Faits Vécus

Ça paraît si facile dans ma tête de le dire aujourd’hui. Et pourtant il y a moins de deux ans, presque personne ne m’aurait entendue le dire à voix haute. Pas parce ma mère m’aurait déshéritée, pas parce que mes amies se seraient tout à coup imaginées des envies sexuelles envers elles qui n’existent pas et surtout pas parce que la société m’aurait traitée différemment.

Par contre, la première fois que j’en ai parlé à quelqu’un, on m’a répondu « tu as quinze ans, c’est juste une phase » aujourd’hui du haut de mes presque vingt-cinq, je peux vous confirmer que ce n’était pas juste « une phase ». Ce commentaire venant d’une personne queer a fait en sorte que je n’ai pas osé en reparler à voix haute avant un bon moment. Je me disais que si elle ne m’écoutait pas et tassait du revers de sa main mon identité sexuelle, comment ma famille pourrait l’accepter?

Il y a deux ans, j’ai fait mon coming out à mes amies et ça a été aussi facile que me réveiller le matin; la chance! Mes amies m’ont dit qu’elle le savaient déjà et que c’était vraiment évident. Pour elles, je ne l’avais jamais dit à voix haute mais je ne me cachais pas non plus.

Mon conjoint, à qui j’en ai parlé après un an de relation, m’a juste pris dans ses bras en me disant qu’il était content que je m’ouvre à lui.

Mais la plus belle réaction a été celle de ma sœur.

Ma sœur a fait mon coming out pour moi. On était dans l’autobus sur pie-IX, en pleine heure de pointe quand ma sœur s’est tournée vers moi et m’a dit: « toi, quand est-ce que tu as su que tu étais bisexuelle ». J’étais sous le choc. On venait de m’annoncer, à voix haute, ma bisexualité, sans gêne et sans tabou. Je parle de coming out parce que moi je ne l’assumais pas encore à 100%. Oui une partie de moi le savait, mais cette partie-là, ne l’avait pas encore totalement assimilée.

sexualité fierté couleurs drapeau dos femmeSource image: Unsplash

Cette semaine mon Pinterest m’a fait réaliser quelque chose: « the hardest part of coming out as bisexual wasn’t telling my family. The hardest part was coming out to myself ». Je me suis rarement sentie si visée par un texte.

Aujourd’hui, je l’assume totalement, je suis bisexuelle et si quelqu’un me pose la question je ne fais plus mille détours pour éviter de répondre. Aujourd’hui, je me rends compte à quel point renier une partie de moi a été néfaste sur ma santé mentale. Je n’ai jamais eu l’impression de pouvoir être moi-même, mais comment les autres pouvaient me laisser être moi, si je n’assumais même pas qui je suis? Aujourd’hui, j’en ris avec mes amies, elles n’ont plus de gêne et ne passent pas par quatre chemins pour m’en parler ou m’envoyer des textes/images que je pourrais adorer.

Après avoir commencé ce texte, j’ai réalisé que finalement tout ne c’était pas toujours bien passé. J’ai une mère qui se dit ouverte d’esprit et pour vrai, elle l’est quand même. Cependant, je dois être rendue à mon 10e coming out avec elle. Ma mère ne comprend pas que ce n’est pas parce que je suis en couple avec un homme que je n’ai pas une attirance envers les femmes. Je n’en veux pas à ma mère, pour elle la bisexualité est un concept flou, mais des fois j’aimerais ne pas avoir à lui répéter cette partie de mon identité out à toutes les fois. J’aimerais pouvoir lui parler sans être angoissée et avoir à me justifier à chaque fois que je dis dans la même phrase que Roxane Bruneau ET Jay du Temple sont mes plus gros coups de coeur québécois.

arc-en-ciel couleurs coeur lumièreSource image: Unsplash

Ce que je veux vous dire, en fait, c’est que je n’ai jamais été aussi bien que depuis que je m’assume à 100%. Ce n’est pas toujours facile, certaines journées je dois crier haut et fort que je suis un être humain, que j’ai des émotions et que les mots peuvent blesser. Mais savez-vous quoi? Je ne regrette rien et je suis heureuse d’être moi-même. J’ai appris à me construire ma carapace et à me concentrer sur les gens positifs autour de moi. Je suis d’accord, ce n’est pas normal que j’aie eu à le faire, mais si j’embarque dans ces frustrations-là, je vais vous écrire un roman.

Maintenant, j’ai le goût de souhaiter une bonne fierté à tous les gens lgbtq+, tous les alliés et à ceux qui ne sont pas encore prêts à le crier haut et fort. C’est correct, prends ton temps!

Je vous laisse avec les sages paroles du Captain Holt dans Brooklyn Nine-Nine : « You should be very proud or yourself. I know things aren’t exactly where you wanna be right now, but I promise you they will improve. Every time someone step up and says who they are, the world becomes a better, more interesting place. So, thank you. »

Source image: Pinterest
-->
Un article de
Jenifer Vallée's Avatar
Jenifer Vallée

Le Cahier a la chance de compter sur une équipe de collaborateurs spontanés. Pour en faire partie, écrivez-nous à [email protected]!

Mes articles 
Articles suivants
Article Featured Image

Si on s’aimait: Nouvelle série à regarder