Faits Vécus

Avant aujourd’hui, je n’avais jamais écouté ce conseil.

Après tout, vingt de mes vingt-et une dernières années, je les ai passées au fil des « je t’aime » et des « dort bien mon amour ». Un mois ou deux de célibat et je repartais pour quelques années. Aimant beaucoup au début, moins au milieu et réussissant à me libérer de mes propres chaînes à la fin. Je me disais que je méritais mieux, que je méritais plus. Dans le processus, une belle rousse est venue chambouler tout ça. Je l’aimais peu au début, beaucoup au milieu et je savais qu’elle était l’amour de ma vie à la fin. Mais je ne l’ai pas retenue le jour où elle est partie.

Parce que je me disais encore que je méritais mieux, que je méritais plus.

Quand tu viens à comprendre que toute ta vie, tu n’as jamais cessé d’avancer. Effectivement, faisant fi de tout ce qui ne te plaisait pas pour aller vers ce que tu espérais mieux, tu as fini par comprendre une chose importante. Plus tu avances, plus le mur s’en vient. Puis, parce que tu n’es pas du genre à t’arrêter, tu te le prends en pleine face.

Alors le fameux conseil est revenu et j’ai plus le choix de l’écouter.

J’en suis rendu à l’étape de ma vie où aucune femme ne pourrait la remplacer. En tout cas, pas tout de suite. Recevoir autant d’amour, apprendre à aimer les défauts de l’autre, être chaviré par l’audace que cet amour pour moi lui donnait, tout ça, c’était elle. Et c’était trop immense pour que je laisse une autre tenter sa chance et échouer.

Alors je m’isole. Je passe désormais mes samedis soirs seul. Je les appréhende dès le lundi, tellement je les déteste. J’essaie de devenir mon meilleur ami, mais je me trouve plate. J’essaie de prendre soin de moi. Pour l’instant, je ne suis pas bon. Je suis mon pire ennemi et je prends mieux soin des autres que de moi. Alors, je reste positif. Je me dis que j’apprends vite et je m’adapte bien, alors je trouverai la façon d’être mieux. Mais pas maintenant ni bientôt.

J’ai réalisé que c’était son regard qui me faisait sentir beau.

Que ses compliments me faisaient sentir homme. Et comme elle n’est plus là, il est clair que c’est mon regard sur moi et ce que je pense de moi-même qui me porte désormais. Quand tu réalises que ton estime de toi venait du regard d’une autre. Que tu réalises que c’est son envie de toi qui te faisait te sentir sexy et que maintenant qu’il n’y a que toi devant ton miroir, merde que tu te trouves ordinaire. 

Depuis que j’écoute le conseil, tout est beige, moi encore plus.

Je me retiens chaque soir pour ne pas lui écrire, par respect pour elle et, par conséquent, pour moi. J’en suis venu à accepter que cette épreuve soit la mienne et que je doive la surmonter, sans béquille ni bouée. Je suis un homme de défi, un entrepreneur qui n’a pas peur de grand-chose, mais ça fait plus d’un mois maintenant que j’ai peur. Que je me demande comment je vais réussir. Comme quoi on ne connaît pas les défis qui nous attendent et qui viendront nous bouleverser.

Dans mes moments de faiblesse, je compense par le matériel. Je me rends bien compte que ni la BM, ni le beau linge ne viendront compenser le vide. Dans mes moments de pleine conscience, je réalise toutes les blessures que je porte. Je n’ai pas d’autre choix que d’avoir les yeux humides. Je ne sais pas quoi faire avec ces blessures-là, autre que de les regarder et de demander au temps de mieux les cicatriser.

Alors je regarde le mur devant lequel je me trouve.

Je réalise que je dois apprendre à l’aimer pour l’escalader. Je vais y arriver. Je ne sais pas quand, je ne sais pas comment, mais je sais que lorsque j’arriverai à son sommet, je ne dirai merci à personne. Je l’aurai fait seul.

Je n’avais jamais pensé que la chose la plus difficile que je ferais dans ma vie serait de me retrouver seul avec moi-même. C’est vrai ce qu’on dit : on doit apprendre à s’aimer avant d’aimer les autres. Cette phrase, pour moi, était un cliché dont l’humain abuse. Mais je l’écoutais mal. Il est maintenant devenu ma réalité, une minute à la fois. Mais bon, ceux qui l’ont fait semblent si fiers d’eux. Je vous dirai sûrement un jour que c’est la plus belle chose que j’ai réussie.

 

 

Source de l’image de couverture : Unsplash
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Stéphane Henri

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