Faits Vécus

La vie passe vite. Trop vite. Ou c’est peut-être juste parce que là là, je voudrais une pause. Une pause de toutes ces remises en question. Une pause de toutes ces émotions. Une pause de mon cœur trop lourd.

Je voudrais que le monde arrête de tourner pour que je puisse reprendre mon souffle. Le temps que mon cœur se vide pour que je me sente légère à nouveau. Le temps que j’accepte que je sois complètement perdue dans mon corps de grande femme. Le temps de faire la paix avec mon cœur d’enfant qui est fâché contre moi à force de l’avoir empêché d’être. Le temps que j’accepte que je me sois tellement négligée que je ne sais plus comment me définir.

C’est pas de la faute à personne. Juste de la mienne.

J’ai laissé le pilote automatique m’emporter, me rendre terne. J’ai laissé la société me déboussoler, me dire qui je devais être. J’ai abandonné mes loisirs solitaires. J’ai arrêté de me demander ce que j’aimais, ce qui m’allumait. Je pense que ça en prenait beaucoup pour que mes yeux brillent. Et ça, ça dû être difficile pour mon entourage.

Moi, je voulais juste réussir dans la vie. Réussir selon les autres. J’avais que mon futur en tête, à en oublier le moment présent. À prendre ma vie pour acquise.

Et quand j’ai frappé un mur, j’ai explosé en mille morceaux.

Comment on assemble les morceaux d’un casse-tête quand on n’a pas regardé la couverture depuis des années?

pieces de casse-tête couleursSource image: Pixabay

J’ai paniqué. Les morceaux ne se reconstituaient pas comme dans mes souvenirs. J’étais assise par terre, le cœur sur le bord des lèvres, entre tous ces morceaux de vie, ces morceaux de moi que je ne reconnaissais plus.

Je me sentais vide, exténuée.

Je me dépêchais à tout rebâtir, mais j’y arrivais pas.

Je voulais tout lancer.

J’étais prise dans une tornade de colère, de tristesse et d’anxiété. Et je gardais tout à l’intérieur… J’avais honte.

Chaque matin, j’allais m’assoir par terre. J’allais fixer le dégât. Le dégât en dedans de moi. Je faisais juste ça.

Et un jour, j’en ai eu assez. J’ai compris que je devais m’arrêter. Je devais apprendre à me connaître, moi, la femme de 25 ans. Celle d’aujourd’hui, maintenant. Je me suis fait à l’idée que je devais m’apprivoiser. Ça fait drôle à dire. C’est con, mais c’est tellement vrai. Je devais me déraciner. Je devais affronter toutes mes bibittes pour devenir la femme que je veux être. Celle que j’admire. Celle dont je suis fière.

Bon, j’ai manqué d’insecticide. Je n’avais pas réalisé que ça s’accroche fort ces petites bêtes-là. Ça se met confortable dans notre tête et quand on s’y attaque, c’est déboussolant. Et de se définir sans elles, ce l’est encore plus.

Travailler sur soi, c’est exigeant. Quand on ouvre cette porte-là, celle de l’introspection, on s’en sort pu. Il faut juste s’adapter à cette nouvelle façon de grandir.

pièces de casse-tête noir et blanc mainsSource image: Pixabay

Mais j’ai compris que ça prenait du temps, se reconstruire. J’ai réalisé qu’il faut être égoïste quand ça concerne notre santé mentale. De toute façon, sans elle, je ne peux pas être la Caroline pleine de vie qui réchauffe le cœur des autres avec son trop plein d’affection, de mots doux et de douceur. Cette femme attachante qui se différencie par ses textes trop longs, ses analyses qui n’ont pas d’allure (ou trop), ses expressions faciales qui la trahissent tout le temps, sa phobie des requins et des bibittes laides, sa passion pour les chansons tristes et les grosses siestes, ses envies de chips au ketchup, sa capacité à nommer toutes les races de chiens, son plaisir à danser quand on la regarde pas, son obsession pour les vêtements, son manque de talent culinaire, son amour pour le vin et le country, sa maladresse toute mignonne, sa collection de pyjamas une pièce, son manque d’orientation flagrant… Vous voyez, je me retrouve un peu. Un morceau à la fois.

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Caroline Demers Barbeaux

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