Faits Vécus

Parce que je trouve que je n’en parle pas assez. Et en parler, c’est une manière de me rappeler d’elle. Ce souvenir la ramène, juste un petit peu.

J’aimerais ça vous parler de son courage. De sa détermination. De son envie de vivre. Parce que des fois, c’est plus facile de se rappeler les moments difficiles, le pourquoi elle avait toutes ces belles qualités.

J’aimerais ça vous dire que j’ai son sourire. Et que j’en suis un peu trop fière. Parce qu’il était beau son maudit sourire.

J’aimerais ça vous raconter la fois où on a fait des anges dans la neige dehors, du haut de mes 9 ans, alors que je ne comprenais pas qu’elle allait se faire opérer au cerveau le lendemain. Et que c’était sa manière d’être heureuse, pour encore une minute.

J’aimerais ça vous faire voir la vie à travers ses yeux. Parce que le monde était beau. Le positif de la vie brillait d’un soleil éclatant. Et c’était sa vision du monde.

J’aimerais ça vous dire qu’elle était parfaite. Même si je mentirais un peu. Personne n’est parfait. Mais quand les gens ne sont plus là, c’est facile de leur donner ce statut. Ils ne sont plus là pour nous rappeler leurs défauts.

J’aimerais ça qu’on regarde mes vieux albums photos et que je puisse raconter chacune de ses histoires. Puis on serait silencieux une minute. En son honneur. En l’honneur de son vécu.

J’aimerais ça vous amener à son endroit favori. Vous faire regarder le lac un peu brumeux le matin. Et vous comprendriez. Peut-être même auriez-vous l’impression de la connaître, l’espace d’un instant.

J’aimerais ça vous raconter autre chose que la maladie. Parce que ce n’est pas ce qui résume son passage ou son héritage. Elle n’était pas que malade, comme elle n’était pas que mère. Elle était entière.

J’aimerais ça vous montrer des photos d’elle. De ses yeux pétillants d’intelligence et de bonté. Un peu insolents sur les bords, avec de la répartie. J’aime penser que je tiens ça d’elle.

J’aimerais ça pouvoir vous dire que c’est plus facile maintenant. Que j’ai arrêté de pleurer. Mais elle me manque toujours. Une vague qui vient et qui s’en va, avant de revenir se briser sur mon visage.

J’aimerais ça vous prendre par la main et vous dire que je vais bien et que c’est correct qu’elle me manque. Que le deuil, c’est difficile en cristie, mais qu’on s’en sort. Le pansement tient.

J’aimerais ça vous transmettre ce qu’elle m’a appris. Parce que ça aussi, ça la ramène juste un peu. Parce que ça m’a construite. Croyez-en la magie, même si vous êtes trop grands maintenant pour y croire sincèrement. Parce que c’est ça qui la rend réelle. Utilisez votre imagination. Le plus que vous pouvez. Même si la vie vous rentre dans le ventre. Il y a des choses qui valent la peine. Soyez fière d’être qui vous êtes. Il n’y en a pas deux comme vous. Soyez original. Ça ne sert à rien d’être comme les autres. Être différent, ce n’est pas mal.

J’aimerais ça que vous vous souveniez d’elle vous aussi, juste un peu. Parce qu’elle vous aimerait tous, sans trop se poser de questions. Qu’elle serait à votre écoute, qu’elle poserait les bonnes questions. Qu’elle donnerait de judicieux conseils et des câlins réconfortants. Qu’elle vous soutiendrait, pour aussi longtemps que vous en avez besoin.

J’aimerais ça que ma mère soit encore là. Mais je suis certaine qu’aujourd’hui, elle l’est. Juste un peu.

 

Source de l’image de couverture : Unsplash
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Emmanuelle Ceretti-Lafrance
Éditrice et gestionnaire de blogue

Elle a un peu trop de livres, peut réciter par coeur les répliques des films du Seigneur des anneaux en français, est de son époque...

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