter comme un être humain relativement normal dans la société dans laquelle tu vis. Par exemple, ne pas dropper tes pants en public parce que t’en avais envie, là, maintenant.

Le fait de s’habiller d’une certaine façon, de sorte à cacher nos parties dites « intimes » (ça, Éric Salvail l’a plus ou moins intégré, visiblement), c’est appris et non pas acquis. Autrement dit, c’est culturel.

Ensuite, en « sciences sociales, le genre est utilisé pour désigner les différences non biologiques (donc, sociales) entre les femmes et les hommes » (Source : Wikipédia – sorry to all the students out there dont les cheveux viennent de se hisser sur leurs grosses têtes d’intellectuels endurcis). En d’autres mots, ce sont les différences qui nous sont transmises par la culture en ce qui a trait aux comportements et aux règles à suivre en fonction de notre sexe biologique.

Par exemple, le fait d’associer le rose aux fillettes et le bleu aux garçons, c’est culturel. On ne préfère pas le rose au bleu dans l’utérus de notre mère simplement parce qu’on possède les chromosomes XX plutôt que XY.

La socialisation de genre, bien simplement, c’est donc le processus par lequel on apprend à devenir une femme ou un homme.

D’une société à l’autre, les codes et les normes varient pour chacun des genres. Être une femme, ici, ce n’est pas la même chose que d’être une femme au Japon ou en Afrique du Sud.

« Duh! Ça prend pas un PhD pour comprendre que la culture n’est pas la même d’un pays à l’autre. »

Effectivement, tu as bien raison. Par contre, ce genre de phénomène est beaucoup plus pernicieux que ce qu’on s’imagine. Il s’insère à tous les niveaux d’éducation (familial, scolaire, sociétal) et s’immisce dans la culture et dans tous les médiums de communication (littérature, télévision ou encore loisirs et jouets pour enfants).

As-tu déjà porté une toute petite attention à la section « jouets » des magasins à grande surface? Étrangement, les LÉGO© « pour filles » sont roses et mauves et on peut construire des salons de coiffure avec les blocs qui s’y trouvent.

Les études sur le sujet sont excessivement nombreuses. On s’intéresse tant à la façon dont les rôles de genre se déclinent dans la littérature jeunesse qu’à l’attitude qu’on tend à adopter avec les enfants en fonction de leur sexe.

En effet, il semblerait que notre comportement varie selon le sexe de l’enfant qui se trouve devant soi (à notre insu, bien évidemment). Laisse-moi te dire que si tu tapes « socialisation de genre » sur Google Scholar, tu risques de tomber en bas de ta chaise (et surtout, du haut de tous les standards que tu avais jusqu’à maintenant).

Attention! Ce qui suit n’est pas de la science, c’est seulement l’opinion d’une milléniale féministe de « gogauche », comme dirait notre cher Richard Martineau.

Bien qu’on puisse le faire de manière tout à fait inconsciente, le fait d’éduquer un enfant dans un contexte ou la socialisation de genre est omniprésente limite son développement.

Bambins, on se fait bombarder de stéréotypes du genre « travailler dans la construction, c’est pour les garçons et être coiffeuse, c’est pour les filles ». Avant même d’avoir songé à l’un ou l’autre de ces domaines, on aura intégré qu’il FAUDRAIT choisir en fonction de son sexe. Très pervers comme phénomène, je disais donc.

Les enfants qui se comportent comme le sexe opposé sont très souvent, et malheureusement, stigmatisés. Il s’agit là d’un autre sujet, tout aussi complexe, qui fera l’objet d’un texte que j’écrirai prochainement.

Ceci étant dit, si vous travaillez avec des enfants, le fait d’en apprendre davantage sur une éducation dite « plus neutre » ne leur permettra que d’être plus libre en ce monde où on leur dicte pernicieusement ce qu’ils devraient être. Le choix pourrait peut-être réellement leur revenir si on prenait le temps de leur offrir.

Peut-être le savez-vous maintenant : les filles n’ont pas toujours préféré le rose.

ombre ballounes roses
Source image: Unsplash

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Daniella Vilaire

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