C’est plus fort que toi, que moi, que nous. On a tendance à toujours vouloir être parfait au moment convenu, que ce soit dans une situation subite ou anticipée. On veut être à notre meilleur et c’est tout à fait normal.

Qui aimerait inventer de toutes pièces qu’il est moins que ce qu’il est réellement?

À moins de devoir mentir pour ne pas aller à l’école ou d’être obligé de faire la conversation à quelqu’un qu’on n’arrive pas à sentir. La plupart du temps, même tout le temps, on montre la meilleure version de nous-mêmes, j’en suis convaincu. Celle qui vient naturellement, celle qui nous représente, celle qui nous découle de ce qu’on a vécu ou subi, celle qui ne pourrait être mieux, celle qu’on est vraiment.

On reste qui on est, en croyant que ce sera aux autres de nous accepter tel quel.

Oui, mais…

Oui, mais bien qu’on se doive de rester qui nous sommes, nous cherchons quand même à comprendre ce que les autres apprécient et aiment moins de nous. Nous tentons de nous dépasser, d’évoluer et de nous aimer plus et mieux.

Et puis toi, au-delà de ces analyses et de ce que tu perçois des autres sur toi-même, t’es-tu déjà trouvé trop? Ou, au contraire, t’es-tu déjà trouvé pas assez?

Trop bonne, trop aimante, trop dynamique, trop tolérante ; trop de pleins de choses et pas assez d’autres. Il n’y a pas de balance qui calcule les qualités et les défauts. Pas assez grand, pas assez mince, pas assez bonne, pas assez en forme. Trop de manque et pas assez de confiance.

Tu te surprends trop souvent à devoir t’adapter aux gens. Mais qui s’adapte à toi?

Un soulier de pointure huit ne fera jamais sur des pieds de taille dix ; adaptation ou pas, c’est comme ça! Des blessures se créeront tôt ou tard, et avec un inconfort permanent. Tu seras content lorsque tu finiras par y faire entrer ton pied, mais cette joie ne durera pas. Crois-moi.

On travaille sur notre estime de soi, car c’est important de s’aimer comme on est, on ne cesse de nous le répéter. Mais où sont les gens par qui on aimerait parfois se le faire rappeler? Ceux qui savent qui on est vraiment, même lorsqu'on déborde de défauts. Ceux qui voient, au travers de ceux-ci, d’extraordinaires qualités. Ceux qui font qu'on oublie presque nos mauvais côtés.

Croire que l'on n'est pas assez n'est pas un défaut, c'est compris?

On peut être trop tout en n'étant pas assez. On est si exigeant envers nous-mêmes. Si on arrêtait de se juger aussi sévèrement, on pourrait se rendre compte qu’on est suffisamment assez.

On est dans un monde qui valorise davantage les extravertis que les introvertis. Ils sont trop souvent associés à des antisociales, des personnes plates ou même, des psychopathes. Si chacun s'efforçait à créer des liens de confiance et d’aisance avec quelqu’un qui ne déplace pas beaucoup d’air, on y découvrirait un fond explosif à se tordre les boyaux en quatre et une profondeur à rendre jaloux le plus grand des océans.

En vieillissant, je me suis moi-même découvert une belle capacité d’adaptation qui fait que j’ai tendance à m’oublier. Oublier qui et ce que je suis. Puis, souvent, lorsque c'est moi que je décide de mettre de l'avant, mon entièreté dérange.

Savez-vous quoi? Je m’en fous! J’ai envie d’être trop!

Trop attentionné, trop grinçant, trop flatteur, trop romantique, trop verbomoteur, trop drôle, trop humble. Je suis trop. Je ne suis pas assez lorsque je n'ai pas ou peu d'intérêt dans ce qui se passe ou avec qui je suis. C’est quand je suis trop que je sais que je suis vraiment moi.

Je veux dire et crier ce qui me passe par la tête au moment où ça arrive, mais avoir aussi la capacité de filtrer, afin de ne pas offusquer ceux qui tolèreraient moins bien. Je veux t’écrire ce qui me déplaît, même si je sais que tu ne partages pas mon opinion. Tu ne transformes pas mes critiques en l’amour pour toi. Tu attends toujours de recevoir mes silences à grands coups d’indifférence. Je veux continuer à te complimenter sans arrière-pensée.

Je veux parler, parler et encore parler. Je veux t’écouter, t’écouter et encore t’écouter, même si ça implique que je devrai ensuite parler encore plus.

Je veux t'aimer dans les minutes suivant notre rencontre, quitte à devoir r.analyser le tout demain, la semaine suivante ou le mois d’après.

Je veux continuer de trop m’autoanalyser, afin d'améliorer les côtés de moi qui ne sont pas encore assez. Pas pour toi, mais pour moi en premier. Ça m’appartient. À moi de moi.

Reste-toi. Je resterai moi. Soyons-nous!

Trouvons-nous trop. Cessons de ne pas se trouver assez. C’est comme ça que l’on saura que ceux et celles qui passeront dans notre vie voudront nous garder dans la leur. Peu importe la quantité de nous qu’on a à offrir. Soyons trop ; trop nous-mêmes, trop authentique, trop vivant.

On ne pourra jamais assez être trop vivant…

Source de l'image de couverture : Unsplash

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