Faits Vécus Style de vie

Parce qu’elles étaient 14 à Polytechnique en 1989, avec une crosse appuyée sur la tempe, pour seule cause qu’elles étaient nées femmes. Parce que « féminicide » est le mot de l’année désigné par Le Petit Robert en 2019. Il signifie le « meurtre d’une femme, d’une fille en raison de son sexe ».

Parce que Mariana Mazza se fait accuser d’avoir du sable dans le vagin. Parce que la députée solidaire Christine Labrie a lu devant l’Assemblée Nationale des commentaires reçus par ses collègues féminines sur Internet, tels que «tu es une calisse de prostituée» et «heille la nunuche, allez vous rhabiller ou suicidez-vous». Parce que ces femmes qui brillent fort effraient de petits hommes derrière leurs écrans qui se croient tout permis.

Parce qu’Hilary Clinton a perdu ses élections à un misogyne raciste et agressif, alors qu’elle était plus qualifiée que lui pour assumer la position de président des États-Unis. Parce que les ingénieures, les politiciennes et toutes les belles insubordonnées se font constamment rejeter pour tenter d’infiltrer ces boy’s club puissant. Parce qu’une femme en position de pouvoir, c’est terrifiant. Pourtant, regardez comment les hommes se débrouillent.

Parce qu’elles sont trop, année après année, à s’évaporer et se volatiliser silencieusement. Parce qu’elles disparaissent mystérieusement, sans laisser de traces. Parce qu’on les oublie trop facilement, ces femmes qu’on tente d’effacer dans les réserves.

Parce que Christine Blasey Ford a pris son courage à deux mains et qu’elle a fait ce qu’elle considérait être son devoir civique. Parce qu’elle s’est levée debout et a répété, plus fort pour qu’on l’entende cette fois: « non ». Parce qu’elle, comme plusieurs autres, n’a pas été écoutée. À la place, ridiculisée et salie. Parce qu’il a fallu plusieurs dizaines de femmes se liguant contre Harvey Weinstein pour qu’on les croit enfin. Une seule ne pouvait pas faire le poids, bien sûr: elle s’attaquait à un producteur renommé et plusieurs fois oscarisé. Elle ne pouvait pas faire le poids parce qu’elle s’attaquait à un homme, tout simplement.

Parce qu’il est toujours plus facile de discréditer une femme que d’accepter la culpabilité d’un homme. Parce qu’on blâme ces victimes pour un acte infâme qu’elles n’ont jamais demandé. Parce qu’on se préoccupe encore de l’habillement des femmes, des regards qu’elles ont lancés, des paroles qu’elles ont prononcées, au lieu d’éduquer nos fils correctement. Parce qu’ils veulent qu’on rapetisse, qu’on obéisse, pour qu’ils se sentent mieux. Il est hors de question qu’ils se retiennent, se réfrènent, s’empêchent. C’est nous qui doit le faire.

buste féminin d'une statue blancheSource image: Unsplash

Parce que l’avortement est encore illégal dans de nombreux pays. Parce que les hommes nous dictent encore comment disposer de notre propre corps. Parce qu’engendrer la vie est considéré comme un devoir biologique de la femme et non un droit sur lequel nous pouvons exercer un choix. Parce que les femmes se doivent d’être maternelles, compréhensives, douces, attentionnées. Celles qui ne veulent pas d’enfants sont des sans-coeurs, des insensées qui se trompent et le regretteront plus tard. Ils veulent nous faire croire que la femme ne fait pas de sens si elle ne donne pas naissance.

