Faits Vécus

Il y a longtemps que je pense à écrire sur le sujet, car même si ça ne m’empêche pas de dormir la nuit, c’est quelque chose qui me préoccupe dans mon quotidien. Je ne savais pas comment traiter le sujet sans que ça devienne un vomi anxiogène irrationnel. J’espérais plutôt en faire une réflexion constructive pour me rassurer un peu.

Parce que ça m’angoisse. Peut-être le fait que mes parents nous ont eu sur le tard et que ça réduit d’emblée la banque de jours qu’on a à partager ensemble. Ou que le temps file et que les petits bobos s’empilent. Ou peut-être dû au choc des amis proches qui ont perdu un parent récemment et d’autres pour qui les diagnostics tombent en ce moment.

Je me souviens comme si c’était hier du jour où j’ai perdu ma première grand-mère. J’étais encore à l’école primaire à ce moment-là. Je voyais mon père pleurer le départ de sa mère et dans ma tête d’enfant naïve, je me souviens avoir été triste de le voir ainsi, mais aussi d’être convaincue que quand on était ‘’adulte’’, la peine diminuait en fonction de l’âge. Je ne sais pas où j’avais inventé cette théorie, mais je sais que le temps a passé beaucoup trop vite depuis et que cette croyance farfelue s’est bien vite envolée.

J’ai la chance d’avoir une famille tricotée serrée et je ne pourrais imaginer ma vie sans eux. Mais un jour, immanquablement, je devrai le faire. Pendant longtemps, j’ai voulu éviter d’y penser, comme si ma famille à moi était invincible. Et j’ai même souvent pensé que je partirais avant eux, car la vie ne m’avait pas faite assez solide pour subir tout ça. Mais j’imagine que ça aussi, c’est une croyance irrationnelle. Je suis comme tous les autres, et ça me fait peur.

fleurs champsSource image: Unsplash

C’est en discutant du sujet avec ma sœur qu’on en est venues à une conclusion un peu plus sécurisante. Le fait de réaliser d’être proche d’eux, de les appeler constamment, d’encore considérer leur opinion dans les décisions banales ou importantes de nos vies, de retourner dès que c’est possible plusieurs jours dans le nid familial et de leur dire souvent qu’on les aime, ce n’est pas la situation de tout le monde. On est vraiment chanceuses, car ça, on ne le perdra jamais. On se disait que le jour où l’un d’eux devrait partir, on pourrait être certaines d’avoir profité de la moindre petite chose et que jamais on n’aurait de regret. Et ça, c’est rassurant.

Je ne sais pas si j’aurai les outils qu’il faut pour passer à travers cette épreuve le temps venu et j’espère être dotée d’assez de résilience pour me surprendre, mais d’ici là, je me donne le défi d’en parler pour apprivoiser l’inévitable. Surtout, au diable le temps qui passe, je m’accorde le droit de vivre de temps en temps dans mon petit monde magique inébranlable et exempt de toutes craintes puis d’en savourer chaque instant.

Ma famille, je vous aime tant.

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Lisa-Marie

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