Faits Vécus

Initialement, je doutais de la statistique qui affirmait qu’une femme sur trois serait victime d’une agression sexuelle au cours de sa vie (passant de simples attouchements comme toucher les seins sans son consentement jusqu’à une agression sexuelle avec pénétration telle que le viol). Mais, dans une année seulement, quatre de mes amies m’ont affirmé avoir été agressées sexuellement, toutes par des personnes qu’elles connaissaient (parfois même des membres de leur propre famille). Dès cet instant, je n’ai plus douté et j’ai malheureusement dû à me résoudre à accepter ce phénomène.

Son histoire

L’année dernière, l’une de ces quatre amies m’a raconté en détail ce qui s’est passé. Grosso modo, elle avait rencontré un gars sur Internet et ils ont commencé à discuter ensemble pendant quelques jours. À un moment donné, la fille est allée chez le gars pour finalement le rencontrer face à face. Dans la soirée, le gars lui a offert un verre d’eau. Toutefois, celui-ci avait dissimulé une substance illicite dans ce verre. Lorsque la fille a consommé ce produit, elle en a perdu ses esprits et le gars en a profité pour abuser d’elle. Une seule soirée l’a complètement transformée et elle en a gardé des séquelles psychologiques qui risquent de durer toute sa vie.

Je peux vous dire que ç’a été l’une des histoires les plus dures que j’ai entendus de toute ma vie : entendre mon amie pleurer au téléphone tout en sachant que je suis impuissant face à cette situation, ça déchire le cœur. Évidemment, tout ce que je devais faire, c’est la laisser parler pour qu’elle puisse se confier à quelqu’un. Le plus dur dans tout ça, c’est qu’elle n’a pas porté plainte contre son agresseur pour des raisons qui lui sont personnelles.  Dans cette optique, si son histoire est vraie, cela voudrait dire qu’il y ait encore un agresseur en liberté qui pourrait faire d’autres victimes. Cela fait partie des plus de 90% des crimes sexuels qui ne sont pas rapportés à la police.

#Metoo

En octobre 2017, le mouvement #metoo a pris de l’ampleur suite à la controverse qui  a entouré le producteur de cinéma  américain Harvey Weinstein et les multiples allégations d’harcèlement et d’agressions sexuelles qui pèsent contre lui. Ça prend toujours un événement hautement médiatisé de la sorte pour que l’on voit ce genre de mobilisation. À un tel point que cela a eu des répercussions  ici même au Québec, notamment avec les révélations d’agressions sexuelles qui pèsent contre Gilbert Rozon et Éric Salvail. Des mouvements du genre aident des femmes et des hommes à dénoncer leurs agresseurs par le biais de publications sur les réseaux sociaux, ou bien avec une plainte déposée à la police.

Toutefois, certaines personnes ne veulent pas dénoncer à la police ou sur la place publique ce qui leur est arrivé, et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, elles n’ont pas nécessairement envie de revivre l’horreur qu’elles ont vécue lors de l’agression sexuelle. En effet, lors des procédures judiciaires en matière d’infraction sexuelle (qui peuvent durer des années), si l’accusé plaide non-coupable, la présumée victime doit témoigner en cours, revivre cette histoire sordide et faire face aux contre-interrogatoires de l’avocat du présumé agresseur.

Ensuite, l’autre raison est le manque de preuve (ou la preuve jugée insuffisante par le procureur de la cour). S’il n’y a pas de vidéo, de témoins ou de preuve concrète (tel que du sperme sur un vêtement), il est difficile de faire accuser une personne de crime sexuel. En 2014 au Québec, par exemple, seulement trois plaintes pour agressions sexuelles sur 1000 se sont soldées par une condamnation. Au final, dans le cas d’une agression entre membres d’une même famille, la victime a peur de briser des liens familiaux.

Les victimes

Je me suis également posé cette question dans le passé : pourquoi est-ce que certaines personnes qui se font violer ne se débattent pas et restent immobiles lors de l’acte? J’ai deux réponses à ceci. Premièrement, il y a les « 3F » du stress, soit : combattre (fight), fuir (flight) et figer (freeze). Ce sont trois réactions qui peuvent survenir lors d’un stress ou lors d’un changement quelconque, tel un imprévu ou une menace. Si la personne se fait agresser, l’une de ces trois réactions surviendra. Donc, il est possible que la personne soit tellement stressée, qu’elle fige complètement lors de l’agression.

