Faits Vécus

Avez-vous déjà vécu à l’époque où l’on se parlait pour de vrai? Celle où on enfourchait notre vélo pour se rendre chez son ami histoire d’être en relation en face à face avec cette personne. Celle où jouer en live ne se faisait pas sur des consoles de jeux chacun dans sa maison, mais bien dans la cour de nos maisons, dans la rue, dans les parcs. Celle où le téléphone servait à dire où et quand on se rejoignait pour passer la journée à se construire des souvenirs. Celle qui nous faisait dépenser notre énergie à courir ou pédaler chez un et chez l’autre, histoire de bien dormir le soir venu. Celle où la blessure sur nos genoux à cause de la débarque en vélo nous rappelait qu’on était bien vivant. Celle où passer du temps en famille, devant la télé, était un évènement en soit, l’exception dans la semaine. Celle où un souper au restaurant, ça se passait en se regardant dans le blanc des yeux et en écoutant subtilement les conversations des tables voisines et non pas les yeux rivés sur notre téléphone. Celle où l’amour se vivait en temps réel et non par l’entremise d’un écran de cellulaire? Celle où l’amour, ça se ressentait dans un échange de regards, un sourire, un contact charnel. Celle où l’on ne se cachait pas derrière nos écrans pour dire le fond de notre pensée.

téléphone femme assise cellulaireSource image: Unsplash

C’est rendu tellement facile aujourd’hui d’éviter d’avoir à faire face aux émotions de son interlocuteur en utilisant son ordinateur, sa tablette ou son cellulaire pour communiquer. Avant, on prenait notre courage à deux mains, on se relevait les manches et on faisait face à la situation. On devait s’exposer aux réactions de l’autre, n’en déplaise à notre sentiment de culpabilité quand on savait que ce qu’on avait à dire à l’autre pouvait être blessant, décevant ou frustrant. On faisait face à la musique et parfois, on repartait avec notre petit bonheur. On assumait nos choix, aussi confrontants soient-ils.

Maintenant, on choisit la facilité, on pense à son propre nombril et on oublie de se mettre à la place de l’autre. On se donne même le mérite d’être honnête envers l’autre, bien au chaud derrière notre appareil électronique. Les gens ont de la difficulté à communiquer en chair et en os, mais après ils se questionnent à savoir pourquoi leurs relations n’aboutissent à rien. Les gens préfèrent se réfugier derrière leur bouclier électronique plutôt que de s’exposer à ce que l’autre peut ressentir. Malheureusement, ce mécanisme de défense fonctionne des deux côtés, comment veux-tu laisser entrer quelqu’un dans ta vie si tu la passes caché derrière ce faux sentiment de sécurité? À force d’être connecté à nos appareils électroniques, on devient complètement déconnecté de la réalité, n’est-ce pas ironique? On remplace la chaleur humaine par la chaleur d’un téléphone qui surchauffe à force de trop l’utiliser.

Chez moi, il fait toujours chaud, ma porte est toujours ouverte et mes bras sont prêts à t’accueillir, mais si tu viens, ne reste pas dans l’entrée, ça bloque la circulation.

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Francis Paradis

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Ne pas savoir où on en est