Je parle d’un sujet contradictoire. Je peux parler de quelque chose que je suis. Je parle aussi de quelque chose que je ne veux pas être, pas trop en tout cas. Être forte. C’est une qualité qu’on aime beaucoup donner aux femmes, étant donné qu’on s’est fait dealer un paquet de cartes extrêmement poche. On est tu bonne d’être capable de vivre dans un monde où tant d’oppression et de violence sont dirigées vers nous. Ok cool, maintenant fait multiplié par 2 (par 4? Par 100?). Je suis une femme noire. 100x plus jugée, mais 100x plus forte, I guess. Pis de me faire dire que je suis forte, c’est censé être… réconfortant? Bof.

Les femmes noires sont censées être «strong black women» dès l’âge de genre 12 ans. Dès qu’on a l’air de femme, on porte le poids du monde sur nos épaules. Peut-être que les gens blancs ont trop vu de photos de femmes noires qui portent des choses sur leur tête. Je dirais même que ça commence avant ça, parce que les jeunes filles noires sont souvent perçues comme étant moins innocentes que leur contreparties blanches. Moins cute, moins délicates, moins en danger, moins à protéger. Une suite logique dangereuse quand on parle d’enfant, mais bon… I digress. J’ai une demande pour tout le monde, je peux tu être soft please?

femme chemin liberté paix courirSource image: Unsplash

J’aimerais vraiment qu’on fasse un effort collectif pour «embrace» notre douceur. L’étape un, c’est de nous représenter comme des humains à part entière, qui ont leur sensibilité et leur force. La force est nécessaire pour passer à travers certaines étapes de la vie, mais la vulnérabilité c’est sincèrement mon affaire préférée de la vie. Sans vulnérabilité, honnêtement, en tant qu’artiste, je vais être crue et dire que je n’aurais pas chié loin du tout. Alors de créer un archétype de force, une personne imposante qui brise tout sur son chemin, je comprends que ça se veut positif, mais ça l’est pas. C’est réducteur. Ça continue à nourrir des stéréotypes qui à long terme, se sont immiscés dans mon esprit. Ça se traduit ainsi à la télé:  la black est la «sassy friend» qui a toujours un commentaire, qui est drôle et qui parle fort. Sur une scène de danse, mon corps ne veut pas dire la même chose que celui de mes collègues : je suis plus sensuelle, je suis plus imposante, j’exprime une genre de rage générationnelle qu’on m’impose et que je n’ai pas vraiment vécue en grandissant dans Ahuntsic et Rosemont. Sorry.

Pis à l’extérieur de ma petite bulle, ça se traduit ainsi. 1-2-3 go, feu roulant de statistiques qui vont vous faire bouillir en dedans :

  • Les femmes noires entre 16 et 34 ans sont plus sujettes à des comportements dangereux pour elles-mêmes, tel que l’automutilation et l’automédication (Université de Cambridge).
  • Dans une étude avec des étudiants en médecine menée en 2012, environ 40% des étudiants étaient en accord avec ces phrases :  «Les terminaisons nerveuses des Noirs sont moins sensibles que celles des Blancs.» et  «La peau des Noirs est plus épaisse que celle des Blancs.» «Le sang des Noirs se coagule plus rapidement que celui des Blancs» (Association of American Medical Colleges)
  • Le taux de mortalité des mères noires à la naissance est 2.5 fois plus élevé que celles des femmes blanches (Université de Floride).

Épeurant de voir à quel point les stéréotypes, propagés dans la mince représentation télévisuelle des personnes noires, puisse avoir un effet aussi concret sur ma vie, résultant potentiellement dans le pire des cas à ma mort? Pardon? Je penserais vraiment pas. Le pire c’est que toute cette violence reste souvent en sourdine. Saviez-vous que votre rappeuse préférée, qui chante la fameuse toune TikTok «Savage», Megan Thee Stallion, s’est fait tiré dans les pieds il y a quelques jours? Et là je m’avance, mais c’était supposément par un autre de vos chanteurs préférés, Tory Lanez? Avez-vous vu ça dans les médias? Nope. Parce que la violence contre les femmes noires, même si c’est la chanteuse la plus populaire du moment, bin ça passe dans le beurre.

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Bon, je sais que c’est déprimant. Puisque la dernière fois que tu as dit à ton amie noire que c’était une «strong black woman», c’était assurément pour reconnaître sa ténacité dans les tourments constants qu’elle vit. Ultimement, c’est nuisible à sa santé mentale. Ça renforce une conception malsaine de qui elle devrait être : quelqu’un qui ne brise jamais, quelqu’un qui ne peut pas se mettre à nu, jamais vulnérable. Je veux un break de devoir être faite en titane. Je veux un répit de force pour être molle molle molle en dedans. À l’image de notre petit coeur qui souffre des fois. À l’image de mon mood le dimanche soir quand je veux checker des vidéos de soldats qui reviennent à la maison just to cry it out. À l’image de la personne complexe que je suis. Complexe pis molle à ses heures.

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