Faits Vécus

Il est 18h04 et je suis censée être à ma job depuis une heure et quatre minutes. Je suis censée être debout, derrière un comptoir, en train de servir un client et de lui sourire en comptant la monnaie qu’il vient de me remettre. Je suis supposée être en train d’emballer des shampoings, des déodorants et des couches pour adultes. Je suis censée. Mais me voilà, couchée dans mon lit, recouverte de mes doudous les plus chaudes, avec mon chaton qui me lèche le genou à côté de moi. Je suis dans le noir et je me sens bien. Je me sens bien, parce que, tantôt, je ne me sentais pas bien. Capiche?

Tantôt, j’ai pris l’autobus scolaire, j’ai mangé du chocolat, j’ai ri, et j’ai marché sous la pluie. J’ai traversé des buissons mouillés, j’ai mangé un sandwich sec au fromage en moins de cinq minutes et je suis allée me changer. Un regard dans la glace et je suis prête à travailler. Je dépose mes sacs au vestiaire, accroche mon manteau et mets mes chaussures. Ma boss arrive. Elle veut me rencontrer dans son bureau. Ai-je mentionné que, plus tôt dans la journée, elle avait publié des quarts de travail à donner sur le groupe de ma job, et que ceux-ci coïncidaient drôlement avec les miens?

« Ce que je te donne-là, c’est un avis de cessation d’emploi. Il y a trois feuilles à signer. Tu pourras en garder une », dit-elle.

Dans ma tête, rien n’allait plus. Renvoyée ? NON! Je ne veux pas. Je ne peux pas. J’ai des projets, un nouveau cellulaire et un chat. Et j’aimais ma job. Moi, renvoyée ? NON! Mais, oui. J’ai retenu mes larmes, mordu ma lèvre inférieure, puis je suis partie. Ce n’est que dans le couloir du centre commercial que je me suis effondrée. J’ai appelé ma mère. J’ai pleuré. Une gentille personne m’a demandé si elle pouvait m’aider pour quoi que ce soit. Cute. Je lui ai dit que non. Je pouvais gérer.

femme téléphone renvoiSource image: Unsplash

Dans l’auto qui me ramenait à la maison, je n’avais pas envie de parler de mon renvoi avec ma mère. Je ne voulais pas parler tout court. J’étais frustrée de moi-même, mais surtout déçue de ne pas avoir été à la hauteur. Quand ma mère s’est stationnée dans l’allée et qu’elle m’a regardée et m’a vraiment parlé sans me sermonner, je n’ai pu que l’entendre. Pour la première fois, j’ai pu voir du positif ressortir du négatif. J’ai peut-être perdu une bataille, mais pas la guerre, dit-on.

C’est exactement cela. La vie est dure, elle aime les coups bas. Pour moi, cette année a été la plus difficile de toute ma vie. Pourtant, je suis là et je suis en vie. Après tout, perdre ce job est peut-être pour le mieux, finalement. Je vais pouvoir être monitrice au camp, avoir du temps libre et partir en roadtrip les weekends. Je vais prendre du temps pour moi et je me chercherai quelque chose d’autre à la fin de l’été.

J’ai la chance d’avoir une mère compréhensive, fière de moi. J’ai la chance d’être entourée de personnes qui me soutiennent et qui m’aiment. Je prends la vie au jour le jour. Je tombe et je me relève.

Parce que je veux être là dans dix ans pour dire « Wow, la vie est belle. » Je veux pouvoir partager avec mes enfants ce que j’ai vécu pour qu’ils en retiennent une leçon. Je veux pouvoir les voir grandir, je veux pouvoir obtenir un diplôme et je veux pouvoir me marier. Je veux avoir un travail et dire que je l’aime. Je veux regarder ma vie sur mon lit de mort et me dire que je suis fière de tout ce que j’ai accompli. Surtout, je veux continuer de voir le positif de la vie. Ce côté givré d’une Mini-Wheats. Pas le côté fait de blé entier. Je veux goûter au meilleur.

3,2,1, souris!

 

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Audrey Robitaille

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