Deuxièmement, si la personne qui se fait violer ne se débat pas, c’est parce qu’il y a une partie du cerveau qui se nomme l’amygdale, une sorte d’alarme où sa tâche est de gérer nos réflexes et de faire en sorte que l’on survive à n’importe quelle situation. Par la suite, une autre partie du cerveau, le cortex, doit faire cesser cette alarme en analysant la situation et en prenant une décision. Mais si le cortex s’enraye, il peut y avoir un état de sidération où la victime est paralysée par la situation et elle n’arrive pas à se défendre ou à fuir.

En effet, elle est prise par surprise et a tellement peur pour sa vie qu’elle peut croire que la meilleure chose à faire dans une situation du genre, c’est justement de ne rien faire. Au final, les victimes se culpabilisent de n’avoir rien fait, même si elles n’en étaient pas capables.

Le système de justice

Il est  toujours difficile à faire accuser une personne de crime sexuel. Après tout, on vit dans un système où une personne est innocente jusqu’à preuve du contraire. Alors, même s’il y a effectivement eu une agression sexuelle et qu’il n’y ait pas de témoins de la scène, il faut que la victime donne beaucoup de détails sur ce qui s’est réellement passé (ex : à quel endroit l’agression s’est produite et qui était impliqué). Des preuves physiques (ex : des poils pubiens provenant de l’agresseur, des égratignures sur le corps, etc.) pourraient être utilisées comme éléments de preuve à la cour, ou encore les victimes devraient aller voir un médecin immédiatement après une agression sexuelle pour que celui-ci fasse un examen pour trouver des preuves dans le but de porter des accusations et de possiblement condamner l’agresseur.

Bref, puisque je me considère être un homme, je n’ai pas la même perspective que celle des femmes. À titre de comparaison, selon une statistique datant de 2015, 86,8 % des victimes d’agression sexuelle sont des femmes, alors que 13,2 % sont des hommes. N’empêche que de mon point de vue personnel, j’ai mal. J’ai mal lorsque j’imagine que des hommes puissent commettre de tels actes envers des femmes, où celles-ci peuvent éprouver à court ou long terme des blessures physiques, psychologiques et affectives. J’ai aussi mal de penser qu’une agression sexuelle pourrait arriver à une autre personne qui est chère à mes yeux, à tout moment. Parce que même si je suis un homme et que statistiquement, j’ai moins de chance de subir une agression sexuelle qu’une femme, je me dois d’éprouver une certaine empathie et de la compréhension si une fille me raconte son histoire, où elle aurait été victime d’un viol autant par un inconnu que dans une relation.

En conclusion, chaque homme se doit de savoir que ce n’est pas parce qu’une fille s’habille sexy que c’est la raison pour laquelle elle se fait violer (l’homme a le droit de la regarder, mais n’a pas le droit de la toucher si elle n’est pas consentante). De plus, lorsqu’une personne n’est pas en mesure de donner son consentement pour un rapport sexuel, personne ne devrait la forcer à faire quoi que ce soit. Mais, parallèlement à tout ça, j’ai de la misère à concevoir qu’il y a des gens qui disent que les hommes sont moins traumatisés que les femmes lorsqu’ils se font violer. C’est une honte pour chaque personne d’entendre ce type de discours insensé. Avec toutes ces histoires sur les agressions sexuelles qui perdurent depuis des années, il est primordial de rappeler que tous les hommes ne sont pas des violeurs et que toutes les femmes ne se font pas violées.

 

Pour plus de détails, renseignez-vous sur la campagne « Sans oui, c’est non », et visionnez la vidéo intelligemment réalisée sur le thé et le consentement!

source image de couverture : Pixabay

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Jean-Michel Bélanger

Après avoir écrit ses pensées pendant plusieurs années sur son mur Facebook, Jean-Michel a décidé de rejoindre Le Cahier afin que ses idées et ses...

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