Faits Vécus

À première vue, j’ai tout d’une fille normale. Début trentaine, une bonne job, une famille, des amies et un chum que j’aime. Mon chihuahua pis mon chat m’adore. Mais au-delà de tout ça, personne ne me connait réellement. Je vis avec un lourd secret depuis plus de 10 ans. Je suis « pognée » avec un trouble alimentaire depuis longtemps. Beaucoup trop longtemps…

Je suis boulimique.

Et là je sais que vous visualisez le stéréotype de la fille qui a de l’embonpoint, qui mange toujours en débile et qui termine ses repas en allant se mettre les doigts dans la gorge à la salle de bain, mais c’est tellement plus que ça. J’ai une silhouette « normale » (en même temps, c’est quoi une silhouette normale?). Je ne suis pas grosse, je ne suis pas maigre. Je suis dans la « moyenne », si on veut.

La boulimie, c’est traître. C’est plus que physique, c’est mental. C’est comme si ton cerveau prenait le contrôle de ton corps et qu’il décidait tout pour toi. C’est l’obsession de ne pas engraisser, de ne pas être jugée, d’essayer fort de correspondre au moule que la société s’amuse à nous donner. C’est un combat quotidien à savoir comment ta journée se passera, ce que tu vas manger, ce que tu ne mangeras pas, ce que tu vas essayer de garder. C’est te faire croire que si t’es mince pis belle, tu vas avoir du succès dans la vie. Laisse-moi te dire que c’est un vrai calvaire de vivre avec ça! T’as toujours honte de toi, tu te sens tellement mal de cacher ton mal de vivre à tous les gens que tu aimes. Puis un matin, tu te dis que cette foutue maladie va venir à bout de toi. Tu prends tout le courage que tu peux ramasser, tu te bottes les fesses et tu décides d’en parler à ton médecin. Laisse-moi te dire que ce sera une des meilleures décisions de ta vie.

Moi après 10 ans à en souffrir, j’ai décidé d’en parler. Je ne te dis pas que demain matin tout sera réglé, mais c’est le plus grand pas en avant de finalement l’assumer, en parler et surtout accepter de l’aide. Le cheminement est épouvantablement long. Tu vas pleurer, tu vas être découragée, tu vas même vouloir abandonner. Mais sache que ce sera un des plus beaux cadeaux que tu pourras te faire. Parce que personne ne devrait composer avec ça, et encore moins faire face à cela tout seul.

Si tu te reconnais là-dedans, que t’as parfois ce sentiment d’être l’imposteur face à tes proches. Simplement, si tu te demandes si c’est possible que toi aussi tu aies un trouble alimentaire peu importe la grosseur qu’il soit, informe-toi. Les troubles se présentent vraiment sous toutes les formes possibles et c’est extrêmement difficile de s’en sortir sans soutien. Va simplement faire un tour sur le site de ANEB Québec. Peut-être que tu n’es même pas au courant encore que, toi aussi, tu composes peut-être avec ça.

Donne-toi cette chance, fais-le pour toi et tu verras qu’il y a de l’espoir.

À tous ceux et celles qui vivent avec ça quotidiennement, je vous envoie du gros love et sachez que vous êtes moins seuls que vous le pensez.

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Julie

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