Mode & Beauté Style de vie

On le sait, on vit dans un monde où les apparences sont d’une importance capitale. Si les trois quarts des candidats d’Occupation Double sont mannequins Instagram ou YouTubeurs, ce n’est pas anodin. C’est parce qu’on vit dans une ère où l’image prend une très grande place dans nos vies. Si tu n’as pas un compte Instagram où tu publies des photos qui te donnent un air de déesse grecque, t’es pas dans la game! On ne peut pas vraiment juger qui que ce soit de le faire puisque, si on le fait pas nous-mêmes, c’est presque sûr qu’on suit le compte de quelqu’un qui le fait, donc on encourage quand même le phénomène. D’ailleurs, il n’y a rien de si mal là-dedans, mais…

La définition de la beauté au-delà du réel

Je ne vous cacherai pas qu’en tant que nutritionniste, ça m’inquiète de plus en plus. Je vois la définition de la beauté être constamment poussée un peu plus loin et les jeunes (surtout les filles, mais les gars aussi) investir beaucoup trop d’argent et de temps sur leur apparence physique, alors que leur tête, elle, se remplit un peu plus de pensées négatives envers eux-mêmes. Comment peut-il en être autrement? Nous sommes inondés d’images de corps, des peaux, de sourcils, de cils, de cheveux et même de mamelons parfaits! Depuis plusieurs années déjà, mes collègues et moi ainsi que plusieurs autres professionnels essayons de faire comprendre le manque de réalisme de toutes ces images. Mais, à force d’y être tellement exposés jour après jour, on a beau connaître tous les trucs (contouring, Photoshop, filtres, etc.), on veut quand même ressembler à… l’impossible, finalement! Moi-même, qui essaie de prôner le plus possible la beauté au naturel, quand je m’amuse avec les filtres Snapchat et que l’image de mon vrai visage me réapparaît soudainement, je me dis: « ark! Ça fait peur! ».  Personne n’est épargné.

téléphone applicationsSource image: Unsplash

Quand la fiction se mêle à la réalité

Les modifications virtuelles sont une chose, mais celles qui se font dans la réalité m’inquiètent encore plus. Je vais vous donner un exemple plutôt banal, mais qui m’a quand même fait réagir récemment. Je dois d’abord vous avouer que je suis assez out en ce qui concerne les modes beauté. J’ai découvert seulement il y a quelques jours qu’on pouvait se faire dessiner une ligne noire permanente sur les yeux (comme on le fait avec un crayon), ce qu’on appelle le dermocontraste. Je savais que ça existait pour les sourcils mais, pour les yeux, je trouve l’idée pas mal plus intense et risquée. Ce sont quand même tes yeux et les esthéticiennes, quoique bien gentilles et compétentes, ne sont pas des ophtalmologistes ou des médecins spécialistes et jouent malgré tout extrêmement près d’un endroit très précieux avec une aiguille! Rendu là, tu me diras que c’est un choix personnel et je suis d’accord, tant que la personne a les connaissances et la maturité nécessaire pour faire un choix éclairé.

Malgré tout, je trouve que ça pousse toujours la chose un peu plus loin, quand on se couche et qu’on se lève maquillée en permanence. Même en tant qu’adulte avisée, quand je regarde des photos sur Instagram, je me demande comment elles font, les filles, pour avoir des mines aussi rayonnantes en se levant le matin et en ne mettant aucun filtre. Puis, quand j’apprends tout ce qui est possible de faire sur un visage sans même avoir à se maquiller, je comprends mieux et j’essaie de relativiser quand je les compare à mon visage cerné du matin.

femme couchée sur le ventre lit cheveux éparpillésSource image: Unsplash

J’ai l’impression que ça n’a pas de limites: les faux cils, les rallonges capillaires, le microblading, le dermocontraste, le microneedling, le slimwave, etc. Je ne suis même pas sûre de savoir qu’est-ce qui est quoi. Et ça commence jeune. Je suis toujours un peu sous le choc quand je me promène au Carrefour Laval (un exemple parmi tant d’autres) et que je vois toutes ces jeunes filles avec le kit complet. Attention, je ne les juge pas. Je comprends qu’elles veulent ressembler aux « instagrameuses » populaires qui, elles, ressentent la pression d’une société qui refuse de voir leurs rides, leurs cernes, leurs boutons, leurs sourcils pâlottes, leurs cheveux abîmés et ternes, leur cellulite et leurs bourrelets. Ça ferait tellement trop… humain!

