Faits Vécus

Ahh le secondaire cinq. On se dit que c’est le début de quelque chose de nouveau. Dans quelques mois on va mettre les pieds au Cégep, dans la cour des grands. Bien des choses peuvent arriver en une année. On était quatre filles et on se suivait partout. Quatre solides amies sur qui on se dit qu’on peut compter, peu importe les intempéries. J’ai été présente pour les voir sourire, pleurer, crier de joie. J’aurais voulu qu’elles soient là quand j’en avais besoin aussi. Milieu 5è secondaire, mon meilleur ami, mon palier droit m’apprend qu’il quitte la ville à la fin de l’année. Sur le coup, j’ai été déboussolée. J’ai exprimé ma peine aux filles, elles ont été là pour moi. Après un certain temps, elles m’ont dit: reviens-en!

Homosexualité

En 5è secondaire, je me suis aussi avouée mon homosexualité. Je le savais et le ressentais depuis bien longtemps, soyons franc, mais c’est en 5è secondaire que je suis tombée amoureuse. Rien de sérieux, ça n’a duré que deux mois. J’ai accepté le fait que j’aime les filles et cette déclaration que je me suis faite à moi-même m’a enlevé un énorme poids sur les épaules. Personne n’était au courant, ni les trois filles avec qui je me tenais, ni mon meilleur ami, ni même mes parents. Née dans un milieu conservateur libanais, on s’entend que mes parents ne l’auraient pas pris à la légère. Et je peux vous dire aujourd’hui que j’avais bien raison de penser de cette façon à l’époque.

La perte de mon meilleur ami, l’abandon des filles et mon homosexualité m’ont fait tomber dans le tourbillon de la dépression. Mon corps et mon esprit ont décidé de me lâcher. J’avais connu des amies de mes parents qui avaient connu la dépression, quelques-unes de mes amies aussi. J’avais été là pour elles. Qui serait là pour moi cette fois-ci ?

Psychologue

Je suis allée cogner à la porte de la psychologue, ça ne m’a pas pris du temps. J’avais besoin d’aide. L’idée de me lever de mon lit pour me rendre à l’école m’était insupportable. J’avais les larmes aux yeux rien qu’à y penser. Je passais mes avant-midis en classe et mes après-midis dans son bureau. Encore une fois, personne n’était au courant. Je gardais tout pour moi, c’était mieux comme ça. Je n’étais pas bien et j’en étais consciente. J’avais besoin d’aide et je n’avais personne d’autre à qui demander. Mes amies m’avaient épaulé pour ensuite m’abandonner dans un enfer insupportable.

De l’aide

Un samedi soir, je reçois une notification Facebook. Une personne m’invite à aimer la page To Write Love On Her Arms (TWLOHA).

TWLOHA, c’est une organisation à but non lucratif créé par Jamie Tworkowski. Tout commença par Renée, l’amie de Jamie. Lorsqu’ils se sont rencontrés, Renée était prise dans l’enfer de la drogue et de l’alcool, avait des antécédents de bipolarité et de dépression et se coupait pour soulager sa peine. Elle voulait en finir avec la vie. Ils se sont rencontrés et Jamie l’a aidé à passer au travers. Il a parti un blogue sur MySpace et a écrit comment il a passé cinq jours en compagnie de Renée pour la rendre sobre et admissible à un centre d’aide. Il lui a transmis l’espoir d’un monde meilleur. Jamie lui a permis de croire que tout est possible.

 

Source image : twloha

Peu de temps plus tard, TWLOHA est devenu grand. Jamie et ses amis ont commencé à répondre à des centaines de messages de gens de partout sur la planète. Ils répandent le message qu’il est possible de s’en sortir et d’aller mieux. Jamie m’a appris ça et j’en suis entièrement reconnaissante. De par son histoire, il m’a fait comprendre que je n’étais pas seule et qu’il y avait plein de gens comme moi. J’ai pu me sortir de la dépression après avoir découvert To Write Love On Her Arms. J’ai regardé les conférences que donne Jamie et j’ai lu son livre If You Feel Too Much. Ce livre a passé beaucoup de temps à mes chevets.

 

Source image : twloha

Il m’a fait comprendre qu’il est possible de se faire aimer, que mon histoire est importante et que de meilleurs jours sont à venir. Ce n’est pas la fin de mon histoire et la fin de la tienne. Depuis sa création en 2006, TWLOHA a répondu à 200 000 messages d’individus ayant besoin d’aide. Jamie et ses amis ont parcouru des millions de kilomètres pour rencontrer des gens, donner des conférences dans les écoles et répandre son message.

Aujourd’hui

Quelques années plus tard, je me retrouve sur les bancs d’université. J’ai passé au travers de ma dépression avec de l’aide. Je ne parle plus au groupe de filles avec qui je me tenais auparavant. J’ai avoué à mes parents mon homosexualité, ça s’est mal fini. Je vous épargne les détails. Je vis avec ma copine aujourd’hui, ça fait trois ans qu’on est ensemble. Je l’ai rencontrée à mon entrée au Cégep. Une fille formidable. Je suis, selon moi, une preuve vivante qu’on peut s’en sortir et passer au travers des moments difficiles. C’est possible d’être heureux et aujourd’hui, je m’accorde le droit de sourire. J’ai le droit d’avoir une belle vie et de la vivre comme bon me semble.

Source image couverture : unsplash
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Daisy Kawass

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