Faits Vécus

J’ai huit ans. Un petit garçon se fait intimider dans la cour d’école. Je ne le connais pas, mais je repenserai à son visage défait et ses yeux chagrinés bien après que le soleil se couchera sur cette journée. Je souhaiterai aux grands qui se moquaient de lui (ils sont toujours plus grands n’est-ce pas?) de guérir la peine qu’ils ont la tête. De panser leurs propres bobos qui les poussent à mettre gratuitement d’autres plus faibles qu’eux à terre.

Je suis une hypersensible. Celle qui remarque immanquablement les personnes seules dans leur coin, à la cafétéria ou dans les partys. Celle qu’un imperceptible changement de ton dans la voix d’une personne troublera pour plusieurs jours après. Celle qui se sent toute bouleversée quand elle voit un étranger sourire dans la rue.

L’hypersensibilité est, pour moi, un fléau qui m’afflige plus qu’une force. Pourtant, c’est une de mes plus belles qualités. En effet, ce caractère plus sensible que la moyenne me confèrent des traits de personnalité estimés, comme l’empathie, la compassion, l’attention. C’est parce que les qualités caractéristiques des hypersensibles profitent beaucoup plus aux autres qu’à eux-mêmes.

Être hypersensible, c’est être une boule d’émotions, un paquet de nerfs à vif. C’est n’avoir aucune carapace. C’est observer les moindres aléas de la vie se déposer sur nous comme de délicats pétales et les ressentir comme une bombe atomique. C’est percevoir le monde à la puissance dix.

rose dans un pot sur fond blancSource image: Unsplash

Cette capacité à ressentir les choses plus vivement fait en sorte que l’hypersensible est plus facilement émerveillé. Un rien l’émeut. Être hypersensible, c’est se sentir en décalage. C’est se demander pourquoi les autres ne sont pas ravagés par la mort de l’oiseau sur le bord de la route que je voudrais enterrer dans une boîte à souliers. C’est se demander pourquoi ce coucher de soleil, ces vieilles mains ridées qui s’aiment encore ou ce rire d’enfant ne frappe pas les autres aussi férocement que moi. C’est se demander comment les autres ne sont pas complètement chamboulés devant les lucioles qui jouent à imiter les étoiles ou deux amies de longue date qui se confient dans le bus. Comment tout le monde n’est-il pas ému par tant de beauté?

fille avec ombre de branchages les yeux fermésSource image: Unsplash

Être hypersensible, ça veut dire avoir les cicatrices creusées très profondes. Ça veut dire avoir des ecchymoses sur le coeur qui sont des gouffres dont on peine à se relever. C’est se rappeler encore des commentaires naïfs  qu’on nous a fait à neuf ans.

Être hypersensible, c’est avoir si peu de protection qu’on ressent des émotions qui ne nous appartiennent pas. C’est avoir les pensées obsédées par une personne triste de notre entourage et l’humeur affaiblie toute la journée, même si la situation ne nous concerne pas. C’est être une éponge, tout absorber et se laisser submerger.

Être si près de ses émotions empêche le moindre détachement, la moindre distanciation possible, ce qui fait qu’il est très difficile d’exprimer fidèlement ses émotions pour une personne hypersensible. La violence de ce qu’elle ressent est si puissante, que tous les mots imaginables ne sont pas assez justes pour exprimer la force qui l’habite.

Bref, je trouve qu’il est difficile d’affronter la vie avec une telle empathie et une si grande humanité alors que le reste du monde est détaché. C’est difficile d’avoir un coeur sans épines.

Source image de couverture: Unsplash
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Mathilde Côté

Mathilde est une fille intense. Hypersensible au cœur d’enfant, elle ressent les choses fort, grand, vrai. Tout du monde l’assaille et l’émerveille; la subjugue et...

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