Parce qu’on est enseigné à se liguer les unes contre les autres, à mépriser la beauté de l’une, jalouser le succès d’une autre et à rivaliser avec nos consoeurs. Parce qu’ils savent que, toutes ensemble, on renverserait le patriarcat d’un revers de la main.

affiche féministe smash the patriarchySource image: Unsplash

Parce que Marie Curie a découvert le polonium. Comme elle, l’élément ajouté sur le tableau périodique avait des propriétés radioactives. Parce que Simone de Beauvoir, dès 1949, affirme qu’on « ne nait pas femme, on le devient ». Elle comprend déjà qu’elle et ses homologues appartiennent au « deuxième sexe » et ça la met colère. Elle se questionne, comme son mari, sur l’absurdité de l’existence. En effet, il y a matière à réflexion quand quelque chose d’aussi trivial que son sexe a le pouvoir de déterminer toute une vie. En 2009, Malala, une jeune pakistanaise, se lève debout et exige aux talibans le droit de lire, d’écrire, de compter, d’apprendre. Bien sûr, elle était déjà trop grande, trop brillante, alors ils ne comprirent pas, essayèrent de la museler. Ce qu’ils ne savaient pas, c’est qu’elle recevrait bientôt le prix Nobel de la paix, âgée de seulement 17 ans. Parce qu’elles et toutes les autres insoumises ont été reconnues trop tard ou trop peu pour leur contribution, souvent éclipsées par leur collègues masculins.

Parce que les femmes doivent apprendre à limiter leur sexualité. Parce que tous les hommes veulent une femme qui désire beaucoup de sexe, mais qui n’a pas couché avec beaucoup d’hommes. Les femmes devraient se plier à tous les désirs imaginables sans y ressentir du plaisir. Une femme qui prend en charge fièrement sa sexualité ou son corps est avilie. Parce que notre corps est une propriété publique, qu’il ne nous appartient pas, qu’on le placarde sur des affiches pour vendre. Mais attention! Si l’envie nous prenait de nous promener les seins à l’air, ce serait vulgaire. Avez-vous déjà vu un homme subir du jugement parce qu’il se promène torse nu? Vous me direz que ce n’est pas la même chose et je vous répondrai que si vous preniez la peine d’y réfléchir quelques secondes, oui, c’est précisément la même chose.

Parce que quand on a l’audace de se proclamer féministe, pour réussir à être tolérée, il faut éviter à tout prix d’être fâchée, enragée, furieuse, indignée. On nous permet de se battre pour notre cause, mais tout en restant sages, polies, respectueuses. Attention, le féminisme lutte pour l’égalité des sexes. Il faut donc s’attarder à ne pas froisser les hommes par nos revendications, à oublier qu’ils nous font subir bien pire depuis la nuit des temps.

femme torse nu equality nowSource image: Unsplash

Moi je dis oui, je suis enragée. Indignée, furieuse, hors de moi. Et je trouve que c’est plus que légitime compte tenu de toutes les raisons énumérées plus haut. Essayez de faire endurer aux hommes ce qu’ils nous obligent à supporter depuis que le monde est monde et on verra s’ils resteront passifs ou s’il leur prendra plutôt l’envie de tout saccager.

Ils essaient de nous faire taire, de nous pousser hors de la lumière, mais nous brûlons trop fort, notre potentiel est trop grand. Le courage, la force et la puissance n’ont jamais été des qualités masculines. Tout ce temps, elles appartenaient au sexe féminin. Alors que l’expression « se battre comme une fille » est censée désigner la faiblesse, je vois la résilience, la bravoure, la détermination.

Ils voudraient que nous soyons délicates, fragiles, que nous restions des enfants éternelles en besoin d’assistance et de protection. Mais qu’advient-il de celles qui parlent fort, donnent leur opinion, contredisent, prennent trop de place, n’ont besoin de personne pour exister comme elles l’entendent? Plusieurs hommes se questionnent sur leur rôle à l’ère du féminisme. En effet, ils ne savent plus comment être un homme dans un monde où les femmes n’ont plus besoin d’eux pour se sentir belles, valorisées et protégées. Peut-être parce que leur règne était basé sur l’oppression de leurs égales, qui sait.

Comme le dit si bien Émile Proulx-Cloutier dans sa chanson Force Océane: « ils ont bâti le monde entier sur ton dos, si tu te lèves tout’ va trembler,

ça va être beau. »

Source image de couverture: Unsplash
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Mathilde Côté

Mathilde est une fille intense. Hypersensible au cœur d’enfant, elle ressent les choses fort, grand, vrai. Tout du monde l’assaille et l’émerveille; la subjugue et...

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