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On va se le dire, en 2019, les anti-dépresseurs, c’est encore un sujet tabou. Je vais tenter de le dé-taboutiser en vous parlant de ma vie avec ces petites pilules « magiques ».

Tout d’abord, je tiens à spécifier que j’étais la fille qui ne croyait pas à ça, une dépression. Je me plaisais à croire que les gens en dépression, burn-out ou peu importe le nom qu’ils donnaient à leur mal de vivre, ils se le créaient eux-mêmes. Allez-y, dépressifs qui me lisez, lancez moi des roches, je les mérite. Mais pour ma défense, je vous promets que j’ai changé. Oui oui, juré craché. J’ai changé, j’ai changé d’idée le jour où une connaissance très proche de moi s’est butée au mur de la vie. Son travail, qu’elle accomplissait mieux que quiconque, était devenu un fardeau. Le sourire et la bonne humeur qui l’habitaient depuis toujours avaient pris le bord pour laisser place à de la lourdeur, de la tristesse; un gros mélange de nuages gris et de tempête de bouette. Elle a changé de vie, changé de maison, changé de travail. Mais pas avant de s’être tapée une bonne déprime. Quand je l’ai vu aller, j’ai eu peur. Je me suis dit que si elle, une femme en apparence si forte, si fonceuse, pouvait frapper le mur de la démesure, ben n’importe qui le pouvait.

Il y a quelques mois, j’ai vécu un drame épouvantable que personne, non personne, ne devrait vivre. J’ai perdu l’homme de ma vie, celui que j’aimais et qui m’aimait autant en retour.

Avant qu’il nous quitte pour rejoindre les étoiles, j’ai commencé à ressentir le besoin de me sauver de ma propre vie. Je ne voulais plus être moi parce qu’être moi, c’était devenu un fardeau.

Un fardeau

M’occuper de lui, des nos mini-nous, de la maison, de tout bref; j’étais sur le pilote automatique. Je ne vivais plus, je survivais. J’ai consulté une psy. Eh oui, moi, j’allais m’étendre sur un divan devant quelqu’un que je ne connaissais pas pour lui raconter ma vie, mon enfance, j’allais lui offrir mon âme sur un plateau à grand coup de papiers mouchoirs et de crises de larmes. Bon, ce n’est pas exactement ce qui est arrivé, mais toujours est-il que cette merveilleuse personne qui est entrée dans ma vie à ce moment-là m’a parlé, un jour, de quelque chose qui m’aiderait à garder la tête hors de l’eau. Ce sont ses mots à elle. Qu’au lieu d’avoir de l’eau jusqu’au front, alors j’en aurais peut-être jusqu’en dessous du nez. Tsé, juste assez pour respirer sans pogner trop de bouillon. On était rendu là: les fameux anti-dépresseurs.

J’ai hésité avant d’aller consulter un médecin pour m’en faire prescrire. D’ailleurs, j’ouvre une parenthèse, est-ce que quelqu’un peut m’expliquer pourquoi ma psy, qui connaît ma vie et mon calvaire quand même pas mal, ne peut pas m’en prescrire alors qu’un médecin, que j’ai, on peut dire, « croisé 5-6 minutes » dans le petit bureau d’une clinique miteuse, le peut?

Passons

J’ai pilé sur le restant d’orgueil qui me restait et je suis ressortie avec une prescription. Je l’ai montrée à ma psy, qui m’a donné son ok. J’en avais besoin parce qu’à ce moment là, et encore pas mal aujourd’hui, ses conseils et son jugement comptent beaucoup pour moi.

Après quelque temps, elle m’a demandé si je trouvais que ça fonctionnait bien. Euh, je ne sais pas, que je lui ai dit. Mais si c’est sensé me faire sentir comme en dehors de mon propre corps, oui, je te confirme que ça marche! En vérité, je vogue sur un petit nuage de faux bonheur. Je réussis à trouver des choses drôles, à planifier des vacances et à être captivée par un bon livre, mais j’ai l’impression que tout ce bonheur est faux. C’est comme manger un hamburger au tofu: c’est correct, mais ça ne remplace pas un bon Big Mac bien gras.

Comme je suis diplômée en googleogie avec une majeure en cancer et une mineure en dépression, je SAIS que tout le monde connait la belle-soeur du voisin de la cousine de quelqu’un qui en a pris et qu’elle a grossi de 30 livres. Je sais aussi que les mères ont pour mission de vie de nous rappeler qu’on ne peut pas être là-dessus éternellement, qu’un jour le chômage va arrêter de nous faire vivre et qu’on devra affronter la vraie vie. Mais en attendant, ces petites pilules miracles, je n’ai pas envie de les arrêter. Je n’ai pas envie de perdre les quelques onces d’énergie qu’elles m’ont faites gagner, même si ces onces pèsent en réalité plusieurs livres. J’ai peur de retomber encore plus bas. J’ai peur quand le médecin décide de changer ma sorte de médicament et de me sentir comme un rat de laboratoire qu’on fait avancer à coup d’essais-erreurs. J’ai peur de la nouvelle vie qui m’attend et que j’essaie de ne pas commencer. J’ai peur qu’on l’oublie, j’ai peur qu’on m’oublie. Mon petit nuage de faux bonheur à saveur de tofu, ben je l’aime et je ne veux pas le quitter. Un jour, peut-être, sûrement.

Mais pas tout de suite.

Source image de couverture: Pixabay

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Marie Claude Delage

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