L’affaire, c’est que je ne sais pas comment je me sens. Durant ma grossesse, j’ai essayé de me rassurer, de planifier comment j’allais inclure ma plus vieille dans la routine du bébé et j’ai essayé de voir comment les choses pourraient se dérouler afin que Charlie ne se sente pas mise de côté. Le jour J, j’avais un peu une idée de comment j’allais faire, j’allais proposer à Charlie, ma plus vieille, de m’aider dans les tâches comme changer la couche, apporter des couvertes, la consoler, etc. Cependant, la réalité m’a proposé autre chose.

Mila, ma petite nouvelle, gardait difficilement sa chaleur à la naissance. Après une heure sous incubateur, elle est revenue avec nous, dans notre chambre. Cependant, elle devait rester sur nous et j’étais inquiète, j’espérais que tout entre dans l’ordre. Lorsque Charlie est arrivée, elle était super heureuse de nous voir, elle voulait sa maman. L’émotion de culpabilité m’a envahie d’un fouet. Je voulais être capable de la prendre comme si rien n’avait changé, mais j’avais Mila à m’occuper et rassurer. Ma sentence de culpabilité ne faisait que commencer.

une femme enceinte tient la main d'une jeune filleune femme enceinte tient la main d'une jeune filleSource image: Unsplash

Charlie avait beaucoup de plaisir à embrasser Mila et elle prenait son rôle très au sérieux. Elle voulait aussi jouer et lui demander d’attendre n’était pas une mince affaire. C’est normal, elle est jeune et ne comprend pas exactement ce qui se passe. De retour à la maison, ma sentence me semblait de plus en plus lourde. La première journée, ma montée de lait a fait son apparition, j’avais les seins durs comme de la roche et je n’avais pas dormi depuis quelques jours. Ma patience avait des limites et Charlie essayait de s’adapter à son nouveau rôle. J’essayais d’allaiter, de déposer Mila, de jouer avec Charlie, de m’occuper de moi et je me suis sentie terriblement mal.

J’ai de la chance, le papa m’a beaucoup aidé à jouer avec Charlie et à essayer de lui faire comprendre qu’il faut attendre parfois et que maman l’aime quand même. J’avais de la peine, car j’avais l’impression que je n’arrivais pas à être dévouée à 100% à chacune d’elle. D’un côté, je ne voulais pas perdre le lien extraordinaire que j’avais avec Charlie et de l’autre, je voulais créer un lien avec Mila. Je voulais jouer avec ma plus vieille et lui montrer que maman était autant présente, mais ma plus jeune m’appelait. C’est une grande adaptation et je trouve qu’on y arrive tranquillement pas vite. C’est au niveau de ma culpabilité que je trouve cela difficile.

Mila commencera la garderie plus tôt que Charlie, c’est-à-dire vers 6 mois, car je termine mon cours et je me demande si j’aurais eu assez de temps pour créer un attachement significatif. Ma tête est remplie de questionnements et d’insécurités face à ce nouveau départ, mais mon cœur est rempli d’amour et de dévouement envers mes filles. J’ai vu des relations mère-enfant assez horribles et qui perduraient dans le temps. J’ai des amies qui n’appellent plus leurs parents ou qui ne vont jamais les voir et j’imagine mes filles me faire vivre ce scénario et la douleur s’installe au creux de moi.

main bébé main parentSource image: Unsplash

La vérité, c’est qu’on fait tout notre possible et qu’on accompagne nos enfants, ils ne nous appartiennent pas. Un jour, ils seront assez grands pour faire leurs propres choix. J’espère par contre avoir été assez présente et aimante pour les avoir à mes côtés toute ma vie.

Une gamme d’émotions suite à ce nouveau défi, cette nouvelle expérience qui m’en apprend encore plus sur moi. Charlie et Mila sont de belles filles calmes et je les aime plus que tout au monde. Je recherche encore mon juste milieu et je recherche encore mes petits trucs pour m’adapter. Charlie va d’ailleurs continuer d’aller à la garderie pour m’aider un peu et me laisser souffler, car elle adore y aller et je vais pouvoir me reposer. J’avoue aussi avoir un peu peur de me retrouver avec les deux lorsque mon conjoint aura terminé son congé parce que j’ai peur de ne pas y arriver et de ne pas savoir où diriger mon énergie et mon attention. J’imagine que le meilleur truc que je peux utiliser pour le moment est de prendre une journée à la fois et me permettre de vivre des insécurités tout en me rappelant que je les aime et que je fais mon possible.

Et toi? Comment as-tu vécu le passage d’un enfant à un autre?

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