« Vous ne serez pas une étrangèr.e, mais une chose étrange, seul.e, 

à croire possiblement être

un.e humain.e ».

Hâltérité est un spectacle qui parle d’identité d’une manière plurielle et complexe. C’est un événement, la naissance de quelque chose de spécial qui prend place aussi bien dans l’espace que dans un temps précis. C’est un spectacle radicalement protéiforme, qui se joue des frontières entre les formes d’art. La performance se décline en entrevue vidéo, danse, discussions, littérature, théâtre, collage audio. L'œuvre prend de multiples visages, comme ces identités que les uns et les unes se plaisent à croire singulières. Les sons, les musiques, les voix se superposent, montent en crescendo puis redescendent pour attirer l’attention ailleurs. C’est une courtepointe d'œuvres, des bribes de réflexions et de performances qui sont données à voir et c’est tout à fait à propos. 

Le génie d’Hâltérité se joue dans les regards.

Voir et être vu.e. Qui suis-je? Qui penses-tu que je suis? Les danseurs et danseuses avancent, relié.es par une corde et s’enfoncent dans un espace délimité où les spectateur.ice.s les regardent. Leurs mouvements répétitifs, presque sans vie, sont ceux d’automates, ou de zombies. Une inscription devant leur cage: ne leur donnez pas à manger. Nous sommes en plein cœur d’un zoo humain, d’une exhibition vivante où la monstration excessive et obsessive du corps se transforme en spectacle. Poupées russes de représentations. Un spectacle dans un autre. Tout le monde applaudit à la fin de la performance et je me sens complice, comme si j’avais forcé ces artistes à bouger pour moi, mon plaisir, mon amusement. Peut-être est-ce tout à fait le point. 

Hâltérité est un parcours, une trajectoire, un chemin beaucoup plus qu’un spectacle, qui inscrit en soi une certaine finitude, un aboutissement. Je pense que le chemin d’Hâltérité se fait toujours en moi. L’espace est unité; la performance se déplace et les spectateur.ices sont invité.e.s à la suivre du regard, voire à se déplacer physiquement. La mouvance de cette œuvre parvient à insuffler de manière extrêmement efficace ce qu’elle tente de dire: les identités ne sont pas fixes, elles changent, se bousculent et s’entremêlent. Une chance.

Zab Maboungou critique le pire de l’humanité de manière brillante. La chorégraphe et philosophe cherche à créer des espaces inattendus dans le but de faire réfléchir. Changer le monde? Peut-être. Je l’espère. Ce qui est certain, c’est qu’Hâltérité montre avec brio que l’Autre n’est qu’une construction savamment bâtie; qu’il ou elle est le résultat d’une culture, d’un temps et d’un lieu donné. Si ce n’est pas inné, c’est que tout peut encore changer.

Cette œuvre magistrale tire sa révérence ce soir à l’Agora de la danse. Courez la voir et laissez-vous porter par ce déambulatoire aussi bouleversant que nécessaire.

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