J’me suis toujours dit que l’écriture était un analgésique naturel ultra accessible. Dès mon plus jeune âge, je me réfugiais dans mes cahiers pour jongler avec les mots, pour vomir sur papier ce qui me nouait l’estomac, pour arrimer des mots qui exprimeraient ce que j’avais tant de misère à dire. À chaque fois, j’avais l’impression qu’un pansement s’apposait sur mon p’tit cœur pis qu’à coups de prépositions et de signes de ponctuation, j’avais un peu moins mal.

C’est pour ça qu’encore aujourd’hui, je m’arme d’un inoffensif stylo et je me mets à écrire. Le thème du présent texte s’articulera donc ainsi : le lâcher-prise. Sauf que je n’en parlerai pas comme dans un livre qu’on survole dans les salles d’attente parce que je trouve ça trop ennuyeux.

Voilà, j’ai une peur irraisonnée d’être game over dans une de mes sphères de ma vie. J’ai toujours envié les gens qui étaient capables de recommencer une autre partie sans trop de difficultés. Oui, je finis par le faire, sauf qu’il y a un moment où je stagne. C’est comme si je passe par une série de minis-deuils.

Le choc

Juste le « game over » qui apparaît dans ma tête me donne l’impression que je viens de faire une chute après un plongeon de 400 mètres et que je ressens l'impact de ma tête qui frappe sur l’eau.

homme en chute libre dans le videSource image: Pixabay

La colère

Je suis enragée. Après quoi? Je ne le sais pas. Ce que je sais, c’est que je le rapporte toujours à moi en premier: qu’est-ce qui m’a croulé sous les yeux? Est-ce un manque d’habiletés? Pourquoi je ne voyais pas que je m’enfonçais? Pis là, je me mets à douter, j’exagère. Le fait que quelque chose s'est effondré sous mes yeux me fait penser que je suis peut-être aveugle, le fait que je manque de capacités me fait penser que je suis mauvaise, le fait que je n’ai pas vu que je m'enfonçais me fait croire que je suis peut-être idiote. Merci anxiété, t’es ben fine quand tu veux. Pis après, je relativise un peu plus, je me dis que j’ai peut-être pas aperçu quelque chose parce que l’indice était flou et difficile à percevoir, je me dis que ce n’est pas un manque d’habiletés, mais une erreur d’inattention. Je me dis que je ne suis peut-être pas idiote et que le jeu ne me correspond peut-être pas vraiment au fond.

La tristesse

BANG. Sans avertir. Le doute revient. Plus brutalement. Plus solidement. Je viens de retomber du même plongeon, mais je me suis fracassée la tête sur une roche, une grosse roche pointue. Je tombe en coma émotif. Et comme tout choc à la tête, le cerveau vacille. Je tente de me sortir de l’eau sans comprendre qu’il faut que je me sorte du lac tout simplement parce que je risque de faiblir encore et d’atterrir plus creux.

La réorganisation

Après 2-3 coulages, je finis par me sortir de la tête pour m’affranchir rapidement du lac. J’ai peut-être dû prendre quelques reprises d’air, mais j’y suis arrivée.

L'acceptation

Je regarde le lac redevenu tranquille. Je me remémore toutes les étapes. Je me dis qu’un jour, le « game over » va tout de suite faire place à la vision du lac au repos au fur et à mesure que je vais avoir apprivoisé les étapes 2 et 3.

lac paisible avec montagnesSource image: Unsplash

Je pense que, finalement, c’était pas le jeu le problème, ni le lac, ni le plongeon, ni la foutue grosse roche. C’était peut-être plus moi. À force de s’efforcer à maîtriser quelque chose hors de notre contrôle, on devient son propre bourreau. Est-ce possible d’accepter que c’est correct de perdre dès le départ et de se consoler en disant que soit on gagne, soit on apprend? Peu à peu, je te regarde, chère anxiété, je t'attrape, je te lance, je te frappe sur mon alliée la roche et je te laisse couler. Parce que c’est sur toi que j’ai de l’impact. Désolé, c’est toi qui deviens game over.

Source image de couverture: Unsplash
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