L’évolution de la femme?

Je ne sais pas si j’ai tort, mais même l’aspect monétaire de la chose me dérange. Ça fait des années que les femmes se battent pour obtenir l’équité salariale (et ce n’est toujours pas de l’acquis) et, aujourd’hui, plutôt que d’être des femmes fortes et confiantes qui investissons dans notre bien-être, on se paie des cheveux, des sourcils, des cils, du Botox, des chirurgies, etc. Il y a même des jeunes filles qui s’endettent avant même d’avoir commencé leur vie d’adulte. Je comprends que plusieurs filles/femmes le font pour elles-mêmes, pour se sentir belles, mais les études prouvent que, dans la majorité des cas, une fois qu’un problème physique est réglé, le focus est mis sur un autre problème et les insatisfactions se multiplient à l’infini. Autrement dit, l’estime de soi n’est pas améliorée par ces changements. Donc, le cercle vicieux se poursuit, le physique est constamment « amélioré » (c’est relatif, entendons-nous), mais le sentiment de bien-être intérieur, lui, est de plus en plus diminué. Je ne dis pas que c’est problématique chaque fois qu’on investit dans un soin de beauté quelconque, on a tout à fait le droit de se gâter et de se sentir belle après, par exemple, une transformation chez le coiffeur ou une journée au spa à se faire chouchouter! Le problème, c’est quand c’est poussé à l’extrême et que ça prend une trop grande place dans nos vies.

maquillage, pinceaux et produits de beautéSource image: Unsplash

Y a-t-il une solution?

Bien sûr, c’est difficile de ne pas être influencé par tout ça. Dernièrement, j’ai pris une photo à côté d’une fille qui avait des rallonges de cils et, malgré le fait que je portais du mascara, j’avais l’air de ne pas avoir de cils…vous voyez le genre? Dans ce cas précis, je ne pouvais qu’en rire et supprimer la photo si elle me dérangeait trop. Il y a donc une partie où on n’y peut rien, mis à part l’accepter.

Pour la partie où on peut avoir un certain impact, je crois qu’il serait primordial de faire du ménage sur nos réseaux sociaux. Quand on est abonné à des « instagrameurs », YouTubeurs ou stars qui publient souvent des images qu’on sait modifiées et qui prônent tout ce qui est faux, à plusieurs comptes de cliniques de beauté/esthétique, à des produits/services amaigrissants, etc., on a plus de chances de perdre le contact avec la réalité. Ce n’est pas qu’on est incapable de différencier le vrai du faux, c’est simplement qu’on normalise involontairement ce qu’on voit fréquemment. Pourquoi alors ne pas s’abonner à des comptes de personnes et services qui favorisent l’estime  de soi, la beauté au naturel et le bien-être au-delà des apparences? Je ne dis pas qu’on doit se désabonner de tout ce qui concerne la beauté! Tout est dans l’équilibre! C’est beau, une femme maquillée, mais c’est aussi beau une femme au naturel et je pense qu’on l’oublie de plus en plus à force de voir du faux.

Nous ne sommes pas là pour nous juger les unes et les autres, certaines sont plus à l’aise avec plus d’artifices, d’autres avec un peu moins. L’important, c’est d’être bien en-dedans. Mon message est donc: si la pression est trop forte, tu as le droit d’être tout simplement toi, tu seras tout aussi belle!

Source image de couverture: Unsplash
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Tania Valiquette

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