Bébé & Cie

Il y a dix ans, je souffrais de boulimie et d’hyperphagie et je pesais 170 livres. Il y a quatre ans, je souffrais d’anorexie et je pesais 100 livres. Il y a deux ans, j’étais considérée guérie d’un trouble alimentaire et je pesais 120 livres. Aujourd’hui, je suis enceinte et je pèse 125 livres.

Mais c’est d’aujourd’hui que j’ai envie de vous parler parce que depuis vingt semaines, je vis dans un corps qui change un petit peu chaque jour. Depuis vingt semaines, les gens se sont appropriés mon  « bedon » qui est de plus en plus rond; ils le caressent, le flattent, lui parlent et j’adore ça. Oui, j’adore que l’être que je porte soit déjà aimé si fort. Ce que je trouve plutôt spécial, c’est que certains le jugent, ce bedon. Oui, ils se donnent le droit de le qualifier de «beau petit bedon rond», de «belle grosse bedaine» et de m’appeler «grosse fille». Ils ne se gênent pas pour me rappeler que j’ai pris du ventre, des fesses, des cuisses, des seins, des joues et que je devrais m’entraîner. Allô, la pression sociale! Mais entre nous, j’ai zéro pis une barre envie de bouger plus loin qu’au réfrigérateur, à la douche ou à mon lit. Quoi? Je préfère rester couchée sur le divan, les mains sur ma «belle grosse bedaine», comme ils disent, et à sentir mon fils bouger.

source image: pexel

J’aurais envie de dire à ces gens-là que, bien que je sois guérie depuis deux ans, c’est la toute première fois que je ne pense pas du tout à mon prochain entraînement et à ce que la balance indiquera lors d’une pesée et je trouve ça vraiment, mais vraiment trop l’fun. Je suis fière de moi. Je n’ai pas besoin et surtout, pas envie d’entendre vos commentaires et vos jugements. Après tout, on s’est tué à me dire d’arrêter de m’entraîner trois heures par jour, à me forcer à manger une part de gâteau et maintenant que je le fais, sans culpabilité, on se tue à me dire qu’il faudrait que je recommence l’entraînement et que déjeuner au gâteau au fromage, ce n’est pas ben ben bon. Sérieux? Vivre et laisser vivre.Cette pause me fait le plus grand bien, alors laissez-moi la vivre comme je la sens.

Il y a des chances que je sois pleine de jugements envers moi après ma grossesse, mais quand ces jugements viendront (s’ils osent se pointer) je ferai tout pour les accueillir en douceur, car je sais que le trouble alimentaire ne se cache jamais bien loin et je ne lui ferai plus jamais l’honneur d’entrer dans ma vie, et par le fait même, dans celle de mon fils.

Promis, jurée, crachée.

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Joanie Hébert

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