Faits Vécus

Cet après-midi, j’ai rendez-vous avec l’amour de ma vie.

Il ne le sait pas encore, mais on se marie dans 18 mois. Je suis vite de même en affaires moi… et ça, c’est parce que je sais ce que je veux.

Fiançailles
Source image : Pixabay

Je veux un gars plus vieux. Qui ne porte pas la barbe, mais qui pourrait. Ce prince charmant là, il aurait un métier sérieux, mais pas trop. Par exemple, il serait en droit, mais travaillerait juste quatre jours par semaine alors ça ne lui dérangerait pas de venir faire du karaoké avec mon litre de rosé et moi le mercredi.

Il doit savoir écrire aussi. Au sens propre et au sens figuré, car les conversations tard le soir qui se terminent par un « k », eh bien c’est non. Son usage de smileys doit être audacieux et il doit avoir plus de 60 mentions « j’aime » sur sa photo de profil sinon c’est gênant de s’afficher avec ça. Il doit aussi comprendre que je carbure au second degré et assumer qu’il m’a stalké sur tous les réseaux avec des doigts qui se respectent assez pour ne jamais avoir double-cliqué.

Homme
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Habituellement, j’aimerais un gars avec des défauts aussi. C’est moins angoissant comme ça.

Sauf que, celui que je vais rencontrer en cette belle journée, où il se plaint quand même qu’il fait trop froid, mais où ça ne me dérange pas qu’il m’écrive juste pour me dire ça (je le vois comme un bon matin pas tout à fait assumé), eh bien, il a indéniablement l’air d’avoir plus de valeur que le café tiède avec possibilité de grumeaux que j’ai à lui proposer. Ce n’est pas de ma faute pourtant, je l’aurais bien invité à savourer le déjeuner du siècle accompagné de mes anecdotes de jeune universitaire sur un ton une octave plus aiguë qu’à l’habitude dans un lieu où je réaliserais que mon emploi au salaire minimum n’est pas vraiment suffisant, mais je ne peux pas. Tout est fermé : la vie a fait en sorte que nos âmes seules qui se sont cherchées toute leur vie se retrouvent finalement lors d’une journée fériée.

La vie, t’es conne.

Tu es vraiment conne de me faire avoir un raisonnement comme ça. De me faire avoir des papillons carnivores dans l’estomac au point où ma ponctuation à elle seule est devenue source d’angoisse et de manque de sommeil. De me faire regretter de ne pas être allé chez la coiffeuse hier alors que je suis vraiment dû, ou encore de me faire crier après par mon coin de coude qui est toujours rouge même si je l’hydrate tous les jours. De me faire penser que, pour une fois que je trouve un beau jeune homme qui a l’air plus que bien, que ce soit sur papier, dans mon lit ou encore dans notre futur album photo de lune de miel sur une île pas trop populeuse d’Hawaï, et bien je ne serai pas à la hauteur.

Mal de tête
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De me faire envisager que son humour inattendu, mais efficace qui me plaît tant va faire que ça ne va pas fonctionner nous deux parce que, habituellement, c’est moi qui ai la palme d’or pour ça. Et ce n’est pas à deux heures du rendez-vous que j’ai le temps de me trouver un talent caché pour compenser ma deuxième place au niveau de l’humour corrosif et tendre.

La vie est conne aussi de me faire presque tomber en amour avec quelqu’un que j’ai seulement vu à travers des portraits surfiltrés sur Instagram.

Après ça, on peut bien se demander pourquoi ça ne va pas bien dans ma vie.

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Charles Groleau

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