Faits Vécus

D’abord, de quoi est-ce que je te jase quand je te parle du milieu de la relation d’aide? C’est bien simple : je fais référence à tous les domaines où un professionnel prend soin de l’autre d’une façon ou d’une autre. Ainsi, tu peux penser aux intervenants sociaux, aux travailleurs sociaux, aux infirmiers, aux préposés au bénéficiaire, aux éducateurs à l’enfance et aux enseignants, entre autres.

Je suis une travailleuse sociale de formation. J’ai presque terminé mon baccalauréat et j’ai eu quelques expériences formatrices dans des organismes à but non lucratif (OBNL) qui font de moi l’intervenante et la personne que je suis aujourd’hui. À force d’expérimenter dans divers milieux auprès de différentes clientèles, je me suis construit une identité professionnelle de plus en plus forte. En même temps, ce qui me forge comme professionnelle et comme individu me fait réaliser tout plein de choses en parallèle. J’ai porté plusieurs chapeaux dans le domaine, et l’ensemble de ces rôles m’ont fait faire le constat suivant : le domaine du social est loin d’être facile, mais il reste riche en termes d’apprentissage et de valorisation. Je t’expose en quelques points pourquoi il s’agit d’un domaine exigeant, mais tellement pertinent au niveau du développement humain. Je t’exprimerai mon point de vue dans les lunettes d’une intervenante sociale, mais sache que plusieurs autres professionnels de la relation d’aide ont leur vision personnelle et propre à leur branche.

homme triste gens aidentSource image: Unsplash

Au niveau organisationnel, ça pourrait être mieux.

Si tu suis l’actualité un minimum, tu peux assez rapidement constater les lacunes du milieu organisationnel : trop de paperasses à remplir, trop de dossiers à gérer en même temps, pas assez de temps pour fournir, et des intervenants et travailleurs sociaux (TS) au bout du rouleau. Ce n’est pas compliqué : les intervenants sont surchargés et on leur en demande toujours plus. Or, il n’y a que 24 heures dans une journée et on est théoriquement supposé en dormir au moins 8 dans le lot. Ça peut être très décourageant de pédaler sans voir de résultat pour autant.

Toutefois, l’autre revers de la médaille, c’est que quand tu donnes tout ton cœur à l’autre, car tu crois en lui et en ses ressources, tu as souvent des résultats impressionnants. Oui, c’est drainant, mais de te dire que tu te donnes et que ça crée des résultats chez la personne aidée, ça te donne une grande récompense qui ne s’explique même pas.

La santé (mentale) des autres entre tes mains, ça peut faire mal.

Quand tu es dans ce domaine, tu es exposé à des confidences sur tout plein de sujets. Ça peut être des sujets super tabous et sensibles. Dans tous les cas, tu as affaire à la détresse psychologique de l’autre et à une santé mentale plus ou moins fragile. Être l’oreille attentionnée qui accueille toute cette souffrance peut être très difficile au niveau psychologique. Ça implique que tu dois toi-même avoir une belle hygiène de vie et une stabilité mentale. Oui, ça secoue, être le confident. Ça demande de prendre encore plus soin de soi que la majorité des gens pour être et rester solide. On est notre propre outil de travail comme aidant, alors il faut plus que tout faire attention à soi.

Le bon côté des choses, c’est que ça te pousse à faire attention à toi-même. Aller chercher des outils en thérapie pour soi, c’est quelque chose que tu n’aurais pas nécessairement fait si le domaine de la relation d’aide n’avait pas été ton boulot. Aussi, un autre côté positif d’être un confident, c’est que quand tu es une personne empathique, tu peux voir dans les yeux de l’autre qu’il se sent compris lorsque tu lui reflètes justement ce qu’il vit. C’est valorisant de voir que tu saisies bien les nuances du vécu d’une personne et que ton écoute est efficace.

Faire des communications délicates, ça peut faire chauffer le cerveau.

Main de fer dans un gant de velours, qu’ils disent! C’est vraiment ça. Un des devoirs qu’on a à faire comme aidant, c’est d’être franc, d’apporter des faits. L’honnêteté, ça implique une réaction chez l’autre et ça peut parfois être embarrassant de provoquer cette réaction. Ça demande beaucoup de réflexion (et ça fait donc chauffer le coco) pour en arriver à bien formuler les informations à véhiculer. Des fois, je suis sûre que comme aidant, tu aimerais mieux aller te cacher sous tes couvertures et sombrer dans un éternel sommeil plutôt que de faire face à ce devoir-là! Par contre, tu continues de faire ton travail et tu en retires sans doute un sentiment de fierté.

Ça amène à être une personne intègre et authentique. Être vrai dans un monde ou le mensonge prend beaucoup de place, c’est admirable. Ça forge aussi le caractère de composer avec diverses réactions et de développer des outils pour mieux les gérer. Dans la vie personnelle, aussi, on est souvent reconnus comme des personnes qui n’ont pas peur des mots, d’être directs. Ce n’est pas tous les amis et proches qui tripent, mais reste que c’est une très belle qualité d’être authentique avec son entourage.

femme sort de l'eau tend la main aideSource image: Unsplash

En bref, je te dirais que ce milieu que j’adore, mais qui est fort exigeant, est sans doute parmi les plus difficiles. Ce n’est pas pour me plaindre, mais plutôt pour apporter un constat général que je t’écris tout ça. Par contre, quand on prend un peu de recul, c’est assez facile de voir le bon côté des choses et de se rappeler les motivations fondamentales de notre choix de carrière.

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Myriam Roy

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