Faits Vécus

J’ai le vertige. Dans peu de temps, je termine l’école. Je finis avec dix-neuf ans d’études dans le corps et dans la tête : un an au préscolaire, six au primaire, cinq au secondaire, deux au cégep et cinq à l’université. Je peux m’estimer heureuse de ne pas m’être trompée… Normalement, l’endettement étudiant n’est pas inversement proportionnel au temps passé à se remplir le cerveau de mille et une connaissances, à la quantité de stress capitalisée à l’arrivée des examens de mi ou de fin de sessions et à l’apport diététique considérable en repas de type Kraft Dinner, Side Kicks et ramen. C’est plutôt le contraire, plus tu es intelligent sur papier, plus tu es pauvre! Par contre, je salue ceux et celles dont les chemins scolaires n’ont pas été dressés en ligne droite. Quant à moi, on gagne beaucoup – pas en argent bien sûr – à dévier du droit chemin. Des savoirs qui ne se quantifient pas nécessairement en rendement scolaire, mais en expériences.

Ouf! J’ai le vertige. J’ai passé la majeure partie de ma vie sur un banc d’école. La rentrée scolaire avec ses rabais de fin de mois d’août et de début septembre, avec de belles promesses de renouveau, avec des résolutions de rentrée scolaire beaucoup plus significatives que celles du Nouvel An, avec la nouvelle garde-robe de la rentrée et avec les retrouvailles des amis.es ou des camarades de classe, faisait partie de mon quotidien, de ma routine annuelle, de mon identité. Oui, de mon identité. Depuis dix-neuf ans, je m’identifiais d’abord en tant qu’élève et ensuite, après le secondaire, en tant qu’étudiante. Le saviez-vous que le terme étudiant est réservé pour ceux qui poursuivent des études postsecondaires? Je ne pourrai plus utiliser ma carte étudiante et bénéficier des avantageux rabais qui y sont associés. Je ne serai plus associée d’emblée à la jeunesse qui sort dans la rue pour militer ou à la jeunesse et la relève de demain. C’est clair comme de l’eau de roche, je ne peux plus le nier, je deviens officiellement une adulte. Au sens de la loi, ça fait déjà quelques années que je le suis, mais symboliquement, je le deviens bientôt. Je dois figurer comment rembourser mes prêts, me trouver un emploi lié à mon domaine (idéalement), magasiner diverses assurances parce que celles de mes parents ne me couvrent plus à cause de mon nouveau statut, faire des choix financiers réfléchis et penser à l’avenir, à me retraite. Il n’y a pas si longtemps, je ne me projetais pas plus loin qu’une année scolaire plus tard, maintenant, j’essaie et je réussis peu à peu à avoir une idée de ce à quoi ma vie pourrait ressembler ou de ce que je voudrais dans au-delà d’un an.

avion nuages deltaplaneSource image: Pixabay

J’ai le vertige. C’est excitant. J’ai l’impression que je vais bientôt sauter de l’avion et vivre une incroyable descente en parachute… ou en deltaplane – tout dépend de la durée de la descente. Je ne sais pas trop où je vais atterrir, mais j’ai confiance que peu importe où ce sera, ce sera en sécurité. Je me rappelle ma première journée d’école – en maternelle – où je suis revenue déçue parce que je n’avais pas encore de devoirs. Et maintenant, ces dernières années, qui ont passé en un clin d’œil, ont parfois été ponctuées d’écœurantites aiguës à cause des interminables listes de travaux d’équipe ou d’examens sous lesquels nous, étudiants, croulions. Ça fait maintenant dix-neuf ans que je me prépare à ce moment. J’ai hâte de retenir mon souffle et de plonger. Je suis prête à faire le saut!

Source image de couverture: Pixabay
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