Faits Vécus

Lorsque j’étais jeune, ma mère me répétait souvent que je n’étais «jamais contente de rien». J’ai malheureusement grandi avec cette image de moi-même : la chialeuse, la boudeuse, l’air bête. J’ai toujours cru que cela était une partie inhérente de ma personnalité, qu’il s’agissait d’un morceau important de ma longue liste de défauts. Avec les années, notamment grâce à mes études et mon travail actuel, j’en suis venue à la réflexion qu’on n’avait jamais vraiment pris le temps d’analyser d’où venaient ces traits, qu’elles en étaient les raisons. J’ai compris, un peu trop tard pour mon bien-être, que cela ne reposait pas entièrement sur mes épaules ou ma personnalité, mais ça, c’est assez de matériel pour un tout autre texte! Avec mes lunettes d’adulte, je me rends compte qu’il est facile de ne jamais «avoir l’air contente» lorsque l’on passe la moitié de notre temps à analyser ce que nous avons fait, ce que nous faisons, et ce que nous ferons, plutôt que de simplement le faire et vivre le moment présent. L’autre moitié du temps étant consacrée aux émotions que me font vivre ces réflexions, j’ai cette tendance à «sur-penser» en permanence. C’est cet aspect de l’anxiété que je retrouve davantage chez moi. Je me surprends à me faire des scénarios qui ne se produiront probablement jamais dans ma tête, à me préparer à tout afin d’inconsciemment tenter de limiter les dégâts au moment venu, mais surtout, surtout, à me repasser des moments ou des conversations dans ma tête. Je me demande ce que j’aurais pu faire ou dire différemment, je m’en veux de ne pas avoir réussi à exprimer clairement mon idée. Pour les moments les plus marquants, difficiles et/ou gênants, je peux même revivre les mêmes émotions fortes et désagréables, comme si j’y étais encore. Ça, c’est mon hypersensibilité.

femme mental équilibreSource: Unsplash

Quantité ou qualité

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été «trop» : trop tranquille, trop énervée, trop silencieuse, trop bruyante, trop normale, trop bizarre, trop sensible, trop égoïste, trop généreuse. Bref, trop. Ce qui a eu pour effet de souvent me faire sentir de trop. Je crois qu’il s’agit d’une notion suggestive, pourtant. On définit le «trop» comme étant «quelque chose que l’on retrouve en excès, en quantité supérieure par rapport à ce qui est réellement nécessaire». Peut-être ai-je besoin d’une quantité plus grande de passion, de loyauté, de justice, de soif de vivre, que la moyenne? Les besoins de l’un sont bien différents des besoins de l’autre. Cette pensée me rassure, car elle me pousse à croire qu’il vient un moment dans nos vies où nous allons rencontrer, et continuer de nous entourer, de gens ayant besoin, ou ayant envie, des mêmes quantités que nous, et ce jour-là, nous serons enfin «juste assez». Mon intensité et ma sensibilité sont au cœur même de qui je suis. Je suis la fille qui va pleurer lorsque son personnage préféré de la télé-série meurt, ou quitte pour aucune raison que je juge valable. Je suis la fille qui va s’insurger en disant que ça n’a aucun bon sens, car Peyton n’aurait jamais été absente au mariage de Brooke, et que l’équipe derrière aurait dû réfléchir à tout ça, car ça ne rend pas justice au personnage. Je suis la fille qui va serrer son livre dans ses bras, car j’ai besoin de dire au revoir à tout un monde, et celle qui va parfois repousser de lire les dernières pages, parce que je ne suis tout simplement pas prête à le faire. Je suis la fille beaucoup trop empathique qui souhaite le meilleur pour tous, mais je suis aussi celle qui s’indigne, qui a soif de justice et de changement social. Je suis celle qui proposera d’offrir un coup de pelle au visage à tous ceux qui osent blesser ceux que j’aime.

foule flou mental Source: Pixabay

Vivre avec l’hypersensibilité et l’anxiété, c’est toute une aventure. Je comprends qu’on ne choisit pas qui l’on aime, mais sérieux, si toutes les deux pouvaient prendre une petite pause de leur relation, je ne m’en plaindrais pas! Ma façon de voir et de ressentir le monde fait en sorte qu’autant j’ai envie et besoin d’être entourée des gens que j’aime, autant je fuis les relations, par peur d’être trop vulnérable et blessée à nouveau. J’aime mes proches d’un amour infini, mais le problème est que j’ai CONSTAMMENT besoin de me faire rappeler que c’est réciproque. Mon anxiété me fait croire qu’à cause de mon intensité et de ma sensibilité, les gens finiront par se lasser et s’en aller. Lorsque j’envoie trop d’articles ou de «memes» d’affilés dans une conversation, et que je n’obtiens pas une réponse rapide, je vais commencer à sur-analyser la situation et me dire que ce n’était pas si drôle, ou que c’était trop en même temps, que j’ai exagéré. Je vais le regretter immédiatement et commencer à me sentir mal. Heureusement, avec l’âge et beaucoup de travail sur soi, il est plus facile de chasser ces pensées et se recentrer, mais comme tout le monde, il y a des journées plus difficiles que d’autres. Certains jours, je me surprends à me sentir à nouveau comme une adolescente, et ne plus savoir quoi faire de toutes mes émotions. Cette «peur de déranger» est épuisante, surtout lorsqu’elle persiste même après qu’on m’ait explicitement dit que ce n’était pas le cas.

Au final, je crois que l’on pourrait me qualifier «d’intense, mais attachante», et j’espère sincèrement, que toi qui me lis aujourd’hui, tu trouveras à ton tour, ces précieuses personnes qui te font sentir «juste assez».

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Daphnay Thibodeau

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