Faits Vécus

J’ai grandi dans un environnement où le terme douce était omniprésent. Ma mère est une femme souriante, bonne et douce. Les éclats de voix n’avaient pas de place dans notre maison.  À l’âge de l’adolescence rebelle, et désirant me dissocier du giron familial, je fis tout pour ne pas lui ressembler. Je rejetais cette image de douceur qui reflétait, pour moi, la vulnérabilité. Je voulais être une guerrière, une défonceuse de porte, une rockeuse inatteignable!  Et c’est ainsi que je fis mon premier pas dans la vie d’adulte. Avec une armure métallique que personne ne pourrait traverser!

Et pourtant, ma propre nature finit un jour par me rattraper.  Quand je tombais amoureuse d’un homme à l’étoffe plus coriace que moi. Je n’avais plus la force alors de lever le point pour combattre mes idées. Parce que mes idées, elles n’en valaient pas la peine. Elles étaient toujours moins bonnes que les siennes. À bout d’arguments, je lâchai le peu d’armure qu’il me restait sur le sol et je m’effondrai devant l’inévitable constat de ma faiblesse innée…

Je suis une artiste, une rêveuse, une douceur dans cette humanité où la colère, l’égocentrisme et l’entêtement sont valorisés. J’ai la nature généreuse d’une enfant, j’ai la bonté tatouée sur le cœur depuis le premier regard que ma mère a posé sur moi. Elle m’a transmis cette vague paisible contre laquelle j’ai lutté plus souvent qu’autrement. Lutter contre quoi? Contre cette incisive croyance disant qu’une femme douce est, d’abord et avant tout, une victime.

Fleurs. ForteSource

L’on croit, à tort, qu’elle incarne la naïveté, la bonté extrême, la faiblesse. Mais depuis quand est-ce une faiblesse d’agir humainement envers son prochain?  La compréhension, l’altruisme, l’empathie sont-elles devenues des vertus honteuses?  J’ai souvent entendu des gens placer sur un piédestal cette femme que l’on dit forte, qui écrase tout sur son passage, celle qui piétine ses coéquipiers pour se hisser à la tête du peloton. Cette femme qui a « du caractère », qui crie, qui hurle…

J’ai voulu lui ressembler à cette femme qui a du chien! À chaque fois, je me suis réveillée épuisée. À qui voulais-je plaire?  Je m’épuisai à un tel point que je lâchai prise, pour me rendre compte que cette douceur intérieure contre laquelle je luttais quotidiennement était ma principale alliée dans l’adversité. Ma force tranquille.  Et aujourd’hui, c’est avec elle que je fais équipe!

Elle m’injecte le calme et la paix nécessaires pour atteindre mes objectifs. Elle économise mon énergie pour la transformer en détermination, en persévérance. Elle m’évite les comparaisons inutiles et me branche directement sur le bon canal lorsque vient le temps de recharger mes batteries. Elle m’ouvre les yeux sur ces gens qui m’entourent et me renvoient une image positive, bienveillante et souriante!

J’ai longtemps cru que je devais parler fort et m’imposer pour convaincre les autres que j’avais de la valeur. Et pourtant, c’est aujourd’hui dans le silence le plus respectueux de la nature des autres que je m’incline devant la grandeur des eaux calmes. Moins je fais de bruit, plus je me respecte moi-même en tant que femme, en tant qu’humaine. Et plus je dérange ceux qui se trouvent à l’opposé de cette force tranquille.

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Josée Marquis

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